LUS SOLITAIRES DE CIORANI
t.%aa profondémeDt toutes les classes de la société. Il fit cesser, au ins généralement, les trafics illicites, les haines, les scandales, 1. <E^s pratiques de magie, et surtout la prostitution. Jamais ou n'avait "^►^im pareille révolution religieuse, pareil concours d'auditeurs et de H^i^^Eiitents.
Au printemps et à Tautomne des deux années 1739 et 1740, ses c^ ourses évangéliques rappellent les voyages de Jésusà travers les ^l::»ourgs et villages de la Galilée. On le trouve tantôt sur la côte «fl.* Acnalfi, prêchant le royaume de Dieu aux pêcheurs de la Méditer- K-^anée, comme autrefois le Sauveur aux bateliers du lac de Gé- T^ésareth; tantôt dans les vallées et sur les montagnes du diocèse de ^aleme, cherchant les brebis égarées. Ainsi le virent passer sucer essivement et semer la divine semence, Furore, Conca, Casale, CHastig'lione, Saint-Cyprien, Lanzara, Mercato, Calvanico, Coverchia, ï*'isciano, Saint-Sauveur, Eboli, Oleano, Montecorvino, Savignano, .^raciglîano, et d'autres villes ou villages. Partout les foules accourraient pour l'entendre, partout le péché fuyait devant lui , partout Y-'^fleurissaient les vertus chrétiennes et la fréquentation des sa- C2 rements.
Et afin qu'il y eût similitude parfaite entre le disciple et le Maître,
«i^méme que Jésus laissait parfois les pauvres de la Galilée pour
•^Her à Jérusalem prêcher aux docteui^s du Temple, de même le Sei-
^5" Jieur voulut qu'Alphonse interrompit le cours de ses missions popu-
-■^^tireset se rendit dans la capitale du royaume pour y annoncer aux
^^^Tètres la parole de Dieu. En 1739, le vénérable supérieur de la
"^ ropagande le chargea de la retraite annuelle du clergé. « Tous
^ confrères, écrivait-il, et tous les prêtres de Naples réclament le
raod missionnaire. Outre la puissance que Texeniple de sa sainte
^^" ie confère à ses paroles, il prêche avec une ferveur si communi-
^^^-^tive, une onction si touchante, qu'il est impossible de lui résis-
Aux travaux apostoliques du dehors venait s'ajouter le ministère ^ ^rts fructueux de la prédication et de la confession à la maison. *~— « zèle d'Alphonse et de ses compagnons, leur grande réputation ^^ «sainteté, leur compatissante charité pour les pécheui*s, attiraient "^^^^^ la chapelle du couvent une foule de pénitents et d'âmes pieuses. ^"-— iorani devenait un lieu de pèlerinage où Dieu, disait-on, accordait ^^ ^s grâces de choix. Et de fait, on y respirait comme un air du ciel '^J ^i rafraîchissait Tâme brûlée par les ardeurs de la terre et lui don- *^^tla force de s élancer vers Dieu. Les pécheurs s'y sentaient mal •"^^ luise et se frappaient la poitrine, les justes y trouvaient des
joies divines : témoin la vocation du père Gaspard Corvino. Ce jeun^c Napolitain, postulant dans un autre ordre religieux, passait ul -> jour à Ciorani. L'idée lui vint d'entrer à l'église pour y entendrai' la messe. Un prêtre était à Tautel. Le jeune homme le vit si pro ^ fondement recueilli, si plein de ferveur et d'amour qu'il en fu ^ saisi jusqu'au fond de l'Ame. « C'est ici que je veux vivre et mou — rir, » se dit-il. Immédiatement il alla frapper à la porte du couvenS^ pour solliciter son admission. Le bon frère vécut saintement dan^ l'institut et y persévéra jusqu'à la mort.
Un miracle éclatant vint encore accroître la vénération publiques dont Alphonse était l'objet, et par là même Tentrainement de^ fidèles vers Ciorani. Au mois de juillet 17V0, une longue sécheresse désola les environs de Sanseverino, et mit les arbres et les moissons en grand danger de périr. Confiants dans la puissante intercession du saint fondateur, les habitants d'Aquarola, village peu distant de Ciorani, le supplièrent de leur prêcher les sainte exercices afin d'attirer la miséricorde de Dieu sur eux et sur leur pays dévasté. Ces pauvres gens firent tant d'instances qu'il eut pitié de leur détresse. Après avoir invoqué le Seigneur, il leur promit qu'à certain jour déterminé la pluie tomberait en abondance. Aucun indice n'annonçait aloi's une pareille faveur du ciel. « Or, affirme Nicolas Montefuscoli, j'ai entendu la prophétie, et j'en ai vu l'accomplissement. Au jour indiqué, on aperçut au-dessus deSalerne un tout petit nuage. Alphonse l'observa quelque temps d'une fenêtre de sa chambre, puis il étendit les bras comme pour l'attirer, et, se prosternant à terre, il implora la miséricorde de Dieu en faveur du peuple. A peine s'était-il mis en prière que le ciel s'obscurcit, le tonneri*e fit entendre de sourds grondements, les éclairs sillonnèrent les nues, et la pluie tomba sans interruption durant cinq heures. Le saint remercia aussitôt le Dieu qui l'avait exaucé, et le peuple, convoqué par lui à l'église, unit ses actions de grâces à celles de son bienfaiteur. Je sais ce fait de science certaine, ajoute le narrateur, et je l'atteste sous la foi du serment, car il s'est passé en ma présence. »
Ces faveurs célestes expliquent l'affluence extraordinaire des pèlerins et des pénitents à l'église de Ciorani. Le couvent lui-même ne pouvait plus contenir les retraitants, bourgeois, gentilshommes, prêtres, jeunes clercs, qui venaient faire les saints exercices sous la direction des pèr'^s. Alphonse ou l'un de ses confrères y prêchait Ja retraite aux ordinands des diocèses voisins. Ils accouraient si nombreux que très souvent on manquait de place pour les rece-