‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 30 sur 190 · Ubi nullus ordo, sed sempiternus horror inhabilaU Job · texte numérisé non relu

Ubi nullus ordo, sed sempiternus horror inhabilaU Job

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ment les travaux de Scala, il se rendit à A.malfi pour y donner les exercices spirituels à une communauté religieuse. La fièvre l'obligea d'interrompre ses prédications, mais il profita d'une légère amélioration pour en reprendre le cours. De retour à Naples, il se vit, au bout d'un mois, par suite d'une rechute, aux portes du tombeau. Sa poitrine paraissait atteinte et comme brisée. La fièvre atteignit un degré d'intensité qui ne laissait plus d'espoir. On s'attendait si bien à sa mort prochaine que Mathieu Ripa, alors à Rome pour les affaires de sa congrégation , revint précipitamment à Naples pour assister aux derniers moments de son ami. Quel ne fut pas son étonnement de le trouver en pleine convalescence ! La sainte Vierge, qui l'avait déjà guéri miraculeusement, accéda une fois encore auï prières qu'on faisait de tous côtés, notamment au couvent de Scâla, pour l'homme qui devait publier partout ses gloires et les gloires de son fils.

A Toccasion de cette maladie du saint, citons un trait qui montre Textrème délicatesse de sa conscience. Cinquante ans après, repassant dans son esprit les années écoulées, il se rappela le danger où il s'était trouvé dans cette circonstance et les nombreuses ^tes d'un médecin dévoué. Il lui parut que cet homme n'avait I^s été suffisamment payé de ses peines; en conséquence, il fit Parvenir à ses héritiers la somme de vingt ducats, dont il se ^ïoyait redevable envers eux. Avis aux négociants, aux fabricants, ^^ agioteurs, aux hommes d'État, qui se croient d'honnêtes gens ^ppès avoir volé des millions. Par cet acte de scrupuleuse justice, Alphonse leur rappelle qu'on n'entre pas au ciel chargé des dépouilles du prochain.

Durant les trois mois d'inaction forcée qui suivirent cette maladie, *«s religieuses de Scala se préparaient au grand événement qui devait avoir lieu le 23 mai, fête de la Pentecôte, ainsi qu'Alphonse l'avait décidé. Certains mécontents du dehors essayèrent bien encore de soulever des difficultés, mais Tévêque Guerriero, fidèle à la parole donnée, maintint l'autorisation de substituer, au jour fixé, la règle nouvelle à celle des visitandines, observée dans le couvent jusqu'à ce jour. Toutefois cette règle , élaborée par Marie-Céleste d'après ses ïévélations, n'était qu'une simple esquisse, une vue générale des vertus que les religieuses devaient pratiquera l'imitation du divin Sauveur, du costume qu'elles devaient porter, et du genre de vie qu'elles devaient mener. Sur ces données Falcoia avait rédigé une esquisse de règlement que les sœurs observèrent à partir de la Pentecôte, en attendant la règle et les constitutions définitives. La rédac-

tion de ces constitutions suscita des difficultés graves, au sujet desquelles Falcoia écrivait à Alphonse : « Plût à Dieu que vous fussiez près de moi, à Castellamare, pour mener à bonne fin dlmportantes négociations. »

Le conflit de juridiction que notre saint avait prévu éclata dès rarrivée de Falcoia à Castellamare. Ses ennemis travaillèrent Tévêque Guerriero, espérant toujours lui faire rétablir Tancien état de choses, et s'ils n'y parvinrent point, au moins obtinrent-ils qu'il arrangerait lui-même la nouvelle règle selon les besoins de la communauté. Dans une lettre à Alphonse, Falcoia décrivait ainsi son embarras : « Vous avez obtenu de Tévêque la transformation du couvent de Scala, mais il prétend aujourd'hui le transformera sa manière. Je vous en prie, usez de toute votre habileté pour l'amener à composition. Qu'il nie laisse établir les règles et diriger cette barque. Je m'occupe du monastère depuis longtemps, je connais toutes les difficultés qui sans doute préoccupent le prélat. Du reste, après avoir élaboré les constitutions, je les soumettrai à son examen, disposé à modifier ce qui ne lui paraîtrait pas mériter son approbation. »

Vu Teffervescence des esprits à Scala, le jeune missionnaire ne crut pas pouvoir s'immiscer dans cette affaire épineuse avant d'avoir consulté ses supérieurs. Le père Pagano lui conseilla l'abstention, et le chanoine Torni la lui prescrivit absolument. Il fut donc obligé de répondre à Falcoia qu'il lui était impossible d'accéder à ses désirs, parce que les supérieurs de la Propagande lui défendaient positivement de s'ocxîuper de Scala.

Cette nouvelle jeta l'alarme dans le couvent. Alphonse écarté, le nouvel institut croulait avant d'avoir existé, car Falcoia, déconsidéré , n'arriverait jamais à désarmer ses ennemis. Les religieuses se voyaient déjà replongées dans une mer de tribulations. Seule, la sœur Marie-Céleste, forte de sa confiance en Dieu, ne manifestait aucune crainte. « Cette défense de vous occuper de nos affaires, écrivait-elle à Alphonse, ne sera pas maintenue, c'est simplement un exercice de patience pour vous et pour nous. Dieu ne vous a pas envoyé dans notre monastère sans un dessein particulier. Il l'a fait en vue de nos progrès futurs et non pas seulement pour le bien que déjà vous avez accompli par le passé. Mais Dieu veut la souffrance. Ceux qui s'occupent de nous doivent souffrir avec nous. En apprenant cette prohibition, je n'ai pas laissé de me plaindre au Seigneur dans l'oraison. Il m'a fait comprendre que personne ne nous enlèvera l'homme que lui-môme nous a donné

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pour soutien. Et voilà comment je suis parfaitement tranquille. »

La bonne sœur avait raison. Les têtes devenant plus calmes, Tévéque Guerriero permit enfin à Falcoia d'élaborer la règle, mais sous la condition que son travail serait revu et corrigé par don Alphonse de Liguori, qui avait, disait-il, sa pleine et entière confiance ; dès lors, la paix étant faite entre les deux évêques, l'interdiction qui pesait sur Alphonse n avait plus sa raison d'être. Dieu l'amena ainsi providentiellement à travailler aux règles de l'institut, comme il l'avait conduit à Scala pour approuver les révélations d'où l'inslitat lui-même était sorti.

La rédaction de ces règles et constitutions dura deux années. Alphonse y contribua largement. Marie-Céleste avait rédigé son travail sous forme d'exhortations adressées aux religieuses par le Seigneur lui-même. Falcôia croyait devoir maintenir cette forme exbortative, très propre selon lui à impressionner les esprits. En preuve de son opinion, il citait le livre de limitation de Jésus- CArist, dont les enseignements sont presque toujours placés dans la bouche du Sauveur. Malgré ces raisons, Alphonse insista pour qu'on donnât aux différents articles une forme prescriptive, comme plus précise, plus traditionnelle, et par là même plus susceptible d'obtenir l'approbation du Saint-Siège. Son avis prévalut. Quant au fond, conformément à la volonté de l'évêque de Scala, il revit soi- ^eusement, feuille par feuille, tout le travail de Falcoia, notant les passages qui demandaient une explication, corrigeant ce qui lui paraissait défectueux, ajoutant ou retranchant selon qu'il le jugeait opportun. Deux de ces feuillets, conservés dans les archives de notre maison généralice, prouvent, par les observations tracées de sa main, la sérieuse revision qu'il fit du projet primitif avant de lui donner son approbation. C'est ce projet ainsi revisé, corrige et transformé par Alphonse, qui obtint l'approbation épiscopale, et pins tard celle du Saint-Siège.

Là. ne se borna pas son action dans la création du nouvel institut. Outre les constitutions,, norme de leur vie extérieure, il fallait donner aux religieuses l'esprit dont Dieu voulait les animer, c'est-àdire l'application constante à l'imitation des vertus du Sauveur, qui devait être la note caractéristique de leur sainteté. C'est encore Alphonse qui se chargea d'une tâche évidemment trop lourde pour le vieil évêque de Castellamare. Par ses visites, par ses lettres, au confessionnal, en chaire, il ne cessa de poursuivre ce but. « Il se rendait très souvent à Scala, écrit Mathieu Ripa, soit pour y prêcher des retraites ou des neuvaines, soit pour y entendre les confessions des

religieuses. » Et en effet, au mois de juin de cette année 1731, nous le trouvons au couvent de Scala, s'occupant du matériel et du spirituel dans une sorte de visite canonique. Au mois d août, les sœurs devaient revêtir le nouvel habit : à cette occasion la sœur Marie-Céleste lui écrit : « Nous vous attendons pour ce moment solennel, d'autant plus que M"' Falcoia nous fait savoir qu*il lui sera impossible de venir. Et puis nous avons besoin de vos instructions pour nous préparer convenablement à ce grand acte. Vous nous ferez comprendre mieux encore la règle que nous avons à suivre et les devoirs que nous avons à remplir. »

La cérémonie eut lieu le jour de la Transfiguration du Sauveur. Les religieuses revêtirent la robe rouge et le manteau bleu, qui les rendirent , même extérieurement, semblables au Seigneur Jésus. Et ce changement de costume fut vraiment Vindice de la transfiguration de leurs âmes, car dès lors, vivantes images de Jésus crucifié, elles vécurent dans un tel amour de la mortification qu'il était plus nécessaire de modérer leur ardeur que de la stimuler. Après tant de troubles et de tempêtes, Tancien couvent, absolument transformé, prit le nom de monastère du Saint- Sauveur. Dès lors, grâce au crédit dont jouissait Alphonse, les diatribes firent place aux panégyriques, et les détracteurs les plus obstinés des religieuses devinrent leurs plus fervents admirateurs. « Je me réjouis de tout cela, écrivait Tévêque de Castellamare à son jeune ami. Vous en avez tout le mérite, car si l'institut jouit maintenant d'un certain prestige, il vous en est de tout point redevable. » C'est donc à bon droit que les religieuses du Très-Saint-Rédempteur ont toujours considéré saint Alphonse comme leur père et principal fondateur. Falcoia avait préparé la matière, mais c'est Alphonse qui lui a donné Tàme et la vie. Lui seul réussit à faire admettre l'origine divine des révélations, cause première de la fondation; lui seul obtint de Tévêque de Scala l'autorisation de commencer l'œuvre; lui seul, en revisant et corrigeant les règles et constitutions, décida l'évèque à les approuver. Dix ans après la mort de .Falcoia, quand il s'agit d'obtenir du souverain pontife Tapprobation de ces mêmes règles, Alphonse s'empressa de solliciter à cet effet l'appui du roi Ferdinand. De plus, durant toute sa vie, il ne cessa, par lui ou par les siens, d'infuser dans le Cdîur de ses filles l'esprit de leur institut. En plusieurs circonstances, comme nous le verrons par la suite, il sauvera le monastère d'une ruine certaine; et si les religieuses de Scala s'établirent à Sainte-Agathe des Goths, et de Sainte- Agathe se propagèrent dans le monde entier, c'est encore i saint

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Alphonse qu'il faut attribuer cette diffusion de leur congrégation.

Dieu ne laissa pas sans rémunération le grand ouvrier qui venait d'implanter cette nouvelle vigne dans le jardin de son Église. On a vu par quelles tribulations il épurait cette àme d'élite, réduite parfois à répéter ce cri de saint François de Sales : « Mon Dieu, si vous voulez me jeter en enfer, j'y consens, mais ne permettez pas que je vous offense. » Or, il reçut un jour, au plus fort de ses tribulations, une lettre ainsi conçue : « Mon père, pendant le temps de Toraison, je demandais à Dieu de ne jamais nous séparer de lui, lorsque je vis le trône de gloire qu'il vous prépare dans Téternité en récompense de votre amour pour Jésus et des travaux que vous entreprenez pour sa cause. En preuve de l'amour que je lui porte, m'a-t-il dit, jedonnerai aux âmes dont il prendra soin un accroissement de grâce et de ferveur. Celles qui écouteront sa parole y puiseront une abondancede biens célestes. Annonce-lui de ma part que j'ai pour agréables les travaux qu'il entreprend pour convertir les pécheurs, et surtout les peines qu'il se donne pour conduire les justes à la perfection du divin amour, car c'est par eux surtout que je suis glorifié f^tcest par eux que je dispense au monde mes grandes miséricordes. » Mon père, je vous fais cette communication parce que telle est la volonté de Dieu, à laquelle je dois me soumettre. »

La lettre était signée de sœur Marie-Céleste, qu'il avait lui-même déclarée, un an auparavant, l'interprète des volontés divines. Il ne put lire cette communication sans se sentir transporté de joie, comme l'apôtre Paul au fort de ses tribulations. Dieu qui voulait le tenir durant toute sa vie au jardin des Olives, lui envoya sans cloute cette céleste missive comme il envoya du ciel un ange pour fortifier Jésus au milieu de son agonie. Aussi la conserva-t-il jusqu'à sa mort avec tout le soin qu'on prend d'un trésor précieux. Nous devons la conserver à notre tour, comme une véritable prédiction des destinées de notre saint. Il occupe en effet dans le ciel le trône de gloire qu'a vu Sarie-Céleste : nous en avons pour garant la décision infaillible d« l'Église; et, autour de ce trône, grâce à ses travaux toujours l>èm8 de Dieu, brillent les phalanges d'apôtres qu'il a suscitées, et les multitudes d'àmes qu'il a converties et sanctifiées.

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