‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 59 sur 190 · Lettre de Janvier · texte numérisé non relu

Lettre de Janvier

LES SOLITAIRES DE ClORANL '200

êtri*e façonné. Cinq pères et quatre frères composaient toute la communauté. Déjà nous connaissons ces hommes généreux, habitués de longue date à tous les sacrifices. Le pieux Mazzinî, constitué ministre ou économe, maître éventuel des novices, remplaçait le supérieur en son absence. Le prudent et courageux Sporlelli, nommé zélateur, devait veiller à Tobservance et accuser au chapitre les délinquants. Le grave et paisible Villani fut spécialement chargé du soin de Téglise et du règlement des offices. Rossi continua de s'occuper des constructions et de l'arrangement de la maison. Mazzini prenait soin des frères et des étrangers.- Deux pères étaient absents : Marocco, toujours maladif, toujours entraîné vers sa famille, soignait sa santé à Cajazzo, tandis que Théroïque Samelli, malade à Naples, entreprenait une nouvelle croisade cont:rereDfer.

Les quatre frères laïques marchaient avec ardeur sur les pas de o«8 vaillants religieux. Vitus Curzius élait arrivé, par le dur sentier des humiliations et des austérités, à Toraison la plus sublime. *^«iidina méditait toujours le mot d'Alphonse : « Si tu ne veux pas "^ faire saint, retourne d'où tu es venu. » Francesco Tartiglione '^'appartenait à la congrégation que depuis deux ans. Il exerçait à ^«poue le métier de tailleur, quand il entendit un jour raconter ^n un certain Alphonse de Liguori avait quitté le monde pour se ^^onsacrer à Dieu et vivre saintement dans un ermilage avec Quelques compagnons. Immédiatement François s'était présente au ^^ouvent de Scala comme tailleur ou comme homme de peine, prêt ^ n'importe quel service. De fait il participa dès lors aux misères ^i«s trois fondations, veillant à tout, aidant ses frères, ne reculant devant aucune besogne. Le dernier arrivé, Joachim Gaudiello, n'é- *^lâgé que de dix-neuf ans. Neveu du curé de Ciorani, innocent et ^ieux comme un ange, il entendait souvent les gens du pays parler ^>rec admiration de Taustérité et de la régularité qui régnaient ^u couvent. « Qui veut se faire saint, lui disait-on, doit entrer à Ciorani. » Gaudiello, brûlant de se faire saint, sollicita son admis- ^oû et vécut de manière à se tresser vite une belle couronne.

Afin de se rendre plus apte î\ pousser dans la voie de la perfection celte phalange d'élite, Alphonse inaugura cette nouvelle période par sa retraite de dix jours. Or, sur les devoirs d\m bon supérieur, voici les résolutions que Dieu lui suggéra, résolutions qui peuvent être utiles à d*autres qu'à lui.

1. Observer la règle ad liileram. Ne point m'écarler de ses prescriptions et ne point en dispenser les sujets si ce n'est pour la

plus grande gloire de Dieu. La transgression des règles par \^^ supérieurs scandalise les subordonnés et les porte aux mêmes infractf^ tions.

2. Dans le gouvernement de la congrégation, préférer toujour^^ le bien de celle-ci aux œuvres du dehors.

3. Traiter les pères le mieux possible, vu les faibles ressources * de la maison. Les pourvoir du nécessaire en fait de nourriture, de vêtements, de literies; surtout procurer aux malades Fassistance d*un médecin, et, si la maladie se prolonge, les visites de leurs confrères.

4. Ne jamais punir pour des fautes qui me concernent personnellement, sinon dans un cas d^extrême nécessité^ et alors charger un autre de faire la réprimande, à moins cependant que la charité ne m'empêche de manifester la faute commise. Ne jamais parler des défauts des autres, même des défauts naturels, sans une véritable nécessité.

5. Dans les conversations, surtout après le repas du soir, entretenir la communauté de choses spirituelles, soit des actions des saints, soit de leurs maximes et de leurs pratiques. Il faut que la récréation soit commune, et chacun doit parler de manière à être entendu de tous ^ »

D'après ces résolutions, on voit qu'Alphonse exigeait de ses inférieurs l'observance régulière et la vie parfaitement commune, mais rien de plus. Père rempli d'attentions et de charité, il voulait procurer à ses enfants tout le nécessaire, laissant à chacun d'eux le soin de s'imposer des mortifications surérogatoires. Quant à lui, non seulement il observait la règle ad litteratUy comme il se l'était prescrit, mais il allait bien au delà. Il se réserva dans la nouvelle maison la cellule la plus étroite et la plus pauvre, véritable taudis de mendiant. Un prêtre de ses amis, Charles Zampoli, qui l'aidait dans ses missions, dépeint « ce réduit, situé sous un escalier, garni pour tout mobilier d'une misérable table et d'un lit, long de quatre palmes, où le serviteur de Dieu pouvait à peine s'étendre pour prendre un court repos. » C'est là qu'il passait ses jours, priant, travaillant, soutirant parfois un véritable martyre. Il ne sortait de cette prison que pour aller prier au pied de l'autel ou se rendre au confessionnal.

Ainsi l'apAtre se faisait chartreux à la maison, donnant à tous Texemple de la vie solitaire et mortifiée. Ses frères suivaient

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