AU COLLEGE DES « CHLNOIS ». C
ceurs était passé. Jusque-là, quand Alphonse s'agenouillait devant le saint Sacrement ou devant la Madone chérie , son cœur se remplissait de suaves affections. Quelquefois môme, oubliant ce monde, il se croyait ravi dans la région des anges. Le Seigneur s'était servi de ces divines amorces pour le tirer à lui; maintenant il le traite non plus en enfant qu'il faut caresser, mais en homme fort qui doit agir par amour, sans joie ni consolation d'aucune sorte. Ainsi que Jésus au Jardin des Olives, assailli d'inquiétudes et de troubles intérieurs, Alphonse se voyait plongé dans un océan d'amertume. Pour échapper à ces angoisses, il demandait au ciel un peu de cette rosée céleste qui rafraîchit les âmes, mais le ciel restait fermé. « Je vais à Jésus, et il me rebute ; je recours à Marie, et elle ne m'entend pas. » Néanmoins, intrépide comme lésâmes jugées dignes de ces rudes épreuves, il s'avançait toujours dans la forêt obscure, guidé par la seule lumière de la foi, soutenu par le seul plaisir de faire la volonté de Dieu.
S'il est vrai que les saints gagnent vite le chemin des cœurs, on peut s'imaginer l'effet que produisait le prédicateur choisi par le père Ripa quand, de sa cellule d*anachorète, il passait dans la chaire de vérité. « La présence d'Alphonse à la chapelle des « Chinois, » ditlepère Fatigati, suffit pour y attirer une foule de fidèles, qui jamais ne se lassaient de l'entendre. » Non content de prêcher le dimanche, il expliquait au peuple dans la semaine les gloires de Marie, et préparait les auditeurs à célébrer ses fêtes par des neu- ^aines en son honneur. Chaque année, il conviait ses pénitents aux saints exercices. En descendant de chaire, il consacrait à entendre les confessions tous les moments libres de la journée , et le soir il revenait souvent de l'adoration des Quarante heures accompagné d'une longue suite d'hommes et de jeunes gens, qui le retenaient une partie de la nuit. Dieu seul connaît le nombre de pécheurs qu'il lui a ramenés durant ces quelques années et de justes ^u'ii a enflammés du saint amour.
Il avait le don particulier de faire comprendre aux âmes l'excellence de la virginité et la sublimité de Tétat religieux. Après une de ses prédications sur ce sujet, quinze jeunes filles se déterminèrent à entrer dans le cloître. Une demDiselle de grand esprit, fortuna TroUa, revint un jour du sermon tellement éprise de la <^leste vertu, qu'elle congédia son fiancé pour devenir l'épouse "C Jésus-Christ. Des personnes de condition renoncèrent à des partis avantageux pour vivre d'une vie sainte dans le monde, sous la direction de Thomme de Dieu; on cite même des gens mariés
qui, d'un commun accord, embrassèrent une vie chaste et mortifiée.
Sa parole avait une telle puissance qu'elle abattait les pécheurs les plus obstinés et les rendait dociles à sa volonté. Une célèbre courtisane l'ayant entendu, fut tellement épouvantée à la pensée de ses fautes qu'elle se convertit et, dirigée par lui, devint une véritable Marguerite de Cortone par la rigueur de sa pénitence et l'héroïsme de ses vertus. Dans cet ordre de faits, les contemporains admirèrent surtout la transformation instantanée et presque miraculeuse d'une jeune fille appelée Marie.
Fascinée par les vanités et les plaisirs de ce monde, cette malheureuse déshonorait le beau nom qu'elle portait. Ni les prières ni les remontrances ni les menaces de sa mère ne la firent rentrer dans le devoir. Désespérée, celle-ci pria le saint prédicateur des <; Chinois » de travailler à la conversion de la pécheresse. Alphonse réussit à ramener au bercail cette brebis égarée. Elle se confessa, mais bientôt, cédant à l'habitude, elle retomba dans ses désordres. Sur les instances de la pauvre mère, le zélé directeur tenta un nouvel effort, il dépeignit si vivement à l'infortunée jeune lîUe le hideux état de son âme et les dangers qui la menaçaient, que, touchée de repentir elle se retira dans un coin de l'église et se mit à sangloter. Le confesseur comprit ce qui se passait dans cette Ame. Avant de quitter l'église, il la rappela :
— Marie, lui dit-il, voulez- vous sincèrement vous donner à Dieu?
— Oui, je le veux, répond-elle sans hésiter.
— Sans réserve et de tout cœur?
— Sans réserve, repartit avec force la pénitente.
— Puisqu'il en est ainsi, reprend le confesseur d'union décidé, allez, coupez-vous les cheveux, et faites-vous carmélite. »
La jeune fille obéit et revêtit l'habit religieux. Dieu, qui voulait élever cette nouvelle Madeleine <\ une très haute sainteté, la fit passer par le creuset des tribulations et des plus horribles tentations. Alphonse ne l'abandonna pas dans ses épreuves. Il la soutenait avec la plus grande charité et ne cessait de la recommander aux prières des saintes âmes qu'il dirigeait. Quand le devoir l'obligea de quitter Naples, il confia celle qu'il appelait la pauvre Marie au soin de son vénéré maître, don Nicolas Torni. GrAce au coup d'état de l'habile et courageux directeur, qui n'hésita pas à la retirer du monde, où elle se serait infailliblement perdue, la pécheresse triompha de tous les obstacles, mourut en odeur de sainteté, et opéra même après sa mort plusieurs miracles.