Relinquant mortuos sepelire mortuos suos
pris le pieux novice, son père, après force injures et récriminations contre les missionnaires, finit par assaillir la maison de Villa à la tète d*une bande de gens armés. Micliel s*évada pendant la Triait et se cacha quelque temps à Naples, priant Dieu de lui faire connaître sa volonté. Alphonse se rendit de son côté dans la capitale pour plaider la cause du jeune persécuté près du roi et du cardinal, mais ce dernier lui conseilla de le renvoyer dans sa famille afin d'éviter les excès scandaleux auxquels le père aurait pu se livrer. M J'y consens, dit Alphonse, mais sa victoire lui coûtera cher. » En effet, à peine Michel fut-il de retour à la maison, que son frère aîné mourut. Ce terrible châtiment ouvrit les yeux au malheureux père : « J'ai enlevé à Dieu un de mes fils, s'écria-t-il, et Dieu m'enlève Vautre. » Michel quitta ainsi le noviciat sans aucune faute de sa part, et c'est pourquoi Dieu lui continua ses grâces. Après avoir travaillé toute sa vie au salut des âmes, il mourut en odeur de sainteté.
Julius Marocco, également persécuté par sa famille, ne put se soustraire à des importunités capables d'ébranler sa vocation, qu'en ^'enfuyant à Scala. Sa mère étant tombée malade, il lui fit visite au ^Hoig d'août, résista courageusement à toutes les tentations, et '^'hésita point, quand elle fut hors de danger, à reprendre le chemin ^© Scala. Cinq ans il y resta fidèle, puis Tamour du pays et de la famille lui troubla le cœur, et nous le verrons en 1740 abandonner ^^ congrégation.
Deux ou trois jeunes gens pei'sévérèrent jusqu'à la fin du noviciat, liais, au moment de commencer leui*s études, entraînés par les séductions qui avaient fasciné leurs condisciples, ils quittèrent aussi ïc couvent pour rentrer dans leur famille, en sorte qu'Alphonse, ^près un an de soucis et de labeurs, se retrouva seul avec Rossi et Mazzini. On se figure sa peine en voyant se faner ainsi toutes ces fteurs qu'il avait cultivées avec tant de soin. 11 était donc écrit que Vinstitut recruterait difficilement des sujets. Les hommes courageux se heurteraient aux exigences canoniques; l'inconstance, la légèreté, les vues intéressées, l'attachement à la famille éloigneraient les âmes de trempe ordinaire. Seuls, des hommes de Dieu comme ses trois compagnons, Sarnelli, Mazzini, Rossi, trouveraient en eux assez d'énergie pour rester jusqu'à la mort apôtres au dehors et chartreux à la maison. Or Ton ne peut se dissimuler que ces vrais imitateurs de Jésus-Christ constituent de rares exceptions. Pour se consoler des tristesses qui l'envahissaient, Alphonse s'abandonnait aveuglément à la volontéde Dieu, puis recourait au père spirituel que
la Providence avait chargé de le soutenir au milieu de ses tribulations. Rien de plus admirable que les sereines réponses de Falcois dans ces conjonctures douloureuses. « Mon cher Alphonse, écrivaitil le 5 octobre après les premiers départs, votre résignation m< console plus que ne ferait Farrivée de dix excellents sujets. Ne pressons personne d'entrer dans l'institut : la vocation vient de Dieu qu\ connaU ses élus. Moins nous mettrons du nôtre dans une affain de vocation^ mieux ce sera. Nous ne pouvons que prier la majesté divine de nous envoyer ceux qu'elle a résolu d* envoyer. Selon Tin vitation du divin Sauveur, priez le Maître de la moisson d'envoyet des moissonneurs. »
L'évèque de Castellamare ajoutait ces saintes et prophétiques paiH)les : « Adorons, mon cher ami, les décrets divins. Servons Diec et abandonnons-lui le soin de tout ce qui nous concerne. Ces départs successifs n'ont pas seulement effleuré mon âme. De notre humiliation, voulue par Dieu, sortiront de beaux fruits, comme du grain pourri dans la terre sort un épi magnifique. De la chair de Jésui broyée sur le Calvaire sont nés tous ces saints qui ont réjoui l'univers, le paradis, et Dieu lui-même. Remercions le Sauveur, qui noui humilie avec lui pour que nous puissions fructifier à son exemple, r Le saint vieillard raconte alors un prodige arrivé à Castellamare, k jeudi de Pâques, dans une communauté * de jeunes filles dont ï était le fondateur. Celles-ci portaient en procession une grande croix que leur avait donnée le père Sarnelli, quand tout à coup, ai moment où les assistants s'agenouillaient pour prier, la jeune fiU< qui portait la croix, sans trop savoir comment, cessa de la soutenir La croix resta debout, sans aucun appui, l'espace de trois heures â la stupéfaction de tous les spectateui*s. « Mon cher Alphonse continue Tévêque, quelle est la signification de ce miracle? — Celi veut dire que le drapeau du divin capitaine est arboré, et que nous ses soldats, nous devons marcher à sa suite, crucifiés comme lui Cette leçon, Dieu la donne à ces pauvres enfants, mais bien plu; aux membres de notre institut, qui doivent porter le saint nom d< Jésus et l'étendard de la croix, sinon à toutes, du moins à diverse: nations du globe 2. »
Cétait la troisième fois que l'évoque de Castellamare prédisait li diffusion de Tinstitut à travers le monde. 11 est difficile de ne pas ] voir une véritable prophétie, car, chose remarquable, le saint vieil
1. CeUc communauté avait pour supérieure la sainte mère de Sporlelii, assistée d Marie, la pénitente d'Alphonse si cruellement éprouvée, comme on la dit plus bas.