LES SOLITAIRES DE CIOHANI
comme lui ce chemin ardu de la contemplation. Ils demandèrent de faire l'un après Tautie ce qu'on appelait alors la retraite de c|uiii*ante jours. Dans les premiers temps de Tinstitut, la règle prescrivait non seulement de copier les traits du Sauveur en s'appro- I>rîant ses vertus, mais même de reproduire les différentes phases de sa vie. Le noviciat, c'était Bethléem : l'aspirant devait y redevenir enfant, innocent, humble, simple, comme Tenfant de la crèche. L'étudiant devait mener la vie cachée de Jésus à Nazareth, travailler comme lui, obéir comme lui, croître comme lui en sagesse et en grétce. Aioi*s commençait la vie publique, la vie du Tîiîssionnaire; mais avant de se manifester, comme Jésus il fallait c*.ller au désert et vivre sur la montagne dans la prière et la pénitence durant quarante jours. A la suite de cette retraite, on s'enga- S"cait par vœu à prêcher des missions au peuple partout où les supé- "■^ieurs le jugeraient convenable, fiït-ce dans les pays infidèles.
Alphonse avait passé ces quarante jours de solitude dans la ^'l'otte de Scala; Sarnelli, dans Termitage de Vignarello, près ^^^^ la Villa des Esclaves; Sportelli, dans le secret de sa cellule. '^^s autres pères réclamèrent la même faveur. Mazziui se retira le 1> ï'emîer sur la sainte montagne, et l'on peut juger des hauteurs où ^^^n âme s'éleva, non seulement par ses graves et saintes résolutions, mais surtout par cette déclaration qui les termine : « Le *■ *^entc-neuvième jour de ma retraite^ il a plu au Seigneur de me ^^^ire comprendre, par un rayon de sa divine lumière, que Dieu est ^^ tout de chaque homme et qu'en dehors de Dieu tout n'est rien, ^nétré de cette vérité, je ne veux plus me réjouir qu'en Dieu ^^^'ine m'affliger que de roifense de Dieu, même dans les plus :^^ *iiids revers, même si la congrégation venait à périr. L'offense ou ^^ plaisir de Dieu, voilà pour moi la seule cause d'allégresse ou de ~ ^^agrin. » Puis, s'animant au combat contre lui-même, il s'écrie : Soldat de carton, je me tiens dans l'attitude d'un homme qui va ^^ourfendre l'ennemi, mais qui ne le touche jamais. C'est ainsi ^^e je lutte contre mon amour-propre, mon ennemi capital. Jean ^«azzioi, souviens-toi de cet écrit, sur lequel Dieu te jugera. » . Ainsi entraînés par leur chef, retrempés dans la solitude, pères ^^^ frères s'élancèrent à Tenvi dans les voies de la sainteté. « La "^ibie et la Thébaïde, dit Tannoia, n'ojit pas vu peut-être de céno- ^^^-tes plus adonnés à la contemplation que nos ermites de Cioranî. ^*-~^^-inaîs une parole superflue, jamais un pas hors de la cellule sans ^^Scesailé, jamais la plus légère infraction à la règle. Chacun ^^ ^^ mpliœait son emploi avec joie et simpUcité, puis sollicitait la
permission d'aller à Téglise faire sa cour au Roi des rois, le jour, la nuit, et le plus longtemps possible. »
Un des solitaires, le père Villani, a dépeint d'une manière saisissante au procès de canonisation le genre de vie qu'on menait à Cîorani : « Nous habitions, dit-il, une maison bien pauvre, et nous vivions en commun sous des constitutions non écrites encore, mais plus strictement observées que n'importe quelle règle des instituts les plus austères. Tout entiers au recueillement, à la pratique des vertus, aux plus âpres pénitences, nous nous adonnions à la lecture spirituelle, à Toraison, au travail, avec une sainte ardeur que stimulait encore la vie austère de notre saint fondateur. Parmi nos mortifi cations, il faut compter surtout celles que nous faisions à table, oii Ton nous servait d'ordinaire une simple minesira, puis quelques légumes mal apprêtés. Cette maigre nourriture, nous la prenions assis par terre. Nous ne mangions de la viande que par exception. Le serviteur de Dieu se flagellait jusqu'au sang, mais il avait soin de faire disparaître sous une couche de chaux les taches sanglantes dont étaient couvertes les parois de sa cellule. »
La vie contemplative est le véritable foyer de l'apostolat. Celui qui aime Uieu brûle de le faire aimer. Aussi ne faudrait-il pas croire que, durant ces deux ou trois années passées dans la même maison, les solitaires de Ciorani fussent restés inactifs. Chacun d'eux, au printemps et à l'automne, se mettait en campagne à la tête de nombreux auxiliaires. Dans le cours de ces deux années 1739 et 17i0, Alphonse prêcha pour sa part plus de vingt missions et retraites.
Déjà, en octobre 1738^ quelques mois après la suppression de Scala, une neuvaine de prédications à Nocera de Pagani lui ouvrait la perspective d'un futur établissement. « Les sermons du serviteur de Dieu, dit un témoin oculaire, ses chants angéliques, son zèle incomparable, les fruits abondants de sa parole, firent sur nous une si vive impression, que toute la population le supplia de fonder dans la cité une maison de son institut. Nous ne voulions pas nous séparer de lui. » On verra bientôt que ce vœu fut exaucé.
En novembre, Alphonse, accompagné de neuf prêtres auxiliaires, entrait à Castcllamarc, à la grande joie de xM»' Falcoia. Bien que gouvernée par un saint évêque, cette ville de dix mille Àmcs avait plus que toute autre besoin d'une mission. Avec son commerce étendu et ses multitudes d'étrangers, ce Capharnaûm du golfe de Naples brillait moins par la pureté de ses mœurs que par sa situation pittoresque et la douceur de son climat. Alphonse y