Conslitut., n
vail. Dieu sait ce qu'il m'a coûté d'ennuis et de labeurs! Je l'ai composé avant tout pour vous, mes frères, afin que l'on s attache dans la congrégation à une doctrine sûre ; au moins qu'on procède avec réflexion. Beaucoup d'opinions qui, je l'avoue, m'avaient d'abord semblé sérieuses, je les ai rétractées dans cette seconde édition comme improbables. Du reste, faites-y attention, je ne regarde ordinairement comme probables que les opinions auxquelles je donne cette qualification. Lisez donc cet ouvrage puisque je l'ai composé pour vous, et puis que chacun agisse comme il croira devoir le faire devant Dieu ^ »
Non seulement il exposa dans ce livre la doctrine morale qui lui parut la plus équitable et la plus salutaire, mais cette étude présentait à ses yeux tant de difficultés qu'il s'en réserva l'enseignement. Quand les étudiants avaient fini le cours de théologie dogmatique, ils arrivaient à Pagani, et l'on voyait le saint fondateur, le vieux missionnaire, l'écrivain déjà renommé, quitter ses occupations si multiples et si graves pour instruire ses chers jeunes gens, « ce qu'il faisait, dit un de ses élèves, avec la plus grande patience et la plus tendre charité. » — « Et quand il arrivait, écrit un autre, aux matières concernant le sixième précepte ou le mariage, matières qu'il réservait toujours pour la fin du cours de Morale, on le voyait pendant toute la classe tenir d'une main son crucifix et de l'autre son chapelet. Il se servait toujours de la langue latine, et n'employait que des expressions graves et parfaitement honnêtes. » A ces leçons de Morale il ajoutait pour les jeunes prêtres des exercices pratiques sur la confession, la prédication, et autres travaux de mission. « Je me souviens, raconte le père Carminé Piccone, qu'un jour il voulut nous apprendre à faire l'acte de contrition qui termine le sermon du soir. Après nous avoir donné ses instructions sur ce. sujet, il me désigna pour prendre la parole en présence de mes confrères. Il parait que je m'en tirai assez mal, car bientôt notre bon père me prit le crucifix des mains, et se mit lui-même à faire devant nous tous l'acte en question. Nous le vîmes alors présenter le crucifix avec tant d'émotion, nous lui entendîmes exprimer des sentiments si enflammés, des affections si tendres, si pathétiques, que notre défunt père Ruscigno, attendri, hors de lui, s'écria : « Père, vous feriez pleurer des murailles! »
Quant à la théologie dogmatique, les manuels qu'on mettait de son temps entre les mains des étudiants ne lui plaisaient guère