‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787Chapitre 64 sur 190 · LES SOLITAIRES DE CIORAM · texte numérisé non relu

LES SOLITAIRES DE CIORAM

ûck^nt de rendre ici de grands services, vous n'en serez pas moins ^otre compagnon et un ami dont nous ne voulons pas nous sé- I>&rer. »

A ces exhortations, pourtant si paternelles, Marocco resla sourd, et î I quitta rinstitut pour devenir curé d*une petite paroisse à côté <1« Cajazzo. Or le saint pleurait encore cette défection, quand un aiutre de ses compagnons, le père Majorini, se laissa également c^'veugler par cet amour désordonné de la famille. La tentation prit wM-m tel empire sur lui qu'un soir, découragé et comme halluciné, il ^"^ enfuit de Ciorani pendant que la communauté était réunie au c^liœur. Trois jours après, le fugitif écrivait à ses confrères cette lettre qu'on ne pourrait expliquer si Ton ne connaissait la tai- K>lesse du cœur de Thomme : « Comment vous remercier, chers csompagnons, du bien qu'a fait à mon àme votre sainte société? Je K^ « puis m*acquitter des obligations que j*ai contractées envers vous, saciais le bon Dieu, je Tespère, daignera suppléer à mon impuissance. ^11 fallait seulement verser tout mon sang pour vous, je n'hésite- 'wrmii pas à le faire. A genoux devant Dieu et devant vous, mes chers ^^^mpagnons, je vous demande pardon des chagrins que je vous ^î causés, bien que jamais je n*aie eu la volonté de vous faire la ^EKioindre peine. Toujours j'ai parlé de vous avec bonheur, toujoui^s je parlerai de vos vertus et des saints exemples que vous m'avez donnés. Oh! que vous êtes heureux! Moi, je pleure ici ma faiblesso ^t ma disgrâce. J'envie votre sort, et quiconque ne Tenvie pas ^a ni le sens du divin ni même le sens commun. » Majorini ne pouvait pas dire plus éloquemment : « Je vois le Thabor, je voudrais y monter, mais le cœur me manque. »

Le retour en arrière de ces deux religieux inspira au saint fon- Atcur de sérieuses réflexions. Marocco et Majorini avaient perdu leur vocation non par malice mais par un amour déréglé de la faille, contre lequel ni vœu ni promesse ne prémunissait jus(juc-là Itt membres de Tinstitut. Auraient-ils cédé à la tentation si un lien Wré les eût arrêtés sur cette pente glissante des affections hu- DMônes? Ces considérations le décidèrent à dresser devant Tinstabi- 'itt du cœur la barrière du vœu et du serment.

Le 21 juillet 17W, veille de la fête de sainte Marie- Madeleine, ^P^èsles premières vêpres, les pères et les frères se réunirent A To- ''^toire autour de leur chef. C'étaient les quatre choristes, Jean "toini. César Sportelli, Xavier Ro^^si, xVndré Villani, et les quatre 'rtres laïques Vitus Curzius, Janvier Hcndina, Fram^ois Tartaglione, JtKMîhim Gaudiello. Le père Sarnelli, malade à Naples, ne put se

rendre à Ciorani en cette circonstance solennelle. Depuis long^ temps tous s'étaient irrévocablement consacrés à Dieu, mais iTS voulaient coniracter en ce jour rengagement sacré de mourir pli^ j tôt que d'abandonner Finstitut, et cela sous l'obligation du vœsa comme sous la foi du serment. La congrégation n'ayant pas d'exb^ tence canonique, Alphonse n'avait aucun titre qui l'autorisât à r»-j cevoir officiellement des vœux au nom de l'Église. Ils convinre ^ donc de faire leur oblation entre les mains de M'' Falcoia, que to*-^ vénéraient en sa double qualité d'évèque et de directeur. Api.» , avoir adressé aux siens une chaleureuse allocution sur le bonhe^^ de se lier à Dieu pour le temps et pour Téternité, Alphonse s*»^ procha de l'autel, où chacun de ses compagnons le suivit à son tor ^ et tous s'engagèrent « par vœu, moyennant la grftce divine et mérites du sang de Jésus-Christ, à persévérer jusqu'à la o^k c dans la congrégation du Saint-Sauveur ^»

Or, neuf mois seulement après Toblation des neuf solitaires d( Ciorani, il plut au Seigneur d'enlever de ce monde le plus jemjoe d'entre eux, le doux et pieux Gaudicllo, pour en faire au <riel l'ange protecteur de Tinstitut. Trois années s'étaient à peine éooulées depuis son entrée au couvent, et ces trois années lui avaient suffi pour se faire saint, selon sa naïve expression. Il s'envola êu séjour des bienheureux, laissant le couvent et tout le pays embauméi du parfum de ses vertus. Gaudiello avait aimé l'humilité jusqu'à M complaire dans les emplois les plus vils, la pureté jusqu'à ne lever jamais les yeux sur une femme, l'obéissance jusqu'à s'interdire toute interprétation, même raisonnable, des ordres donnés par ses supérieurs ou des prescriptions de sa sainte règle. Don André Sanielli, le grand bienfaiteur de la communauté, l'apprit un joa à ses dépens. Au moment d'une pluie battante, il voulut se réfugii à la cuisine, local interdit aux étrangers. Sans aucun respect h main, le frère Gaudiello prit le bienfaiteur par la main et le ce duisit à la porte, c'est-à-dire à la pluie, en alléguant pour exe les exigences du règlement. Don André, trempé jusqu'aux os n profondément édifié, s'en alla répétant partout que le couven Ciorani possédait un frère plus obéissant que les premiers dise de saint François. AUamé de mortification, cet ange de ver^ priva de nourriture, se donna la discipline, se couvrit de c et de chaînes de fer, jusqu'au jour où, vaincu par la malac dut passer de longs mois sur un lit de douleur. Il vit approc

1. La formule de ce V(cu, si^^néo par Alphonse ol ses huit compajînons, ( dans les archives de l'inslilut.

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