‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 20 sur 190 · AU COLLÈGE DES « CHINOIS · texte numérisé non relu

AU COLLÈGE DES « CHINOIS

s'adjoignirent à lui comme membres de la communauté, et d'autres Gonime simples pensionnaires pour Taider dans son entreprise.

Or Mathieu Ripa cherchait en vain un prêtre capable de dessertir une chapelle attenante à la communauté. Ses amis de la Propagande, Torni et Gizzio, lui conseillèrent de faire appel au dévouement d'Alphonse de Liguori, leur collègue. Le jeune missionnaire vit dans cette proposition un dessein particulier de la Providence, c'est-à-dire le moyen de sortir de sa famille, de mener la vie religieuse, et de grouper autour de sa chaire ses nombreux pénitents. Du reste, en l'unissant à Mathieu Ripa, Dieu ne l'appelait-il pas peut-être à devenir lui-même l'apôtre de cette Chine où cinq cents millions d'hommes attendent encore le Libérateur? Don Joseph, pressenti au sujet de ce changement de domicile, ne se montra pas trop farouche. Les fréquentes absences de son fils pendant ces deux années, ses occupations incessantes, ses goûts solitaires, avaient préparé cette séparation. Alphonse continuerait d'habiter Naples, à côté de sa famille : cela suffisait à son vieux père. Alphonse entra donc aux « Chinois », en qualité de pensionnaire, au commencement de juin 1729.

A peine habitait-il la maison depuis six semaines qu'il faillit y périr. Le 18 juillet, les membres de la communauté prenaient ensemble leur récréation du soir, quand tout à coup une violente tempête ébranla Tédifice. Tous se jetèrent instinctivement à genoux et se mirent à réciter les litanies de la sainte Vierge, en attendant l^mort. Et voilà qu'au milieu des éclairs et du grondement du ^QDerre, la foudre pénètre dans la salle où ils étaient réunis, ékinl la lumière, et glace d'effroi tous les cœurs. Silence au couvent, silence au dehors, comme si le dernier coup de tonnerre eût tout anéanti dans une immense catastrophe. Enfin le cri d'un jeune homme revenu à lui tira tout le monde de la stupeur. On alla chercher de la lumière, et tous furent trouvés étourdis mais sains et ^ufe, excepté le père Ripa, qui gisait à terre sans pouvoir faire un ïDouvement. On le crut mort, mais il n'était que blessé. Le démon 8*ns doute avait voulu détruire cette maison qui renfermait les fondateurs de deux ordres religieux, mais la Vierge Marie, qui voyait dans ces deux hommes les sçiuveurs d'un grand nombre ^ %es, les protégea. « Ce fut un insigne bienfait de la Providence, ^it Mathieu Ripa en racontant cet événement, que nul de nous n*eût péri; car, sans un secours spécial de Dieu, tous nous devions être, dans cette chambre étroite, suffoqués sinon foudroyés. » Une fois installé aux « Chinois », Alphonse profita de sa liberté

pour se liver à la mortification avec plus d'austérité qu'un saint Pierre d'AIcantara, si Ton en croit Tévêque de Cassano, M^'Coppola. « Simple pensionnaire, il n'était nullement obligé de s'astreindre au régime plus que pauvre de cette communauté naissante , mais il voulut prendre sa large part des privations imposées à ses membres. La règle leur accordait au dîner un bouilli et des légumes, mais on y mangeait rarement de la viande, faute de ressources, et s'il en paraissait quelquefois sur la table, c'étaient de misérables débris, à moitié gâtés, qu'on achetait pour quelques centimes. Le plus souvent on devait se contenter d'un bouillon de raves tirées du jardin, de légumes, ou de quelques racines. Les restes de ce maigre repas, avec quelques biscuits détrempés dans le bouillon de raves, servaient de souper à ces ouvriers de Dieu, brisés par la fatigue de la journée. Loin de se plaindre de cette chétive et rebutante nourriture, le gentilhomme élevé dans toutes les délicatesses l'empoisonnait encore en la saupoudrant d'herbes amères. Souvent il laissait là les fruits, qui seuls auraient pu procurer au goût quelque satisfaction. Il jeûnait au pain et à l'eau tous les samedis en l'honneur de la sainte Vierge. Presque toujours il mangeait à genoux ou assis par terre, comme un pauvre pécheur indigne du morceau de pain noir qu'on lui octroyait. D'une inaltérable sérénité au milieu de ces dures privations, il encourageait ses compagnons à porter la croix avec joie, « afin de nous faire saints, disait-il, et de plaire à Jésus-Christ ».

Un des plus fervents disciples de Ripa, le père Janvier Fatigati, qui nous a transmis ces détails, ajoute qu'Alphonse se couvrait le corps de cruels cilices et de chaînettes de fer, se flagellait jusqu'au sang plusieurs fois par jour, et s'ingéniait par tous les moyens possibles à crucifler sa chair. Dans sa cellule il étudiait debout, son livre à la main, sans presque jamais se permettre de s'asseoir. Il allait jusqu'à introduire dans ses chaussures de petits cailloux, qui le tourmentaient sans relâche. Après avoir travaillé et prié toute la journée, il passait encore la moitié des nuits soit à veiller dans sa chambre, soit à faire oraison devant le saint Sacrement , jusqu'au moment, où, la nature réclamant impérieusement un peu de repos, il se couchait sur une planche ou sur la terre nue, comme le Christ qui n'avait pas une pierre pour reposer sa tète.

On pourrait croire que Dieu récompensait ce martyre volontaire par une effusion plus abondante de ses consolations, mais telle n'est point la méthode ordinaire de la Providence avec les grands saints, fidèles images de Jésus crucifié. Le temps des don-

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