‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 63 sur 190 · LES SOLITAIRES DE CIORANL · texte numérisé non relu

LES SOLITAIRES DE CIORANL

S^^gner des âmes à Dieu. » Ayant ensuite infligé à ces détracteurs

/a réprimande qu'ils méritaient, Tarchevêque leur déclara qu'il

ppcoait les missionnaires sous sa protection et qu*il les défendrait

^iimTcrset contre tous, eux et Tœuvre sainte à laquelle ils avaient

'ooé leur vie.

Cette levée de boucliers contre son unique couvent alarma d'au- ^xt plus notre saint que Tincident courait pu en provoquer un Lm^tre beaucoup plus grave. En 1736, lors de la fondation de Cio- -^uni, nulle autorisation gouvernementale n'était encore requise >43ur ouvrir un couvent ou fonder une congrégation religieuse. IS^ le ministre Tanucci, voulant à tout prix diminuer le nombre d^s prêtres et des moines, venait d'inaugurer ses mesures réga- \iennes par la confiscation du droit des citoyens en matière de fondations. Un décret royal du 9 avril 1740 prohibait l'ouverture d'une maison religieuse non autorisée par le gouvernement. Or, comme \a maison de Ciorani, fondée quatre ans avant ce décret, ne jouissait d'aucune autorisation, on pouvait craindre que le roi, trompé par les prêtres malveillants ou excité par son ministre, ne profitât de l'érection du nouveau bâtiment pour donner à la loi un effet rétroactif. De ce coup, Alphonse se fût trouvé sur la rue, sans abri, et sans espoir de continuer son œuvre. Plusieurs fois il reçut avis que le goavemement préparait une enquête à ce sujet, et l'on fit en communauté des prières particulières aux saints Apôtres et à Tarchange saint Michel pour conjurer la catastrophe. L'énergie de l'archevêque Kossi désarma les ennemis du couvent et peut-être iciaipa Tanucci sur le danger d'ouvrir la persécution religieuse par «ne mesure trop évidemment illégale. Quoi qu'il en soit, Alphonse n'eut pas à souffrir en cette occasion du décret tyrannique de 17i0, Secret qui lui fera subir jusqu'à sa mort un véritable martyre. Le complot des malintentionnés n'eut d'autre effet que de mettre en relief le dévouement des habitants de Ciorani envers leurs missionnaires. A la nouvelle des accusations intenlées contre eux, ils envoyèrent une députation à Tarchcvèque pour témoigner du zèle et du parfait désintéressement d'Alphonse et de ses compagnons. Quant à la malheureuse taxe, cause occasionnelle de cette prise u^Praes, nul n'insista, comme bien on pense, sur son recouvre- "^ent; mais Dieu trouva un autre moyen de tirer d'embarras son Mêle serviteur. Un jour de détresse, ne sachant à qui recourir, il ^^manda aux pères et aux frères d'adresser une requête au 1res **^t Sauveur. La requête signée, il la déposa dans le tabernacle, ^'partit aussitôt pour Naples, où l'appelait un chevalier de ses

amis, candidat au Siège, c'est-à-dire au Conseil de la Porte-Neu^^^- En sa qualité de chevalier napolitain, Alphonse avait droit de frwM ^' frage dans les élections. Il arrivait au quartier de la Poria-Nuo^^^ pour donner son vote, et s'efforçait de pénétrer dans Tenceinte t&^ servée, quand un des gardes, voyant cet étranger monté sur sot^^ Ane, la barbe et les cheveux mal soignés, la soutane presque ca ^ lambeaux, le prit pour un mendiant et le repoussa du bout de sa hallebarde. Alphonse s'arrêta en souriant, mais le candidat l'aperçut, courut vers lui, et, non content de le saluer du geste selon l'usage, lui baisa respectueusement la main. L'élection fat favorable au digne chevalier qui, non content de remercier notre saint par d'affectueuses paroles, lui mit, avant de le quitter, une bourse dans les mains. Or cette bourse, c'était la réponse de l'hôte du tabernacle : elle contenait de quoi achever les constructions. (( A ce prix, disait plaisamment Alphonse, je donnerais mon suffrage même au (ils du boulanger. »

Mais il était écrit qu'il ne sortirait d'une épreuve que pour en subir une autre. Nos lecteurs se rappellent ce vaillant prêtre de Cajazzo, Julius Marocco, entré au noviciat quatre ans auparavant, malgré l'opposition de ses parents. 11 avait rendu bien des services et montré en maintes circonstances son attachement à l'institut. Comme il était souffrant et maladif au moment de l'expulsion de Villa, Alphonse l'avait laissé dans sa famille, autant pour négocier le retour des pères que pour soigner sa santé. Rentré à Ciorani après un assez long séjour au milieu des siens, Marocco trouva bien dure la vie du couvent et demanda de retourner quelque temps encore à Cajazzo pour achever de se guérir. Ne voulant pas éteindre la mèche qui fume encore, le saint lui accorda cette permis* sion, puis quelque temps après le supplia de rentrer. « Dieu me veut dans l'institut, lui répondit Marocco, mais bien portant, de manière à lui rendre service. — Moucher Julius, lui fut-il répondu, que faites- vous donc de votre vocation? Rappelez-vous que de saints personnages l'ont déclarée certaine. Vous étiez alors si détaché de vos parents, et maintenant vous vous laissez vaincre par la chair et le sang! Revenez au plus vite au milieu de nous. Ne croyez pas que nous vous aimions moins qu*auparavant. Vous trouverez ici plus que des frères, plus qu'une mère. Nous soupirons tous après votre retour, bien que vous nous ayiez à peu près reniés. Je vous en conjure, par amour pour Marie notre mère, quittez Cajazzo aussitôt que vous aurez reçu cette lettre. Vos infirmités vous quitteront peut-être en même temps, et si elles vous empé-

Page 1