Chronique de Joseph Landi
Après la mission très fructueuse de TAniiunziata, qu'AIplionse |:^x*êcha conjointement avec plusieui^ de ses anciens collègues, Torni crut sans doute que ceux-ci ne donneraient point de suite à 1 ^ur projet d'exclusion. On peut le conclure d'une lettre qu'il adresse ^ià mi saint à propos de ses difficultés et de ses tristesses : u Je n'ai ;5> 11 retenir mes larmes à la pensée des contrariétés qui vous accali^Ient. Le Seigneur, que je ne cesse de prier pour votre œuvre, -vous donnera, j'en ai la ferme confiance, la force d'âme dont vous si.^ez besoin au milieu des tribulations par lesquelles il plalt à sa trirès sage Providence de vous éprouver. Dieu vous donnera également les lumières nécessaires pour vous éclairer sur ses des- Ss^Ids. »
Le bon chanoine rassure ensuite Alphonse sur ses dispositions. « Je ne nourris contre vous, croyez-le, aucune pensée d'hostilité ou d-' aversion. Je regarderais ce sentiment comme une impiété. Vous savez du reste combien je vous aime. Loin de s'affaiblir, mon amitié pour vous ne fait que s'accroître. Écrivez-moi donc quand il vous plaira : vos lettres me seront toujours chères. Notre congrégation lie peut cesser de vous reconnaître pour un de ses dignes enfants. On n'a pas jusqu'ici agité la question de votre chapellenie, et d'ailleurs on n'entreprendra rien contre vous sans l'ordre exprès de Uotre éminentissime archevêque. Soyez persuadé que, si cela dépend de moi, il ne sera pris aucune mesure qui vous soit préjudiciable. »
Quant aux règles de l'institut, au sujet desquelles Alphonse avait aussi demandé ses conseils, Torni ajoutait : u J'espère qu'après les avoir examinées devant Dieu, on tiendra compte de mes observations, et que vous recevrez l'approbation du Saint-Siège. Ainsi appuyée et fondée supra firmam petram, votre œuvre sera durable i.»
En écrivant cette lettre rassurante, le chanoine Torni n'avait Consulté que son bon cœur. Il ignorait jusqu'à quels excès devait s'emporter l'orgueil blessé de ses confrères. Se croyant trahis et ïtiéprisés par celui qu'ils appelaient un déserteur, ils ne cessaient d'invectiver contre lui et de réclamer le châtiment que méritait sa faute. Puisqu'il les avait indignement abandonnés, ils se croyaient ^n droit de l'expulser et de lui enlever la chapellenie dont on avait récompensé son zèle d'autrefois. Us en vinrent à un tel état d'exaspération que Torni se vit obligé, malgré son vif regret, de
^- LeUredu 20 décembre 1732.
cv>avo«.|uer une assemblée pour délibérer sur cette double question.
Le i3 février 1733, jour fixé pour cette délibération, tous les lAMs^icié!»^ cédant à leur aveugle colère, votèrent comme un seul hunune. au scrutin secret, Texclusion d'Alphonse et le retrait de la chapellenie. Un des membres les plus influents, avant de procôUcr au vote, s'écria au milieu de rassemblée : « Je n'ai jamais \K>Xé la peine capitale contre ud membre de la congrégation, mais atyourd'hui qu'il s'agit d'humilier un superbe, je la vote de tout cu^ur. »> Et il déposa dans Turne une boule noire à la vue de tous los assistants. Le témoin qui raconte cet acte fanatique, n'a pas donné le nom du coupable, mais on peut l'attribuer sans témérité au chanoine Gizzio, qui ne pardonna jamais à son parent d'avoir pris, sur la question de sa vocation, d'autres avis que les siens. « Cette scène, ajoute un peu emphatiquement le même témoin, me parut une image du jugement dernier. »
C'était si peu le jugement dernier que la sentence fut immédiatement invalidée par le cardinal Pignatelli. Après la séance, le chanoine Torni, entouré des principaux membres de l'assemblée, se présenta devant le vénérable prélat pour lui notifier la décision qui venait d'intervenir. Le cardinal en témoigna le plus vif chagrin. M Pourquoi recourir, leur dit-il, à ces résolutions extrêmes? De deux choses Tune : ou Dieu bénira l'entreprise d'Alphonse, et ce sera pour vous une grande gloire; ou Dieu lui refusera sa bénédiction, et l'on dira de votre excellent collègue qu'il a tenté sans succès une très bonne œuvre. Dans les deux cas, je ne vois rien qui puisse entacher votre honneur. Au reste, ajouta-t-il d'un ton très décidé, je suis le supérieur de votre congrégation et j'entends que don Alphonse, réintégré dans vos rangs, continue à jouir des revenus de sa chapellenie. Je défends qu il soit désormais exercé sans mon consentement aucune autre poursuite contre lui. » Les députés se retirèrent la tète baissée, mais plus aigris que jamais contre l'innocente victime qui leur valait cette semonce et cette humiliation.
Le chanoine Torni ne manqua pas d'annoncer à son protégé les résultats de cette orageuse journée. « Je fis valoir, lui écrivit-il, les raisons qui militaient en votre faveur, mais l'on passa outre et l'on vota votre exclusion à l'unanimité. » Il lui raconta ensuite comment, sur son rapport à l'archevêque, celui-ci avait annulé le décret de l'assemblée : « Je crois, ajoute le bon chanoine, avoir fait tout le possible; et, pour vous prouver mon affection, je vous promets devons défendre de mon mieux, tant que je serai supérieur.
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Après moi, daigne le Seigneur mettre les mêmes sentiments dans le coeur de celui qui me. remplacera ^ »
On s'imagine aisément l'impression douloureuse que dut éprouver, à ce récit, le cœur sensible de notre saint. Ainsi ses confrères bien-aimés Tavaient, à Tunanimité, renié, dépouillé, chassé comme un traître et un transfuge ! Et cela devant toute la ville de Naples, sans considération pour sa famille, pour son pauvre père si susceptible sur le point d'honneur! Le cœur brisé, il remercia Tarchevèquc et le chanoine Torni de leur charitable intervention en sa faveur; puis, se jetant aux pieds de Jésus agonisant, il s'écria comme lui : « Mon Dieu, que votre sainte volonté soit faite! »
Heureusement, pour se consoler de ces amertumes venues du dehors, U put croire un instant, dans ces premiers mois de 1733, c|uà Imtérieur il arriverait à la pacification des esprits. Ses com- £>agiions partageaient leur temps entre la prière et le travail. Les ^^isdons de campagne allaient commencer, et chacun se préparait ^ ce nouveau ministère. « Le pauvre don Vincent (Mandarini), ^^«rivait Alphonse à Falcoia, travaille de toutes ses forces à corner oser les instructions que je lui ferai prochainement prêcher à nos ^^^^ontagnards. » Tosquez lui donnait bien encore quelque inquié- ^ %ide, mais Falcoia, qui croyait lavoir converti, écrivait à son sujet "^-i es lettres rassurantes. « Il viendra vous voir, disait-il , pendant "^^ otre mission, et ce sera pour vous une consolation de l'entendre. » Alphonse évangélisait à cette époque les environs de Tramonti, ^^ n compagnie de Donato, de Mandarini , et de Vitus Curzius, leur ^^ dèle serviteur. C'était la première mission donnée par les pères du ^^^^nt-Sauveur, ainsi qu'on les appelait alors. Dans les trois localités ^^^^^t ils se rendirent, Prête, Campinola et leta, les campagnards '^^^ ^coururent en foule pour les entendre. « Je savoure d'ici, leur ^^^ «rivait Falcoia, la bonne odeur de vos prédications. Une ne puis- 5, mon cher Alphonse, travailler avec vous! Je serais au comble u bonheur si je pouvais seulement nettoyer vos chaussures. Du c^aoins je suis de cœur à vos côtés, et je demande à Dieu de bénir vos •^^beurs. »
Tosquez vint en effet de Naples faire visite à ses compagnons.
'^ndant les quatre jours qu'il leur consacra, chacun fut frappé du
-fcaogement qui paraissait s'être opéré en lui. Alphonse se trouva
«1 présence d'un homme modeste, plein de respect pour ses supé-
-^^eups et d'estime pour sa vocation. 11 en conçut une telle joie qu'il
1 UUredu 23 février 1733.
écrivit sur-le-champ à la sœur Marie-Céleste pour lexhorter à se soumettre humblement aux volontés de son directeur. Comme il lui avait plusieurs fois reproché son opposition , il s'efforce dans cette lettre de regagner sa confiance.
« Dieu a permis nos divisions, dit-il, pour un plus grand bien. Les choses paraissent maintenant en bonne voie. Notre union avec don Silvestre, aussi étroite qu'auparavant, m'en est une preuve. Néanmoins une épine me reste dans le cœur, sœur Céleste. Depuis que ces contestations se sont élevées entre nous, vous ne m'avez pas écrit une ligne qui respire vraiment l'humilité, cette vertu que je voudrais voir briller dans une àme aussi unie à Dieu que la vôtre. Je vous ai traitée sévèrement, c'est vrai; mais n'est-il pas utile d'humilier ceux que Dieu comble de ses faveurs, et surtout un esprit absolu comme le vôtre, attaché plus qu'il ne faut à son propre sens? Je n'ai jamais incriminé votre volonté; je ne m'en suis pris qu'à votre jugement. D'ailleurs si le défaut de réflexion ou un zèle indiscret m'ont entraîné trop loin, je suis prêt à vous en demander pardon. Je prie Dieu tous les jours de vous accorder la parfaite humilité. Demandez la même grâce pour moi, car je ne veux pas résister davantage aux pressants appels de Dieu. Donnons-nous entièrement à Jésus-Christ, mais, sans l'humilité, ni vous ni moi n'arriverons à rien. Don Silvestre nous rejoindra bientôt, et tout s'arrangera pour la plus grande gloire de Dieu. »
Dans cet espoir, la mission de Tramonti terminée, Alphonse commença les prédications du carême à Scala ; mais il lui fut bientôt facile de comprendre que ce carême le conduirait à la voie douloureuse, et peut-être au calvaire. Sous le calme apparent qui l'avait trompé, les mêmes causes de discordé et de ruine existaient toujours. 11 s*agissait entre eux non de questions indifférentes mais de Torganisation de Tinstitut, par conséquent d'un fait qui intéressait au plus haut point la gloire de Dieu et le salut des âmes. Sur ce point capital, chacun se croyait obligé de défendre en conscience ce qu'il ci*oyait être la vérité. Tout en rendant hommage aux mérites et  la sainteté de Tévêque de Castellemare, Handarini, Tosquez et Donato n'admettaient nullement ses interprétations de la règle révélée à Mai*ie-Céleste ; et comme, après tout. Dieu n'avait pas chargé Tévêque de Castellamare de diriger l'institut, non seulement, disaient-ils, les associés ne sont pas tenus de lui obéir, mais ils ne peuvent, en conscience, accepter sa direction.
Sans aller si loin, Marie-Céleste croyait aussi que, vu sa manière d'interpi'éter la règle, les directions de Falcoia seraient fatales au
ûouvel institut, a Aussi longtemps, dit-elle, qu'on délibérait pour
^Toir si les révélations avaient Dieu pour auteur, je me crus obligée
au silence; mais Tœuvre ayant été déclarée divine, je crus devoir
i*ésister, dans l'exécution de cette œuvre, aux entreprises qui me
paraissaient entraver ou dénaturer les desseins de Dieu; non pas
pour me faire valoir, ce que j'ai en horreur, mais par respect pour
l«i. vérité ^ »
Cette situation devait nécessairement amener une crise. Elle s'ouv^A-it par la très grave résolution que prit la sœur de ne plus confier ^ Jalcoia la direction de sa conscience, résolution qu'elle motive en c^s termes: « Outre les lumières que le Seigneur me donna sur ce point, j'avais depuis longtemps le désir de me choisir un autre directeur, et cela pour les raisons suivantes. Depuis cinq ans, c^'*^t-à-dire depuis que je manifestai à M" Falcoia les communicatici^ns divines relatives à l'institut, toujours il vécut dans de grandes perplexités à mon égard. Son esprit resta dans l'obscurité relativena^nt aux voies par lesquelles Dieu me conduisait, d'où je conclus <]VE'il n'était plus pour moi le canal des volontés divines. Ensuite tout ce que je lui disais avec simplicité, dans la candeur de mon ^nae, il l'interprétait d'une manière sinistre, tout à fait contraire ^ rna pensée, ce qui me jetait dans un abîme de troubles et d*af£[ic- ^îons. Et comme il ne voyait plus clair dans mon intérieur, je compris qu'il ne pourrait jamais me procurer le repos après lequel J 'aspirais. Je lui demandai donc l'autorisation de consulter un autre directeur, surtout quand il s'agirait de faits importants, mais il 'ï^e le défendit formellement. Il attribuait ce désir à mon orgueil et *ï^e disait des choses qui me faisaient pleurer jour et nuit. Cependant J^ ne m'ouvris à personne jusqu'au moment où je vis mon directeur apposer aux lumières données par Dieu sur Tinstitut des doutes ^t des difficultés qui jetèrent la division parmi ceux qui devaient ^■^ faire partie. Alors, après mûre considération et sans autre intention que de plaire à Dieu et de procurer le repos à mon âme, je crus ^^voir chercher d'autres conseils pour me guider*. »
Cette détermination de Marie-Céleste mit Alphonse dans une Véritable désolation. Il portait un immense intérêt à cette âme Comblée des dons les plus précieux, et dont Dieu s'était servi pour ^^^ faire connaître sa vocation. D'un autre côté, cette démarche de *^^ soeur allait doubler les forces de ses compagnons dans leur opposition à Falcoia. Il employa tous les moyens pour la faire revenir sur
> • Autobiographie de la sœur Marie- Céleste. ^. Lettre da 20 avril 1733.
sa résolution. A son instigation, la mère supérieure du couvent et d'autres sœurs attachées à Marie-Céleste essayèrent, mais en vain, de modifier ses dispositions. C'est alors qu'Alphonse lui écrivit une admirable lettre, dans laquelle il établit clairement le principe fondamental qui domine toute cette discussion, c'est-à-dire l'absolue nécessité de s'en rapporter, pour terminer les divisions, à Tautorité de M" Falcoia.
« Il est certain, lui dit-il, que les règles rédigées par vous ont besoin de mille explications en ce qui regarde les écoles, les missions, les maisons d'étude, les exercices divers, les emplois, et une foule d'autres points. Or, pour nous mettre d'accord, puisque nous ne pouvons nous entendre, il faut, après avoir exposé nos vues, accepter la décision d'un arbitre unique. Mais cet arbitre unique doit être un homme d'expérience, rompu aux affaires de communauté, aux missions et autres exercices spirituels, un homme intérieur, éclairé, capable de résoudre les difficultés qui peuvent surgir. Et quel est donc Tordre religieux dont la règle ne soit pas due à la dépendance d'un directeur unique? Je n'avais un doute que pour la réforme des carmes. Mais j'ai trouvé plus tard que, malgré la sainteté des premiers réformateurs, malgré leur profonde entente des affaires, la réforme fut sur le point de crouler faute d'avoir été organisée par un seul chef. 11 s'introduisit en effet une si grande diversité d'observance que sainte Thérèse craignit de voir échouer la réforme. Aussi le père Jérôme Gratien prit-il sur lui de rédiger les constitutions : ce sont celles que l'on trouve dans les chroniques de l'ordre, et qui furent partout observées. »
Après avoir montré la nécessité d'un arbitre unique pour arriver à l'union des esprits, Alphonse établit que cet arbitre n'est autre que M**" Falcoia. « Dieu vous Tavait donné pour directeur, dit-il, au moment de vos révélations sur l'institut. A lui par conséquent et à lui seul il appartient de les contrôler et de les expliquer. C'est absolument le cas de sainte Thérèse. Par cela même que son confesseur la dirigeait au moment de ses révélations relatives à la réforme, il se trouva du même coup chargé de diriger l'œuvre de la réforme. Et à qui avions-nous recours avant l'arrivée de don Silvestre, sinon à M^ Falcoia? D'ailleurs, c'est un vieillard expérimenté, éclairé, au courant des affaires du monde, et l'on trouverait peu d'hommes doués au même degré de toutes les qualités nécessaires pour nous diriger.
« Voilà pourquoi, sœur Céleste, j'obéirai uniquement à M^^' Falcoia, mon directeur et l'homme choisi par Dieu pour diriger notre œuvre.
Sachez-le une fois pour toutes, je suis entré dans Tinstitut, non pour eu être le chef, mais uniquement pour obéir à Dieu, et j'espère n'en sortir jamais, quelques instances qu'on puisse me faire à cet égard. Je ne me guide pas en cela sur vos révélations, mais je suis la voie ordinaire et sûre de l'obéissance à mes directeurs. « Nous devons en cette vie, dit sainte Thérèse, nous mettre à l'aveugle entre les mains de nos supérieui^s ou directeurs. » Pour ce motif, je me suis remis tout entier, vous le savez, entre les mains de H^^ Falcoia, et j'espère vivre et mourir sous la grande loi de Tobéissance. Quand même, par impossible, tous les autres voudraient s'en rapporter à moi seul, je n'abandonnerais pas M^' Falcoia. »
Voilà bien Thomme ancré solidement dans le port du salut. On lui dit que Dieu Ta choisi pour fonder un ordre nouveau : il accepte le fardeau, non point à cause des révélations, mais par obéissance à ses directeurs. Ses compagnons s'éloignent de lui, parce qu'au lieu de diriger, il se laisse diriger lui-niôme : il reste inébranlable dans ses résolutions. On lui fait entrevoir que s'il veut abandonner Falcoia on l'acceptera comme l'arbitre des controverses : il répond que si tous consentaient à s'en rapporter à lui seul, en ce cas même il n'abandonnerait pas son directeur, c'est-à-dire la voie de Tobéissance. »
U conclusion de cette lettre, dans laquelle l'àme d'Alphonse se montre à découvert, c'est que la sœur Marie-Céleste se trompe en refusant la direction de Falcoia. « Pourquoi quitter, dit-il, un saint, un homme éclairé, que Dieu lui-même vous a donné pour <lirecteur, et qui vous a guidé durant tant d'années avec une sagesse dont vous ne sauriez trop remercierlaProvidence?Il vous a tenue ^&Ds l'humilité et l'abjection, mais ne fallait-il pas en agir ainsi pour dompter votre esprit hautain et rompre toute attache à votre propre jugement? Sœur Céleste, je ne vous parle ainsi que pour la gloire de Dieu etle bien de votre Ame. Ne vous fâchez pas contre Dïoi, et surtout ne vous ingéniez pas à trouver à tout ceci répliques sur répliques. Votre esprit, je le sais, vous en fournira en abondance, mais je me demande ce qu'elles vaudront au tribunal suprême. Croyez-moi, sœur Céleste, humiliez-vous devant Dieu, et il vous dispensera ses lumières. Obéissez à vos supérieurs, et vous ûe vous égarerez pas. Si vous refusez de vous en rapporter à moi ou * M*' Falcoia, prenez au moins conseil de personnes désintéressées; seulement prenez conseil avec l'intention bien arrêtée, non de vous ïaire donner raison, mais d'embrasser la vérité dès que vous la connaîtrez. Encore une fois, chère sœur Céleste, tout ce que je viens
d'écrire, c'est l'affection que je vous porte en Jésus-Christ qui me Ta dicté. Si vous m'en savez mauvais gré, vous serez injuste à mon égard. Que Jésus et Marie nous donnent d'accomplir la seule volonté de Dieu ! »
Marie-Céleste n'en voulut nullement à Alphonse, mais elle ne crut pas pouvoir se rendre à ses désirs. Persuadée qu'en émettant des doutes sur des révélations jadis acceptées comme venant de Dieu, Falcoia compromettait gravement l'œuvre du Seigneur, et que, d'un autre côté, sa direction ne pouvait plus que lui troubler la conscience, elle resta inébranlable. Ce blâme que lui infligeait Alphonse, elle le considéra comme une épreuve ajoutée à toutes celles qui l'accablaient depuis longtemps. « Après avoir reçu cette lettre, dit-elle, délaissée de tous, malade de corps et vide d'esprit, je m'abandonnai complètement entre les mains de la Providence et j'attendis, sans autres lumières que celles de la foi, que Dieu me Ht.: connaître ses desseins ^ ! »
Du reste, le dénouement de la crise approchait. L'irritation des Tosquez et de ses compagnons contre Falcoia croissait de joun en jour, ce qui rendait leur commerce intolérable pour Alphonse.. « Qu'il est difficile de vivre avec don Vincent! écrivait-il à son di»— • recteur, que d'ennuis j'ai maintenant à supporter! Je remercies Dieu de me donner assez de force, au milieu de ces tempêtes, poucv résister à la tentation et ne pas perdre courage. C'est donc là ma0 récompense, après que je me suis aliéné tout le monde, parents, ^ amis, archevêque, pour obéir à Dieu ! 0 mon père, ne m'aban-i donnez pas, car sans votre assistance, je ne sais ce que je devien-J drai. »
En désespoir de cause, Falcoia fit une dernière tentative, mais, sans aucun succès, pour ramener à lui Tosquez, l'àme de l'opposition, de sorte que le saint vieillard, se voyant l'occasion d'un dis — sentiment irréductible, écrivait au fondateur : « Si je pouvais sans manquer au devoir abandonner la direction de cette œuvre, je les ferais à l'instant même et de tout cœur, mais il ne me semble pa» que ce soit la volonté de Dieu. »
Pendant ce lemps, les compagnons de Tosquez, Donato et Man— darini avaient quitté Scala sous prétexte de travaux évangéliquesa dans les environs de Tramonti, mais en réalité pour chercher unâ nouveau domicile. Ils espéraient attirer à eux les anciens collègues s de Donato, et fonder soit à Tramonti soit à Teano une nouvelle