CHAPITRE XIX
LE RECTEUR MAJEUR [Sniie) 1756-1762
rouvei'in^mont du stiidcndat. — Les sciences sacrées. — Idées du saint sur la théolo^'ie morale et sur la dogmatique. — Choix des professeurs. — Santé des étudiants. — Vertus (ju'ils doivent cultiver. — Quati*e modèles :Jérôn»e Ferrazzano, JXavier d«î Gattis, Félix Cancer, Dominique Telesca. — Disj)ense des va>ux. — Expulsions. — Histoire de Maur Murante». — Conduite d'Alphonse à l'éprard des missionnaires.
L'année du noviciat terminée, les jeunes profès consacraient sept années à Tétude des sciences ecclésiastiques. La période des études est dure partout, mais surtout au couvent, où le jeune homme doit combiner Tamour de la science avec Tamour de l'oraison, les travaux intellectuels avec les exercices de la vie religieuse. Que de tentations pendant ces sept longues années, que de pénibles mortifications, de déconvenues dans les cours, de sécheresses et d'aridités dans la prière, de souifrances corporelles, d'assauts peut-être de la part des parents! Combats au dehors, angoisses à Tintérieur, for'iH jmgnae, inliis timorés, disait saint Paul, et nombre d'étudiants pouvaient s'approprier cette maxime, alors qu'il fallait combattre les ennemis de la vocation en même temps que la violeuce des passions. Alphonse avait grande pitié de ces jeunes plantes, encore si frêles, qui devaient croître au milieu des orages. Tout en surveillant la formation de leur esprit, il s'attachait plus encore à fortifier leur volonté par la pratique des vertus religieuses, seul moyen d'assurer leur persévérance.
Le saint fondateur voulait que les missionnaires possédassent à fond les sciences nécessaires à leur état de prédicateurs et de convertisseurs. « Il faut exercer les facultés intellectuelles, dit-il dans sa règle, et ne pas ressembler à ceux qui, vivant dans la pa-
SAINT ALPHONSE DE LIOL'ORl. — T. I. 42
resse, ne craignent pas de tenter Dieu. Dieu n'est pas obligé de faire des miracles. Il faut donc user de notre intelligence comme si la conversion des Âmes dépendait de nous seuls, et mettre enDiea notre confiance comme si nous ne pouvions rien de nous-mêmes. En effet Dieu fait tout par sa grâce ^ mais il se sert de nos facultés comme de moyens pour arriver à ses lins. 11 veut donc que nous employions à sa grande œuvre toute Tintelligence et toutes les forces qu'il nous a départies. Autrement il nous privera de son secours et nous traitera comme des serviteurs inutiles, paresseux, dignes du feu éternel. Le missionnaire s*appliquera donc constamment à l'étude et passera sa vie dans les livres, afin de posséder à fond les sciences qui ornaient l'âme de notre divin Maître et très saint Rédempteur ^ »
Ces sciences auxquelles les scolastiques s^appliquaient pendant leurs sept années d'études, c'étaient exclusivement les sciences sacrées. Le cours de philosophie , préparation nécessaire à la théologie, durait au moins deux ans; le cours de théologie dogmatique, conjointement avec les notions générales de l'histoire de l'Église, trois ans; le cours de théologie morale, conjointement avec les institutions de droit canonique^ deux ans. Quant à la sainte Écriture, le saint voulait que ses missionnaires l'eussent toujours dans 1^ mains. Prédicateurs de la parole de Dieu, ils doivent se nourri^ journellement de cette divine parole. Les novices eux-mêmes, <J^^ d'après la règle s'abstiennent de toute étude pendant l'année d^ probation, sont néanmoins tenus de lire et même d'apprendre p^^ cœur certaines parties des épltres canoniques ou des livres 5^' pientiaux.
L'attention d'Alphonse se concentra principalement sur la théO' logie morale , la science qu'il regardait comme la plus nécessai^** aux missionnaires et aussi la plus difficile. Il composa son graï»** ouvrage, comme il le dit lui-même dans sa préface, parce qu'a.^' cun des manuels existants ne lui paraissait convenir à ses étudiants. Il les trouvait trop longs ou trop courts, trop laxes ^^ trop rigides. Il recommandait sa Morale aux missionnaires et T^^' seignait à ses élèves. « Pesez attentivement, dit-il à ses religic^ ce que j'ai écrit au prix de tant de travail , de recherches et de * tigues. Cet ouvrage, mes frères, je ne l'ai pas composé pour m^ tirer des louanges : si je n'avais dû en retirer qu'un peu de fumée qu'on appelle lagloire, volontiers je me serais épargné ce 1