‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 146 sur 190 · En français nous dirions des douceurs · texte numérisé non relu

En français nous dirions des douceurs

père l'assista pendant son agonie, et c'est dans ses bras qu'il prononça mentalement ses vœux avant de mourir. Ce que sa langue ne pouvait dire, ses yeux, pleins de larmes, fixés sur les images de Jésus et de Marie, l'exprimaient avec une émotion qui passait dans le cœur de tous les assistants. Son confesseur rendit ce témoignage que Gaudioso n'avait jamais perdu Tinnocence baptismale. Un prodige accompli le jour de ses funérailles signala sa haute sainteté. Ed apprenant sa mort, Alphonse s'écria, et ce mot peut lui servir d'éloge funèbre : « Ce jeune homme m'a mis dans le cœur une sainte envie. C'était véritablement un ange. Bienheureux Gaudioso ! »

La maison de Nocera comptait en ce temps-là cinquante habitants, vingt-cinq novices et vingt-cinq profès. Comme elle ne possédait aucun revenu depuis que le saint, par amour de la paix, avait rétrocédé à Cantaldi les biens qu'il en avait reçus, le père ministre se demandait chaque jour comment se procurer des provisions pour toutes ces bouches. « Le serviteur de Dieu, raconte l'étudiant Messina, nous excitait à la confiance. « Mes enfants, disait-il, soyons sans crainte : la Providence distribue les vivres selon le nombre des sujets. » Cependant arriva le jour, cruel pour lui, où il dut se séparer de cette jeunesse, Tespoir du troupeau. Les bâtiments devenaient insuffisants pour les contenir, les malades y étaient nombreux, et les ressources faisaient défaut. Rien de plus plaisant qu'uue réponse d'Alphonse au père Cajone qui, à ce moment de détresse, lui demandait un secours : « J'ai lu votre lettre, lui dit-if très jovialement, et je me suis dit : Il ne manquait plus que ce violoa à la fête, et maintenant l'orchestre est complet. Le recteui* de Ciorani jette les hauts cris et me demande de Targent : quarante sujets à nourrir, me dit-il, deux mille ducats de dettes, et pas de revenus, car le rapport de la vigne sert à payer le baron Sarnelli. Ici des centaines de ducats à payer aux fournisseurs, et peu d'argent. Mazzini me déclare qu'il ne pourra pas garder le noviciat. J'avais beaucoup loué le recteur de Caposele, parce qu'il ne me demandait rien, mais voilà que la famine lui met aussi la plttin« à la main. Très bien, mes amis, criez tous, je vous donne raison à tous, mais je voudrais bien que vous me disiez ce que je dois faire pour vous contenter tous. Je vous engage à embrasser notre sœW Ja patience, laquelle est proche parente de la pauvreté. »

Contraint par la nécessité, Alphonse renvoya, le 15 octobre, le* novices à lliceto, où la Providence se chargea de les nourrir pendant trois années, jusqu'au jour où le noviciat fut installé définitivement

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é. Saint-Ange de la Coupole. De Nocera, il ne cessa jamais de veiller sur eux. « J'apprends, écrivait-il au père Tannoia, que les novices donnent dans des excès de ferveur qui les rendent malades. Veuillez donc les modérer un peu dans leurs oraisons devant le saint Sacrexneut. Outre les visites accoutumées, qu'ils en fassent une ou deux le soir ou dans la journée, cela suffit; encore ces visites suréroga- -t^oires ne doivent-elles pas durer plus d'un demi-quart d'heure. » L.e 28 janvier 1762, en réponse aux souhaits de Noël, il adressait O.UX novices une lettre collective , qu'il ordonna de lire à la chapelle afin qu'on l'écoutÀt avec plus d'attention et de dévotion. C'est une admirable exhortation à la persévérance.

« Mes chers enfants, leur disait-il, Dieu sait combien je vous porte envie. Que n'ai-je eu le bonheur, moi aussi, de me retirer dès ma jeunesse dans la maison de Dieu et d'y vivre comme vous avec de pieux compagnons qui s'excitent mutuellement au divin amour, loin de ce monde maudit où tant d'âmes se perdent! Oui, je vous porte envie, et je vous prie de remercier Dieu continuellement de la grâce qu'il vous a faite préférablement à tant d'autres jeunes gens de votre pays et de votre connaissance, lesquels vivent dans les distractions, les inquiétudes, les dangers de toute espèce, et probablement dans la disgrâce de Dieu; car, au milieu du monde, il est bien difficile à la jeunesse de ne pas tomber sous l'esclavage de Satan.

« Soyez donc fidèles à votre vocation. L'ennemi de vos âmes s'ingéniera par tous les moyens â vous ravir ce bien suprême. Cela gagné, tout est gagné pour lui. Vous aurez donc vos heures de tempête et de ténèbres. Au moment de la tentation, ne discutez pas avec l'ennemi, mais recourez au Seigneur et dites-lui : <( Mon Dieu, je me suis donné à vous, je ne veux pas me séparer de vous! Tous vous abandonneraient, que moi du moins je vous resterais fidèle ! » Recourez à Marie, la mère de la persévérance : celui qui recourt sans cesse à la Madone ne peut perdre sa vocation. Tenez encore ceci pour certain : celui qui meurt dans la congrégation non seulement se sauvera mais se sauvera en saint et jouira d'une belle place en paradis. Unissez-vous de plus en plus à Jésus-Christ par les liens de l'amour. L'amour, cette chaîne d'or, lie les âmes à Dieu si étroitement qu'elles ne peuvent plus, semble-t-il, se séparer de lui. Faites donc toujours et partout des actes d'amour de Dieu : dans vos oraisons, communions, visites, pendant la lecture, dans vos cellules, au réfectoire, dans vos promenades. Qui aime Jésus sincèrement n'a pas à craindre de le perdre; il souffre volontiers

pour lui toutes les peines , tous les mépris, toutes les privation: ,

« Celui qui ne suit point cette voie s'expose à perdre sa vocati<^ ^ c'est-à-dire au plus grand malheur qui puisse lui arriver. Mes ^^ fants bien-aimés, je demande à Dieu qu'il vous envoie la mort plu^^ que ce malheur, source de tous les malheurs. La vocation perd..^ Dieu abandonné, le monde réintégré, vous laisseriez Toraison, une voix intérieure ne cesserait de vous reprocher votre infidé^^/| Alors, environnés de mauvais compagnons et d'occasions de péc:^^^ sans les grâces spéciales de Dieu, grâces qu'il n'accorde plus ^'^oi^ dinaire aux déserteurs, qu'adviendrait-il de vous en cette vie et dans l'éternité? Oui, je le repète, que Dieu vous envoie la mort plutôt qu'une telle disgrâce!

« Et maintenant, je vous bénis au nom de la très sainte Trinité, surtout au nom de ce Jésus qui vous a mérité par sa mort l'inappréciable grâce de la vocation. Je vous bénis aussi au nom de la sainte Vierge, afin qu'elle vous obtienne la grâce de la persévérance. Aimez-la, priez-la sans cesse, si vous voulez devenir des saints. Courage donc, aimez beaucoup Jésus qui vous a aimés au point de donner son sang pour vous, et priez pour moi, pauvre vieillard, arrivé aux portes du tombeau sans avoir rien fait pour Dieu. Vous du moins qui êtes jeunes, aimez-le pour moi.

« J'espère pourtant, avant de mourir, vous voir et vous embrasser tous ici, quand vous vous serez liés à Jésus-Christ par la sainte profession. Je ne passe pas un jour sans prier pour vous; ne m'oubliez pas non plus. Je vous embrasse dans le cœur de Jésus, et je vous bénis de nouveau. »

A cette lettre, dictée par Tamour le plus tendre, il ajoutait une dernière recommandation qui montre mieux encore sa sollicitude pour ses enfants : « Quand l'un de vous, disait-il, sera tenté contre sa vocation dune manière opiniâtre, qu'il m'écrive à l'instant, et surtout qu'il ne prenne point de parti avant d'avoir reçu ma réponse. »

Sous cette sage et paternelle direction, les novices arrivaient presque tous à la profession. Soixante firent les vœux de 1756 à 1762, avec l'intention bien arrêtée de se donner parfaitement ^ Dieu. Mais les difficultés et les tentations augmentaient et se multipliaient au sortir du noviciat. Nous verrons dans le chapitre servant avec quelle prudence Alphonse gouvernait les profès, étudiants ou missionnaires, et s'efforçait de les faire croître en saintfiU par une inviolable fidélité â leurs engagements.

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