‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 48 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Moisson abondante et pénurie d'ouvriei's. — Le clergé de Naples. — Beaucoup *

chapelains, peu de confesseurs et de prédicateurs. — Les titres d'ordination. Pourquoi Sportelli ne trouve pas d'évèque pour l'ordonner. — Francesco Viva. Un essai de Juvénat. — Judicieuse observation de Falcoia. — Alphonse, niait^^ ^ des novices. — Nombreuses défections. — Michel de Alteriis. — Tyrannie et ch^^ tiuient de son père. — Encouraf'ements et i)rédictions d(î Falcoia.

A mesure qu'Alphonse parcourait la ville et les villag'es i\j^^ royaume, il reconnaissait la nécessité d'une congrégation dévouée '^ au salut des âmes abandonnées. La moisson était abondante, les épis parfaitement mûrs; mais, comme au temps de Notre-Seigneur, les moissomieurs faisaient défaut. A la fin de Tannée 173ii., après avoir prêché les saints exercices au séminaire de Cajazzo, il reprit, avec sa petite troupe, le cours de ses travaux dans les campagnes. Durant quatre mois, il marcha de triomphe en triomphe. A Frondola, à Strongolagallo , village du diocèse de Cajazzo, les populations le reçurent comme un ange de Dieu. Aux premiers jours de 1735, on le retrouve avec SarncUi et cinq prêtres auxiliaires sur cette belle côte d'Amalfi qui, plusieurs fois déjà, Favait inondé de consolations. A Proiano, petit bourg de mille âmes poétiquement assis sur Ja pente d'une colline qui s'étend jusqu'à la mer, les habitants Técoutent pleins d'enthousiasme et se convertissent en masse. Au bourg voisin de Vettica, le peuple, ravi de ses missionnaires, leur députe les notables de l'endroit pour les supplier de s'établir au milieu d'eux. La même demande leur est adressée à Positano. Les représentants de cette cité, forte de deux mille âmes, leur offrent une maison, une église, et même une rente à prélever sur leurs modiques ressources. A Cithara, gros bourg maritime, la population, plus qu'indigente au point de vue spirituel, s'ébranle à leur voix, et veut qu'un calvaire solennellement érigé rappelle à tous les souvenirs de la mission.

L.a congrégation naissante voyait donc devant elle un champ immense à défricher. Le peuple, plein de foi, n'opposait aucune résistance à la parole de Dieu ; mais comment porter à ce peuple TEvangile du salut? Alphonse n'avait, après deux ans d'eltorts, d'autre collaborateur que Sarnelli. Pietro Romano restait à Scala pour le service de la chapelle et des religieuses. Kossi, encore novice, s'occupait des constructions de la Villa des Esclaves. Sportelli, on le verra bientôt, ne trouvait pas d'évôque qui consentit à Tordonner. Le problème du recrutement se dressait devant Alphonse comme un obstacle insurmontable, non seulement au développement, mais à l'existence de sa congrégation.

Les lecteurs étrangers aux choses napolitaines s'étonneront d'apprendre que, dans un royaume où l'on comptait cent cinquante ttiîlle prêtres sur quatre à cinq millions d'habitants*, Alphonse De fût pas à même de trouver quelques collaborateurs à son œuvre de dévouement. La France ne compte pas cinquante mille prêtres pour ses trente-six millions d'âmes, et les missionnaires du peuple y aliondent : comment donc expliquer qu'à Naples, avec cent cinquante mille prêtres pour cinq millions d'habitants, il y eût des Qiultitudes d'àmes abandonnées, sans que personne voulût aller à ^cur secours? C'est un phénomène étrange sans doute, mais pour Ceux-là seuls qui n'ont pas étudié la situation sociale et religieuse de ce pays au milieu du dix-huitième siècle.

La plupart des ecclésiastiques, n'ayant point charge d'àmes, ^'exerçaient aucun ministère actif. Ils vivaient au sein de leur famille du produit de leur bénéfice. Aux beaux siècles de foi, les chrétiens, pénétrés de l'excellence et de la vertu du saint sacrifice, ^Multipliaient les fondations de messes tant pour les vivants que pour ^es morts. Ces messes devaient être célébrées dans telle église ou *elle chapelle déterminée. Les confréries, si nombreuses alors, avaient aussi leurs fondations et leurs chapelles, dont les revenus Constituaient une chapellenie^ c'est-à-dire un bénéfice au profit du P«*étrequi en devenait le titulaire. La rente attachée aux fondations, hien que modique, suffisait à ce chapelain, qui trouvait chez les ^ens le vivre et le couvert. Or ces bcnéficiers dont toutes les fonctions sacerdotales consistaient à monter chaque jour à l'autel ou à diriger une confrérie, n'étaient nullement disposés à quitter leurs parents, ni à travailler au salut des âmes par le ministère de la

1- D'après les statistiques du temps, il y avait alors dans le royaume de Naples ^.000 prêtres séculiers et 31.000 religieux; en Sicile, on comptait 63.000 prêtres ou religieux.

prédication ou de la confession, ni même à faire des études sufl santés pour hasarder un examen de juridiction, de sorte que pensée ne leur venait même pas de s'enrôler dans la milice d'A phonse. Ils se bornaient à suivre les exercices de la retraite qu'il i manquait jamais de prêcher aux prêtres partout où se donnait mission.

Quant aux ecclésiastiques chargés du ministère paroissial, : étaient relativement peu nombreux. Il arrivait qu'une \'ille de pi sieurs milliers d'habitants ne possédait que deux ou trois conft seurs. On comprend que ces curés ou vicaires, déjà trop ran pourvus de bénéfices obtenus au concours après de longues étud< n'eussent guère la tentation de quitter un poste lucratif po se mettre à la recherche des chevriers égarés sur les montagnes < Cajazzo ou perdus dans la vallée de Tramonti. Si d'ailleurs que ques-uns d'entre eux se sentaient la vocation religieuse, ils avale à choisir entre vingt ordres différents : bénédictins, chartreu dominicains, franciscains de toute observance, prémontrés, jésuite oratoriens, théatins, pieux-ouvriers, et beaucoup d'autres, ta bien établis, dûment approuvés par l'autorité civile et religieux parfaitement rentes, et pourvus de fondations dans toutes les pa \înces du royaume. A moins d'un attrait exceptionnel, le prê allait tout naturellement à l'édifice solidement appuyé, dont passé répondait de l'avenir, plutôt qu'à la chétive masure d« les murs sans appui menaçaient de tomber au premier coup de ve

Les amis les plus intimes du nouveau fondateur reculaient de\m cette perspective peu encourageante. Un certain Francesco Vi" qu'Alphonse appelait familièrement son cher Ciccio, lui avait pi mis son concours. Il se croyait appelé à la congrégation, mais il tardait toujours son entrée. Alphonse le pressait de s'exécuter, mm comme précédemment don Joseph Cerchia, le cher Ciccio rest sourd. Il finit par avouer que l'œuvre, dénuée de tout secours t main, ne lui paraissait pas viable. Cependant il voulait encore : fléchir, disait-il, avant de prendre une résolution définitive. A toii. ces tergiversations Alphonse répondit par des sentiments d'il branlable confiance.

« Vous croyez, lui écrivait-il, Toeuvre impossible aux homm^ mais le Sauveur Jésus n'a-t-il pas dit : « Tout est possible à Diei^ Vous me demandez quel est mon appui. Je réponds : Dieu seul. ^ tez-moi une œuvre surnaturelle de quelque importance, établie g des moyens humains. Quels sont les appuis humains, s'il vous pie qui soutinrent les fondations de saint François, de saint Jean

la Croix, de sainte Thérèse? Tel prêtre, me dites-vous, a pour son ^JBu\Te plus de ressources que moi : j'en conclus que je dois espérer plus que lui car Dieu tire du néant les gran<les œuvres afin do montrer à tous ([ue la gloire eu revient à lui seul. Connaissez-vous une entreprise plus dénuée de tout secours humain que la prédication de TÉvangile? Ah! mon pauvre Ciccio, votre langage montre assez que vous n'êtes point appelé à Tinstitut. Jésus n'y veut voir que des hommes morts à eux-mêmes et plus confiants en Dieu que dans les créatures.

« Vous voulez réfléchir encore, dites- vous, et vous décider ensuite. — Prenez garde de finir vos jours avant d'avoir fini de réfléchir. Évidemment il faudra des années pour asseoir Tinstitut. La réforme des carmes demanda cinquante ans d'efforts et de travaux. Supposez même que l'institut finisse avec nous : nous n'en aurons pas moins travaillé à nous sanctifier et à sanctifier les autres. Admettez, si vous voulez, que l'institut meure avant nous : aurionsnous donc à rougir d'avoir entrepris cette œuvre sainte dans le but de glorifier Dieu? Si les hommes nous blâment, Jésus-Christ nous glorifiera. Nos censeurs et nous-mêmes, mon cher Ciccio, nous verî^>ns les choses d'un autre œil dans Téternité, et nous saurons ceux qui sont le plus agréables à Dieu, des prêtres qui entrent dans la congrégation ou de ceux qui se plaisent à la discréditer. Du reste, sachez-le bien, l'institut ne périclitera que si nous nous défions de Weu ou si nous mettons notre espérance dans les hommes. Nous le savons par notre propre expérience, car, pour avoir trop compté sup les moyens humains, nous avons déjà été menacés d'une ruine empiète*. Si donc j'espère pour l'avenir de notre congrégation, ^'est parce que je découvre en mes compagnons une confiance sans ^rne. Leur vol rapide vers les sommets de la perfection me ^^vit, et je suis vraiment confus de me trouver dans leurs rangs. »

Alphonse écrivait cette admirable lettre le 15 juin 173 V '. Quelques Jours après, ayant reçu du chanoine Torni des réflexions aussi décourageantes que celles de Francesco Vivasur l'avenir de la congre- Cation, il les communiqua à W Falcoia : « Allez de l'avant et ne ^^ignez rien, lui répondit l'évêque. L'cpuvre ne serait pas de Dieu ^i pour l'établir vous n'aviez pas à lutter au dedans et au dehors. *léclitez bien cette maxime quand on attaquera l'institut ou quand ^^ vous attaquera, vous que la majesté divine a choisi pour être le

1- Allasion àTosqaez, admis peut-tHre trop facilement par Falcoia parce que son frère, PDijisaDt à la coar de Vienne, y aurait avantageusement ni^gqcié l'approbation de 1 institut. 2. Correspondenza générale, I, 38.

principal constructeur de cet édifice ; vous dont le mandat est di porter le nom de Jésus aux peuples, aux nations et aux royaumes ^ »

Cette magnanime confiance d'Alphonse et de son directeur paraîtra d'autant plus surnaturelle que le recrutement des sujets, très difficile dans le clergé, comme nous venons de le voir, était moralement impossible parmi les laïques, pour des causes diverses, mais surtout en raison de la difficulté presque insurmontable de promouvoir aux ordres sacrés les membres d'une congrégation non encore approuvée par TÉglise.

Afin de conserver aux ministres des autels le décorum qui leur est nécessaire, le droit canonique interdisait très justement aux évèques de conférer les ordres sacrés à un clerc dépourvu de moyens d'existence suffisants. L'ordinand devait donc présenter à l'évêque un titre ecclésiastique, c'est-à-dire un bénéfice qui lui permit de vivre honorablement, par exemple une cure, un vicariat, une chapellenic. Quant aux religieux dépouillés de toute propriété par le vœu solennel de pauvreté, le titre de la profession religieuse qui leur donnait droit à la table commune, suffisait pour l'ordination. Il fallait donc à tout ordinand, pour être admis aux ordres sacrés, l'un de ces deux titres : un bénéfice, ou le droit à la vie commune par la profession religieuse.

Or, au temps de saint Alphonse, il était fort difficile aux novices laïques de l'institut de se munir d'un titre valable pour arriver aux ordres sacrés. Un bénéfice à charge d'âmes impliquait la résidence, c'est-à-dire un genre de vie incompatible avec le ministère des missions. Quant aux bénéfices simples, certains exigeaient aussi la résidence du titulaire à cause des offices et des charges auxquels ils étaient annexés. D'ailleurs ils appartenaient pour ainsi dire de droit aux prêtres de chaque localité, et l'on regardait de mauvais œil, nous le verrons bientôt, l'étranger qui parvenait à se procurer la moindre chapellenie. A défaut de bénéfice, l'ordinand aurait eu pour vivre honorablement la ressource du titre patrimonial, qui longtemps avait sufti ; mais afin de ne pas multiplier le nombre des prêtres sans fonction, le saint Concile de Trente avait décrété que les sujets, même pourvus d'un titre patrimonial, ne pourraient être admis aux ordres sacrés que si leurs évèques respectifs jugeaient leur ordination nécessaire ou utile aux paroisses. Ce décret, rendu

1. Che siete slato scelto da S. D. Maesta per istrumento priacipale di questo ediCcîo, ed avete a porlare il suo SS. Nome fra i popoli, genti et regione. (LeUre du 28 juilkl 1734.)

plus strictement obligatoire en ces derniers temps, coupait aux sujets de la congrégation toutes les avenues du sacerdoce. L'exemple de César Sportelli le démontra péremptoirement. Il avait Tâge, la science, la vertu, mais il lui manquait un bénéfice. Comme il était riche, il se constitua un litre patrimonial et se présenta, pour être ordonné, à sonévêque d'origine. Celui-ci refusa de l'admettre aux ordres sacrés, attendu que, possédant un nombre de prêtres suffisant, il ne jugeait pas cette ordination nécessaire ou utile à son diocèse. En vain employa-t-on tous les moyens pour lui procurer un bénéfice ; en vain, s' appuyant sur les qualités de Tordinand et les nécessités de l'institut, Tévêque de Cajazzo supplia-t-il la congrégation des Évêques et Régdiers de permettre, pour ce cas exceptionnel, une dérogation à la règle : toutes ces démarches restèrent infructueuses. Sportelli ne Alt ordonné prêtre qu'en 1737, et grâce à une dispense que lui obtint M*' Falcoia dans une visite ad limina. Cette aventure découragea tellement deux excellents jeunes gens, Philippe de Vito^et Janvier Rendina, qu'après deux ans de postulat, ils perdirent Tespoir d'arriver au sacerdoce dans la congrégation. L'un se fit prêtre séculier, et Taulre, voulant à toute force rester auprès d'Alphonse, s'engagea dans l'institut comme frère servant.

Ensomme, le saint fondateur ne pouvait compter, pour augmenter le nombre de ses sujets, que sur certains prêtres héroïques, comme Rossi et Sarnelli. Les autres, attachés à leur bénéfice ou à leur famille, ne renonceraient pas aux avantages de leur position pour aflTroDter les dures privations d'un couvent sans ressources et les fatigues d'un apostolat sans gloire. Mais alors, avec ses quelques sujets, comment prêcher des missions, pourvoir aux besoins des deux maisons existantes, et réussira en établir une troisième qu'à tout hasard il venait d'accepter dans le diocèse de Salerne?

Certains jeunes gens sollicitaient leur admission, même avant d'avoir achevé leurs études littéraires. Malgré les difficuitées cidessus mentionnées, il résolut, en cette même année 1735, de créer à la Villa des Esclaves un juvénat, où ces postulants, après une année de noviciat, poursuivraient le cours de leurs études. Il espérait que pendant ce temps de formation intellectuelle et religieuse, Dieu leur ouvrirait une porte pour arriver au sacerdoce. Ce plan de recrutement, très aventureux, ne plut pas à Falcoia. Le prudent directeur persistait à croire qu'il fallait se borner à recevoir des

1. Philippe de Vite se sentait d'autant plus pouRsé vers la congrégation du Saint-Sau- Teor qu'il arait deux sœursau couTent de Scala, la mère Marie-Angèle du Ciel et laMiMC Marie Rapiiaël de la Charité, toutes deux modèles et soutiens de leur institut naissant.

170 APOTRE ET FONDATEIR.

ph^tres, ou tout au plus des clercs engagés dans les ordres sacrés, pourvus par conséquent d'un titre ecclésiastique, d'abord parce qu'il serait toujours très difficile do. l'obtenir, et ensuite parce que ces jeunes gens, une fois leurs études terminées, seraient exposés à déserter Tinstitut, soit par amour désordonné de la famille, soit par Tappàt d*un poste lucratif.

« Réfléchissez bien, mon cher Alphonse, écrivait-il le l**" janvier 1735, avant d'accepter des jeunes gens encore bien loin du sacerdoce. Ils entreront chez vous comme dans un séminaire afin d*étudier sans bourse délier. Dieu sait combien de fois les Pieux-Ouvriers ont été dupés sous ce rapport. Après avoir élevé, instruit, nourri ces jeunes novices, ils les ont vus déserter Tun après l'autre. Certainement si vous avez toujours affaire à des jeunes gens appelés de Dieu et non à des escrocs, cette éducation au couvent peut être excellente, parce qu'on y habitue cette jeunesse, encore maniable, à plier sous le joug de Tobservance régulière, mais n'oubliez pas le péril car il est grand. Je voudrais du moins que, pour l'entretien de ces jeunes gens, un titre patrimonal fût consigné entre les mains du supérieur. Ce serait la pierre de touche des vraies vocations, tant pour les parents que pour les postulants eux-mêmes. Dans la primitive Église, ceux qui désiraient vivre en commun avec les apôtres, commençaient par déposer leurs biens aux pieds de saint Pierre, ce qui leur donnait droit à la table commune. Ce retour à la vie apostolique serait pour vous une grande sûreté. »

A ces observations très judicieuses Alphonse opposa la nécessité absolue de préparer des sujets à l'institut. Il fut donc convenu qu'on recevrait les jeunes gens dont la vocation, après un sérieux examen, paraîtrait solide, et que, les prédications du carême terminées, on inaugurerait un noviciat à la Villa des Esclaves. Une dizaine de postulants en suivraient les exercices, notamment Mazzini etRossi. Mazzini avait enfin obtenu de son directeur l'autorisation si longtemps refusée. Rossi se préparait A bAtir le château de l'Âme décrit par sainte Thérèse, avec tout l'entrain qu'il mettait à élever les constructions de Villa. Un jeune prêtre d'Amalfi, don Innocenzo, plusieui*s fois auxiliaire d'Alphonse dans les missions, attendait également avec impatience les joui*s bénis de la solitude. Don Joseph Panza, l'ancien compagnon d'Alphonse à Sainte-Marie des Monts, hésitait depuis trois ans à franchir le .seuil du couvent, mais rentrée de Mazzini, son autre ami de cœur, paraissait devoir lixer sa trop longue indécision. Enfin le diacre Julius Marocco, d'une très honorable famille de Cajazzo, venait d'entrer à Villa

?i^ ^gré Topposition de ses parents, qui, en vertu du droit de patroi^^ge, ambitionnaient pour leur fils le primiciérat de la cathédrale. ^ ces cinq novices, engagés dans les ordres sncrés, devaient se joindre Michel de Alferiis*, deux jeunes gens d'Amalfi, Angelo et F^΀tro, Crescenzo Camardelli, et plusieurs autres dont les noms né sont pas arrivés jusqu'à nous.

Le noviciat s'ouvrit au commencement d'avril, mais, première déception, plusieurs des prêtres et laïques attendus manquèrent au r*^ ndez-vous. Après quelques jours passés à Villa, don Innocenzo trouva que la vie austère du couvent ne convenait pas à son tempérament et reprit le chemin d'Amalfi. Uon Joseph Panza, plus Imésiiant que jamais, ajourna de nouveau sa grande résolution. Pc^rrai les jeunes gens, quelques-uns reculaient aussi devant le sa- CMfice. Désolé, Alphonse fit part de sa déconvenue à son directeur, qvki lui répondit : « Adorons la divine Providence et soumettonsnoas à ses décrets. Cela nous montre qu'il faut bien éprouver les vocations et ne pas trop compter sur les élans de ferveur que produisent naturellement les exercices d*une mission. Du reste, ne vous (Chagrinez par outre mesure de ces défections : ceux que Dieu vous donnera lui-même, personne ne vous les enlèvera'. »

Alphonse se mît à l'œuvre avec la volonté bien arrêtée de faire Se chaque novice un saint religieux. Sans doute il brûlait de multiplier les ouvriers évangéliques, mais avant tout il voulait de vrais imitateurs de Jésus, le premier prédicateur de l'Évangile. « Quand j'entrai dans la congrégation, dit le frère Janvier Rendina, notre fondateur m'adressa cette parole : « Frère, veux-tu devenir un saint? Si oui, sois le bienvenu ; si non, retourne d'où tu viens. » Et quand plus tard, ajoute-t-il, j'allais me plaindre à lui de mes peines ou de nies souffrances, il ne manquait pas de me répondre : « Ah ! mon frère, tu ne veux donc pas devenir un saint ! » Cette pensée d'Alphonse fut la pensée-mère du noviciat.

L'imitation de Notre-Seigneur, but premier de l'Institut, devait Hre l'objectif du novice. Pour atteindre ce but, il établit, d'après les 4vis de son sage directeur, que les douze vertus sur lesquelles se l>a8aient les règles feraient l'objet principal des méditations, conféfcnces, examens, et pratiques de chaque mois. Sans avoir recours à des mortifications imprudentes ou extravagantes, le maître des novices s'appliqua sans cesse à vaincre l'amour-propre, à mortifier

1. Ce Michel était le neveu du pieux Michel de AUeriis qui prêtait autrefois sa maison de campagne à notre saint et à ses amis pour y faire leur retraite du mois. t Lettre du 5 mars.

les sens, à réformer le caractère , en un mot à dompter la nature. Partout régnaient l'ordre et le silence. La lable, pauvrement servie, fournissait aux novices de fréquentes occasions de souffrir. Pour les réconforter, on leur lisait durant le repas la vie des saints et Thistoire des martyrs du Japon. Les jeux étaient interdits en récréation comme contraires aux convenances religieuses.

Une loi sévère défendait aux novices de retourner dans leur famille, même en cas de maladie grave. « C'en serait fait de la congrégation, disait Falcoia^ si Ton ouvrait celte porte. » Le vieil évêque parlait en homme qui connaissait son pays et la vraie plaie des ordres religieux en Italie. « Entourez les malades, ajoutait-il, de tous les soins que suggère la charité, de manière qu'ils n'aient point à désirer l'assistance de leurs proches. Que si les parenfs sont eux-mêmes gravement malades, ou si des raisons majeures exigent un séjour momentané dans la famille, les supérieurs aviseront; mais la règle doit dire comme FÉvangile : Laissez les morts ensevelir leurs morts'^.

Hélas ! cette dernière règle, à laquelle Alphonse tenait plus qu'à toutesles autres, devaitètre pour lui la source denouvellesdéceptions. Dans les premiers temps du noviciat, la ferveur fit oublier les douceurs de la famille. Par ses leçons comme par ses exemples, Alphonse entraînait les faibles aussi bien que les forts. Rossi et Mazzini le suivaient de près dans la voie des hautes vertus ; mais peu à peu les faibles trouvèrent le régime du couvent un peu dur, la vie trop austère pour des jeunes gens. De là on arriva bien vite à regretter le monde, la famille, les parents, les amis, et la débandade commença. Angelo donna le signal. D'une nature un peu maladive, on l'envoya à Castellamare pour changer de climat, et ensuite à Scala pour respirer l'air plus pur des montagnes. 11 guérit, mais le cœur resta malade, et la côte d*Amalfi lui fit oublier le noviciat. Son compatriote Pietro ne larda pas à l'imiter. Don Crescenzo Camardelli, grand admirateur des mortifications d'Alphonse, en tenait note, comme nous l'avons vu, pour les raconter à la postérité, mais il trouva ce genre de sainteté plus admirable qu'imitable, et rentra dans le monde, ainsi que plusieurs autres de ses jeunes compagnons.

A ces défections occasionnées par la faiblesse de caractère, vint s'ajouter le départ forcé de Michel de Alteriis. Irrité du parti qu'avût

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