PREFACE. XI
manqueront jamais de prédicateurs : pour lui, il prêche aux lazzaroni sur les places publiques de Naples, aux marins des côtes d'Âmalfi, aux paysans des vallées, aux patres des montagnes, et si de temps en temps il parait dans les chaires de la capitale, c'est, comme Jésus à Jérusalem, pour reprocher aux heureux du siècle leurs vices et leurs désordres. Partout on Tacclame ainsi qu'on acclamait le Maitre; partout on vénère le saint, le thaumaturge, le prophète, car Dieu est visiblement avec lui, et la Vierge daigne Tilluminer, pendant qu'il prêche au peuple, d'un éclat tout céleste.
Toutefois il rêve de plus amples conquêtes. Le soldat se fait capitaine et fonde la congrégation du Très Saint-Rédempteur : loute une armée qu'il pénètre de son esprit, et dont les membres scn iront comme lui, le chapelet en main, la croix sur la poitrine, à la poursuite des âmes, non plus dans un royaume, mais dans le monde entier. Ce dessein parait impossible à réaliser, mais en dépit du régalismc, des lois oppressives, de procès qui durent vingt ans, il triomphe de toutes les oppositions par le prestige «le sa sainteté.
Ce n'est pas encore assez pour son grand cœur : il veut que tous les chrétiens se pénètrent de son esprit chevaleresque. Par ses nombreux écrits adressés aux diverses classes de la société, il s'efforce de réveiller partout la foi, l'amour de Jésus-Christ, le zèle pour le salut des âmes. Ses chaleureuses exhortations vont trouver les évêques dans leurs palais, les prêtres dans leurs preshylères, les religieux et les religieuses dans leurs cellules, les rois eux-mêmes sur leurs trônes.
Afin de le donner en exemple aux pasteurs , Dieu le fait évôqne. En quelques années, il défriche un champ couvert de ronces €t d'épines, sème dans les cœurs la bonne semence, extirpe les rices et les scandales, transforme son clergé, change en un mot la face de son diocèse.
II travaillait ainsi par la parole et par la plume à la propagation du règne de Dieu, quand tout à coup un cri retentit à ses oreilles : « Écrasez l'infâme! » C'était la horde do Voltaire qui attaquait