CHAPITRE X
Nouvollo vision do Mari«»-Crlosto. — Dion lui monti*o Alphonse à la tèto do nombroux missionnaires. — Réalité de la vision. — Entivlion do Falcoia ot d*Alphonso au snjj'l du nouvel institut. — Opinion du P. Pagano. — Entretien d'Alphonse et de la sceur Marie-Céleste au sujet <lo sa vision. — Mazzini et Mandarini. — Missions de Nardo o{ d«* Soli«^nano. — Pèlerinage à riniage miraculeuse do Foggia. — NiMivaino d<' prédications. — L'apparition. — Pèlerinaj::** au mont Gargan.
La paix avait succédé aux agitations de Scala. En septembre 1731, Alphonse vint prêcher derechef à la cathédrale la ncuvaine du drucifîx, et au monastère une retraite, dans laquelle il put mesurer les progrès accomplis depuis un an. Plein de reconnaissance envers le Dieu que lui donna de mener à bonne fin cette œuvre difficile, il s'en alla portera d'autres religieuses des diocèses voisins les bénédictions attachées à sa sainte parole.
L'évêque de Castellamare remerciait aussi le Seigneur de lui avoir envoyé Thomme de sa droite pour réaliser une partie de l'œuvre que son divin esprit avait inspirée. Mais ne verrait-il pas fleurir aussi la branche apostolique du nouvel institut, ne contemplerait-il pas avant de quitter la terre ces missionnaires des âmes abandonnées qui lui étaient apparus dans sa vision du Tibre? Sans doute Dieu a les siècles à sa disposition pour réaliser ses desseins, mais le saint vieillard espérait bien, comme le prophète Siméon, bénir ces nouveaux rédempteurs avant de chanter son Ntinc dhnittis.
Dieu ne trompa point sa confiance. Le 3 octobre 1731, la sœur Marie-Céleste fut favorisée d'une nouvelle vision, dont elle a consigné les détails dans son autobiographie. « C'était le soir, dit-elle, au moment d'entrer au réfectoire. Je méditais sur les grandeurs du saint patriarche d'Assise, dont nous allions célébrer la fête, lorsque
tout à coup, ravie en esprit, je vis apparaître Notre-Seigneur ayant A sa droite saint François, Tun et l'autre dans un nimbe de lumière. A gauche se trouvait un prêtre que le Sauveur m'indiquait du doigt : c'était don Alphonse de Liguori. Jésus me dit alors : « Voilà celui que j'ai choisi pour être le chef de mon institut, le préposé général d'une nouvelle congrégation d'hommes qui travailleront à ma gloire. » En même temps cette congrégation m'apparut comme déjà fondée et en plein exercice, ce dont je conçus une telle joie que je ne pus ce jour-là prendre aucune nourriture. » Ainsi s'exprime la sœur Marie-Céleste. Le lendemain, elle reçut de plus amples lumières sur la règle, sur les exercices de piété qu'on devait pratiquer, sur le costume, la pauvreté, et les travaux de ces apôtres sascités par Dieu pour aller à la recherche des âmes abandonnées. Oq peut se demander quel degré de créance méritent ces récits de la sœur. Nous n'avons aucune raison de suspecter l'affirmation d'une religieuse à l'esprit droit et ferme, qui, au témoignage unanime de ses directeurs, s'était distinguée entre toutes par sa piété et son obéissance, d'autant plus qu'une de ses compagnes, la sœur Marie-Colombe, fut favorisée de communications analogues sur la vocation d'Alphonse. Du reste, au procès de béatification du saint, Tavocatde la cause affirma sans hésiter la réalité de cette révélation. Wx des premiers membres de l'institut, témoins au procès, parlèrent de cette vision comme d'un fait incontestable. D'où l'on peut conclure que les religieux du Très-Saint-Rédenipteur et leur fondateur avaient ajouté foi à la relation de la voyante, encore que saint Alphonse, pour se rendre à l'appel de Dieu, se soit appuyé bien plus sur Tordre de ses directeurs de conscience que sur des révélations particulières.
La soeur Marie-Céleste fit part de ce fait à l'évèque de Castellamare, qui feignit d'abord une incrédulité absolue. « D'après vos récits, répondit-il, on croirait vraiment que vous êtes en conférence habituelle avec Notre-Seigneur. Je n'ajoute aucune foi à vos révélations, <îtje vous engage à faire comme moi. Toutes ces fantaisies ne peuvent régler notre conduite. Et si je désire connaître en détail ce que vous croyez voir et entendre, c'est uniquement parce que je lestime utile à votre direction. » Il lui défendit ensuite formelle- Daentde communiquer à don Alphonse la vision qui concernait son fotup apostolat. Toutefois la supérieure, sœur Marie-Angèle, avait déjà ^it pressentir à ce dernier que les deux sœurs favorisées du ciel étaient en possession d'un secret le concernant, mais que Tobéissance due à leur directeur ne leur permettait pas de le lui confier pour le
moment. Il était difficile de mieux s'y prendre pour exciter sa curiosité.
Malgré son dédain affecte, Falcoia se rendit sur-le-champ à Scala pour interroger la sœur Marie-Céleste. Avec son expérience, son esprit de discernement, la connaissance dos faveurs extraordinaires dont le Seigneur se plaisait à favoriser cette âme, il n'eut pas de peine à se convaincre que le ciel, exauçant enfin ses désirs, allait compléter l'œuvre commencée. La congrégation de missionnaires dépeinte par la religieuse était bien celle qu'il avait vue en esprit vingt ans auparavant; seulement Dieu ajoutait cette fois une particularité : il désignait lui-même l'homme qui devait être la pierre fondamentale et la cheville ouvrière du nouvel institut. Sans perdre de temps, Falcoia écrivit à son jeune ami qu'il espérait se rendre à Naples au plus tôt, pour Tentretenir d'une affaire qui le concernait personnellement * ; mais comme il ne put faire ce voyage à cause de sa mauvaise santé, Alphonse s'empressa de se rendre à CastcUamare, impatient lui-même de connaître le secret qu'on lui cachait depuis un mois.
Falcoia lui raconta la vision de Marie-Céleste. Le ciel, dit-il, voulait achever son œuvre, le double institut du Saint-Sauveur, destiné à glorifier l'Homme-Dieu par l'imitation de ses vertus et l'évangélisation des pauvres âmes abandonnées. Or la pierre fondamentale de l'édifice, le chef nommément désigné de cette congrégation de missionnaires, c'était lui, Alphonse de Liguori. D'ailleurs, ajouta l'homme de Dieu, Tœuvre n'est-elle pas excellente, nécessaire même au salut d'une multitude d'àmes ? Sans doute divers ordres religieux travaillent dans le royaume de Naples à la conversion des pécheurs, mais aucun ne s'occupe spécialement des pauvres campagnards dispersés dans les villages ou perdus sur les montagnes.
A cette étrange déclaration, Alphonse ne put cacher son trouble ou, pour mieux dire, sa stupeur. Sans doute il saluait de ses vœux un ordre ayant pour but particulier l'évangélisation des campagnes. Il en avait senti la nécessité à Sainte-Marie des Monts; mais comment pouvait-on jeter les yeux sur lui pour réaliser une pareille entreprise? 11 répondit à Falcoia que, plus il considérait l'excellence de ce projet, plus il se sentait incapable de l'exécuter. II n'avait ni la science, ni l'expérience, ni la vertu, ni les autres qualités requises pour opérer cette création. Sans doute la vision de la sœur Marie-Céleste le mettait en cause, mais cette sœur n'était-elle