‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 62 sur 190 · LES SOLITAIRES DE CIORANI · texte numérisé non relu

LES SOLITAIRES DE CIORANI

voir, de sorte que Ton se vit dans la nécessité d'ajouter une aiJe au bâtiment habité depuis deux ans. Mais où trouver les ressources nécessaires pour entreprendre cette nouvelle construction? Le père Rossi, qui devait diriger les travaux et payer les ouvriers, ne croyait yas prudent de commencer une œuvre aussi coûteuse sans un sou 43ans la caisse.

Sur ces entrefaites, Dieu enleva de ce monde l'archevêque de

Salerne, don Fabricius de Capoue, si dévoué aux pères de Ciorani.

Son successeur. M*' Rossi, appréciait également leurs services et

vénérait profondément leur digne supérieur. Quand Alphonse alla

le féliciter de sa promotion, Tarchevèque lui saisit la main et la

baisa pieusement devant tout son entourage. Lors de sa première

visite au couvent de Ciorani, il fit aussi remarquer que le bâtiment

était insuffisant pour recevoir les retraitants, surtout les jeunes

clercs qui venaient se préparer aux saints ordres, et insista sur la

nécessité de commencer sans délai les travaux d'agrandissement.

Le saint vit dans ce désir du premier pasteur un signe de la volonté

de Dieu ;mais le père Rossi, positif comme tout bon financier, objecta

de nouveau le manque de ressources. « Mon cher père, lui dit

Alphonse, nous ne devons pas agir à la manière des séculiers. Quand

'^ séculiers veulent béttir, ils ramassent d'abord Targent nécessaire

pour solder les dépenses, puis seulement ils se mettent au travail.

*foas devons faire tout le contraire : mettons la main à l'œuvre, et

demandons à la Providence de payer les ouvriers. Avec votre sys-

^me, vous ne poserez jamais une pierre sur Tautre. » Rossi se le

*înt pour dit, et inaugura les travaux au mois de juillet 17^0, ayant

pour tout capital un sequin, qu'il avait emprunté au garde du baron

^melli.

La bonne Providence ne trompa point la confiance du saint fondateur. Les habitants de Ciorani lui vinrent en aide malgré leur pauvreté ; Tarchevêque se montra très généreux ; Falcoia lui fournit cent ducats; une dame de Solofra, quatre cents; divers bicnfaite\ips, des sommes plus ou moins considérables. Un jeune homme se présenta un jour au père Rossi sous prétexte de lui demander certains renseignements sur Tinstitut. L'entretien terminé, Tinconnu lui glissa un papier dans la main, en le priant de dire une messe àson intention. Rossi trouva dans ce papier cent ducats d'or, et ne revit jamais le mystérieux donateur.

Toutefois cesoffrandes, si généreuses qu'elles fussent, ne pouvaient suffire aux grandes dépenses que nécessitaient les constructions commencées. N'écoulant que son zèle, don André Sarnelli s'avisa de

représenter à Tarchevèque que les curés, devant tous profiler des travaux des missionnaires, devaient tous s'imposer une légère contribution pour achever la bâtisse. M"" Rossi trouva cette observation d'autant plus juste que les pères du Saint-Sauveur donnaient les missions à leurs frais, sans imposer la moindre charge, ni pour le loge* ment ni pour leur entretien, au cure ou A ses paroissiens, il adressa donc une circulaire aux archiprétres pour recommander Tœuvre des missions et prélever, sur les revenus des églises et des chapelles, une taxe, minime du reste et presque insignifiante, en faveur des constructions de Ciorani. Rien de plus équitable, mais quand il s'agit des intérêts matériels, il faut compter non avec la raison maïs avec la cupidité. La circulaire de Tarchevèque faillit occasionner une l'évolution.

Dans le diocèse de Salerne se rencontraient comme partout ailleurs des ecclésiastiques hostiles aux missionnaires. Les relâchés voyaient en eux des censeurs de leur conduite, les envieux jalousaient leurs succès et leur popularité, des cupides leur reprochaient d'accaparer les dons des fidèles. Ces ennemis-nés des religieux profitèrent de la malencontreuse taxe pour les accuser de ruiner le clergé séculier. On oublia la sainteté d'Alphonse et les services rendus au diocèse ; on ne s'occupa que de la question d'argent, question intéressant toutes les familles, parce que presque toutes comptaient un prêtre parmi leurs membres. Comme à Villa, comme k Scala, les meneurs s'enhardirent jusqu'à machiner l'expulsion des pères de Ciorani. Ils osèrent môme demander au curé de cette paroisse, le pieux et zélé Gaudiello, de leur prêter son concours pour obtenir la fermeture du couvent, mais ils ignoraient à quel homme ils avaient affaire. « Comment! leur répondit Gaudiello avec indignation, ces saints prêtres affrontent des fatigues inouïes, se ruinent la santé au service de mes paroissiens, et vous me croyez assez criminel pour comploter leur expulsion, assez ennemi de mon peuple pour le priver d'un pareil secours! Et il les congédia sans même vouloir entendre leurs récriminations. Au lieu de rougir de leur conduite, ils allèrent chez l'archevêque plaider leur cause «contre ces religieux rapacesqui s'enrichissaient, disaienl-ils, des dépouilles du clergé. » L'archevêque se mit à rire de cette stupide accusation. « Je connais don Alphonse de Liguori, leur dit-il. Chevalier comme je le suis moi-même, s'il a quitté le monde, il l'a fait non pours'enrichir de vos biens, dont il n'avait nul besoin, mais par un libre choix de sa volonté. Et maintenant, en parcourant les villes et les villages, il ne cherche point à garnir sa bourse, mais à

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