Correspondenza ycnerale, t. I, LX, LXI
î^ux Cantaldi. De bienfaiteurs qu*ils étaient, Cantaldi et sa couîxxe, trompés par les meneurs, sollicités par des parents cupides l^ Tinrent les ennemis acharnés de la fondation qui leur devait son îatîstence et des missionnaires qui vivaient avec eux sous le même toit.
Cette déclaration de guerre réveilla le zèle des nombreux partisans du couvent. Les personnages influents de Nocera et de Pagani se montrèrent ouvertement en faveur des pères. Dans tous les villages d'alentour on faisait des vœux pour leur triomphe. Les trois syndics généraux de la ville convoquèrent les citoyens en assemblée générale afm de délibérer sur la grave question dont tout le monde s'occupait. L'assemblée, composée d'au moins six cents hommes, se réunit le 12 juillet 17i4 à Sainte-Angèle in Grotta. Tons, à l'exception de quelques habitants de Pagani, se prononcèrent en faveur des pères sans qu'aucun des opposants osAt prendre la parole pour demander leur renvoi. Un seul se permit de faire allusion aux calomnies propagées contre les missionnaires, mais il dut se sauver au plus >dte afin d'échapper à la colère d'un gentilhomme qui le poursuivit l'épée à la main. Avant de se séparer, les membres de la réunion s'engagèrent à payer tous les fous des procès que les pères auraient à soutenir. Cette manifestatioûde la population consola grandement Alphonse et son protecteur déclaré, l'évéque de Nocera.
Malgré tout, les constructions de l'église avançaient, et Ton était ^'autant plus pressé de la livrer au culte que les conjurés, par de nouvelles suppliques, s'efforçaient d'obtenir du ministre un décret îui suspendit les travaux. On peut juger par là de leur exaspération quand, au début de juillet 174^, le bruit courut que l'église *fait bénie avant son achèvement. Vite une députation se présenta i^ant l'évéque pour le supplier de ne pas sanctionner de son au- ^rité un acte aussi préjudiciable à son clergé. On lui fit entendre îu'il n'avait pas le droit d'ouvrir une nouvelle église sans Tassenftnent des intéressés, et on ne lui cacha pas que, s'il passait outre, ^recourrait à Rome contre un acte qui, dans Tétat des choses, ^stituerait un véritable abus de pouvoir.
A ces menaces M*' de Dominicis répondit en évoque qui ne se laisse
/)tts intimider. Par une lettre officielle en date du 10 juillet, il auto-
« ma de nouveau solennellement la fondation qu'on le sommait d'a-
f Aaodonner. « La charge épiscopale, disait-il, est justement appelée
' par saint Jean Chrysostome un océan de sollicitudes. Pour ne pas
mériter le reproche que Jéthro adressait à Moïse de tout faire par lui-
même, surtout à un âge qui ne me permet plus de remplir le grand voir de la prédication, j'ai cru nécessaire de vous appeler à mon cours, mes bien-aimés pères, à l'instigation de notre cher fils, 1 minique de Maïo, curé de la paroisse de Saint-Félix, lequel, à l'is d'une mission prôchée par vous à ses paroissiens, m'a beauco vanté vos talents et vos vertus. Après avoir examiné vos statuts pris au préalable connaissance de Tédit royal qui vous autorisi bâtir dans notre ville épiscopale une maison et une église, je vc ai accordé toutes les permissions requises pour commencer ce pieuse fondation, dont notre cité sera redevable aux générosil de notre bien-aimé fils, don Francesco Cantaldi. Nous n'avons [ oublié qu'à la bénédiction de la première pierre, au milieu d' peuple transporté de joie, assistaient les vénérables chanoines de s tre cathédrale , un grand nombre d'ecclésiastiques, et notamme le digne curé de Saint-Félix, lequel, tout en réservant les dro de son église , n'a élevé aucune protestation contre votre œuv: Ce jour-là, peuple et clergé ne formaient qu'un cœur et qu'une &i pour vous témoigner leur reconnaissance. Ce nous est une raison confirmer aujourd'hui, comme nous les confirmons en effet de no autorité, toutes les permissions et faveurs que nous vous avons • troyées, déclarant en plus que la maison, l'église, et les memb de votre société restent soumis à notre juridiction et à la vis épiscopale comme les autres églises et les autres membres clergé. »
Cette lettre fit fortune à Nocera. On admira le courage et l'hal leté de ce vieillard de quatre-vingts ans, qui trouvait moyen ilageller les de Maïo, les Cantaldi et consorts, tout en faisant le éloge. On se demandait quel mobile poussait ces hommes à pas» dans l'espace de quelques mois, de l'amour à la haine, et de haine à la persécution. L'indignation eût été plus grande enc< si l'on avait su ce que les conjurés tramaient à Naples pour ei pécher l'ouverture de l'église. Moyennant finance, ils obtûw que les employés du ministère leur missent en main le décret ro; autorisant les pères du Très-Saint-Rédempteur à construire dans ville de Pagaui « une maison avec église, » et ils ne craignin pas de falsifier cette pièce officielle en substituant aux mots préci cette formule négative : « maison sans église. » Nantis de ce ft décret, ils s'empressèrent de demander justice au marquis Fn giani, ministre du roi. Celui-ci, trop disposé déjà à réprimer prétendus empiétements du clergé, crut que réellement Alpho: avait donné au décret royal une extension qu'il ne comportait pas
Tclonna au délégat de Salerne de faire suspendre inimédiatec^ent les travaux de Téglise.
Le vigilant Sportelli déjoua cette manœuvre. Ayant appris par i^^isard que les conjurés avaient obtenu du ministère Tordre d*ar- •ôter la construction et que cet ordre lui serait intimé à bref délai, 1 résolut d'opposer à lattentat l'argument du fait accompli. Avec a. permission de Tévèque, dans la nuit du 18 juillet 171^, il fit en- ^^er les échafaudages qui encombraient l'édiûce inachevé, aplanir le terrain, couvrir les murs de tentures, et dresser un autel provisoire. A la pointe du jour, quelques prêtres et quelques notables 3e Pagani, avertis secrètement, se rassemblèrent dans ce sanctoaire improvisé. Après Tavoir béni, Sportelli célébra le saint sacrifice , prêcha , confessa , distribua la sainte communion aux filèles, et fit constater officiellement par les témoins que Téglise venait d'être livrée au culte.
Le lendemain, 19 juillet, arrivait en toute hâte de Salerne un notaire public, porteur de la fameuse dépêche du ministre Nicolas Fraggiani. La populace le suivait pour applaudir au triomphe des conjurés. Le notaire rapporte « qu*il se présenta devant le recteur ou supérieur de la maison en construction pour l'usage des pères, Im notifia qu'il eût à exhiber un décret authentique de Fautori- «alion donnée par le roi à la fondation, et le somma d'interrompre, en attendant, les travaux commencés. Le père Sportelli répondit que lui et ses compagnons se trouvant établis à Nocera par une concession gracieuse du roi, ils n'avaient rien de plus à cœur qoe d'obéir aux ordres des ministres de Sa Majesté. En conséquence , il présenterait à la Royale Audience le décret d'autorisation émané de Sa Majesté pour la nouvelle fondation, et licencierait Jes ouvriers occupés à l'église, ce qu'il fit du reste séance tenante. » ï^is à la grande stupéfaction du notaire et de la troupe qui Taccompapaait, Sportelli ajouta : « Nous interrompons les travaux, mais lion notre ministère, car cette église est dorénavant livrée au culte. tHeu en a pris possession, puisqu'on y a célébré la sainte messe '^t administré les sacrements. » Aujourd'hui certains gouvernants se liraient d'une pareille protestation, eux qui ne reculent pas devant îa profanation d'un lieu consacré, mais à cette époque le crime de ^crilège était encore puni par les lois. Les mécontents réclamèrent devant Tévêque contre cette bénédiction d'une église inachevée, iénédiction faite à une heure absolument indue, disaient-ils, au grand scandale des chrétiens, qui voient transformer en sanctuaire un édifice où tout manque pour la décence du culte. De nouveau
SAINT ALPHONSE DE LIOUOni. — T. 1. 18
ils menacèrent d'en appeler au pape si Tévêque refusait d'annu^ la bénédiction du temple.
A leur grand désespoir, non seulement Téglise resta bénite, n^a Alphonse obtint l'autorisation de continuer les travaux. Sur so. ordre, le père Sanscverino se rendit chez le ministre d'État Bran, cône pour lui dévoiler la déloyale manœuvre employée par ses ennemis afin d'anéantir la fondation. A cette nouvelle Brancone se montra stupéfait, car il se rappelait parfaitement que le roi avait autorisé l'église en même temps que la maison. Il remit au père Sanseverino un billet écrit de sa main et le chargea de le porter lui-même à un employé de bureau. Celui-ci, vendu aux opposants, ouvrit hardiment son registre et montra le décret falsifié. Et comme le père lui demandait avec insistance s'il n'y avait pas d'erreur de rédaction, l'employé répondit avec dédain : « Est-ce que Sa Majesté fait de pareilles concessions à des instituts comme le vôtre? Êtesvous des réguliers pour avoir une église publique? » Brancone sefit alors apporter le registre, et, devinant la fraude : « Je connais I'Ibtention du roi, » dit- il, puis de sa propre main, il écrivit sur le registre : « Maison avec église. » — « Pour votre punition, ajouta^ t-il en jetant sur l'employé un regard sévère, allez trouver le delégat Fraggîani et dites-lui quel était le vrai dispositif de Tordonr nance royale. » Le malheureux dut accuser la faute qu'on lui avait fait commettre, et l'ordre fui donné aux autorités locales de laisser achever la construction de l'église.
Il ne restait plus qu'un seul moyen pour décider les pères à quitter Pagani, c'était de les expulser de la maison de Cantaldi, en révoquant sous un prétexte ou sous un autre l'acte de donatioD' Quand ils se verraient sans feu ni lieu, sans ressources pour contioutf la bâtisse, ils iraient sans doute planter leur tente ailleurs. ApFh avoir conçu ce beau plan, les conjurés s'adressèrent pour ï^ cuter à la dame Antonia Cantaldi, plus emportée et plus màt cieuse que son vieux cousin. Cédant à leurs sollicitations, elle ^ craignit pas, douze jours après la bénédiction de l'église, de fi*" muler une protestation en règle contre les prétentions des m*' sionnaires d'occuper le palais de Cantaldi et de s'approprier 1^ biens de sa famille. Elle possédait une part du palais et de 1* propriété, et par conséquent, disait-elle, son parent n'avait pu^ disposer. En preuve de ses prétendus droits, la requérante s'intto* duisit furtivement dans le palais devenu Thabitation des pèreSf avec vingt témoins pour confirmer sa déclaration, et elle attesta devant deux notaires que cette maison était sa propriété.
s notaires dressèrent un acte authentique de sa revendication, , une demi-heure après, on citait Alphonse devant le conseil •yaipour faire valoir ses droits, s'il croyait en avoir.
La ruse était grossière, mais on forçait les pères à compaaltre devant les tribunaux, à débattre contre les héritiers naturels les questions de propriété, à s afficher devant le peuple, toujours irédule sur ce point^ comme des gens intéressés et rapaces, et Ton îspérait que, pour s'éviter de pareils ennuis, ils préféreraient |uittcr la place. Ce calcul faillit réussir. Alphonse reçut à Ciorani la îitation dont on voulait faire un épouvantail. Sa première pensée Qt d'abandonner la donation plutôt que d'offrir au peuple le specacle de religieux luttant avec des séculiers pour des intérêts tempo- •els; mais Tévèque de Nocera, entouré de personnes éclairées et sourerainement attristées de voir la fondation péricliter, lui représenta lu'ea cette circonstance^ l'intérêt spirituel se trouvant lié à l'intérêt emporel, céder aux conjurés c'était céder la victoire à l'enfer. Il >e fallut rien moins que cette considération et la certitude que le i^eople serait plus scandalisé de la cession que de la poursuite de ses droits, pour le décider à prendre un avocat et à se défendre contre les ridicules prétentions de la dame Antonia. En pareil cas se défendre, c'était avoir gain de cause, et les conjurés le savaient bim. L'avocat démontra sans peine par quels moyens et dans quel bot la dame Cantaldi avait fabriqué son faux acte de propriété, ce loi lui valut le mépris de la bourgeoisie et lui attira les huées du peuple.
Mais les meneurs ne s'arrêtèrent pas en si beau chemin. Feignant ^ s'apitoyer sur les Cantaldi et leurs héritiers, ils accusèrent leur ^emi de dépouiller les familles. « Si vous teniez à faire ce métier le détrousseur, lui dit un indigne prêtre, que n'alliez-vous sur les çrands chemins arrêter les passants? — Dieu soit loué, répondit l^omblement Alphonse, j'ai abandonné mes biens et ma maison pour être traité de voleur à Nocera ! » Un jeune homme présent à %tte scène en fut tellement hors de lui qu'il s'élança sur Tinsulteur ttallait le jeter parla fenêtre si ses compagnons ne l'eussent retenu, liasse par des hommes qui ne reculaient devant aucune vilenie, le rieux Cantaldi lui-même résolut de continuer la campagne de releodications dont sa cousine avait pris l'initiative. Alphonse venait ^quitter le pays pour évangcliser la Pouille : c'était le moment s tenter un grand coup. Donc, le 28 janvier 1745, Cantaldi se pré- ©ta devant le conseil royal et révoqua sa donation sous prétexte le les missionnaires l'avaient trompé en usurpant le titre de con-
grégation religieuse. Il avait cru traiter avec des réguliers, tandirx qu'Alphonse et les siens n étaient que de simples prêtres séculiers. Ar> lieu de bâtir un couvent, ils n'élevaient qu'une maison laïque^ n'ayant pas même l'apparence d'un monastère. Ému de cette récU^ mation qui paraissait sérieuse, le conseil royal envoya un de s^^ auditeurs vérifier les faits sur place, mais celui-ci trouva que l^P affirmations de Cantaldi n'avaient pas une ombre de fondement. S mj/ son rapport, le conseil royal déclara la donation irrévocable et co/yfirma les ayants-droit dans la possession de leurs biens.
Des gens moins processifs que les Napolitains auraient laissé en repos, après ce jugement, des victimes torturées depuis six mois; les conjurés, au contraire, exécutèrent une charge à fond contre les missionnaires. Dans une requête au roi contresignée par trente prêtres, Cantaldi prétendit avoir été dupe des pères du Saint- Sauveur : « Ces hommes, disait-il, s'étaient présentés à lui sous le titre trompeur de missionnaires, et c'est ce qui l'avait séduit, il croyait avoir affaire à des apôtres qui, à Texemple de Jésus-Christ, parcourraient les montagnes et les vallées pour ramener à Dieu les pauvres pécheui's sans demander autre chose qu'une maison de retraite où de temps en temps ils viendraient prendre quelques jours de repos pour recommencer ensuite leurs courses évangéliques. Aussi quelle n'a pas été sa surprise de les voir bAtir une vaste maison et une église magnifique, pour se fixer à Pagani où, sous l'extérieur du missionnaire, ils passaient leur temps à cultiver des dévotes et à capter des héritages, des legs pieux, des donations de toute nature, contrairement aux prescriptions du concile de Trente et aux décrets du monarque ». Comme conclusion de cette diatribe, Cantaldi demandait qu'on lui restituât la fortune dont ces faux apôtres l'avaient dépouillé. Il suppliait ensuite le roi de leur enlever le droit de posséder à Pagani autre chose qu'une maison où ils pourraient se retirer dans l'intervalle de leurs missions.
Les syndics de Nocera opposèrent à ce factum un démenti formel. « Les pères, vrais apôtres du Seigneur, ravivaient en tous lieux par leurs prédications la foi et les bonnes mœurs, convertissaient les pécheurs, instruisaient les ignorants, et préservaient les jeunes gens de la corruption. Les sept communes de Nocera les avaient autorisés dans une assemblée générale. Au lieu d'acquérir des richesses par les moyens criminels qu'on osait leur reprocher, ils se voyaient dépouillés injustement et violemment des biens affectés à leur subsistance. Il est temps, ajoutaient les syndics, de mettre un frein à l'audace des requéranis, ou plutôt de faire rentrer dans
l^ofdre ces perturbateurs du repos public. Au gouvernement d'agir comme il en a le droit et le devoir, car ce qui est en cause c'est Plionneur de Dieu et ce sont les intérêts majeurs de la cité. »
IjC roi savait à quoi s'en tenir sur les accusations dont Tins-
titiit était Tobjet; mais, pour mieux confondre les accusateurs, il
demanda au gouverneur de Nocera de lui faire, conjointement avec
révèqne et don Alphonse, un mémoire au sujet de cette question,
et, sur la réponse du gouverneur que le saint était en ce moment
oo cupé aux missions de la Pouillc, le roi ordonna de suspendre
los poursuites jusqu'à son retour. En vain les requérants envoyè-
r^eitit-ils mémoires sur mémoires pour hâter le jugement : il leur fut
sx^oi&é, le 3 avril 1745, qu'ils eussent à s'abstenir de toute dé-
rn^arche ultérieure. « Sa Majesté, écrivait Brancone à l'avocat des
s^£)t communes de Nocera, est grandement scandalisée de voir des
pr'^tres, médiateurs entre Dieu et les hommes, s'acharner à la des-
tx-mjiction d'une œuvre dont le seul but est de glorifier Dieu et de
saLuver les âmes. «>
Xq même temps qu'ils organisaient à Naples cette série de reeoiarsconlre la fondation, les conjurés poursuivaient à Rome, deva.iit la congrégation des évèques et réguliers, un procès qui ^'îsaità la destruction de l'institut, comme contraire aux lois canoni- *ï^es et préjudiciable au bien de l'Église. Les missionnaires, di- *î^it le mémoire accusateur, inutiles dans cette commune de Pagani ^ni regorge de prêtres et de religieux, s'y sont établis sans ^mander l'assentiment ni du pape, ni des religieux, ni du curé. Ils frustrent les prêtres des honoraires de messes, les religieux des iomônes des fidèles, les particuliers de leur argent, par un scandaleux commerce de crucifix, de cilices et de chapelets. Ils pous- «nt la rapacité jusqu'à forcer les femmes à filer gratuitement pour eux le lin et le chanvre, et môme jusqu'à contraindre les gens simples à transporter gratuitement les matériaux de leur église. On suppliait donc le pape d'interdire la nouvelle fondation et d'enjoindre aux missionnaires d'avoir h se purger des censures qu'ils avaient encourues par ces graves et nombreuses infractions aux lois canoniques.
Le coup pouvait être mortel, et les habitants de Pagani le comprirent. Le 16 juillet, trente-six des plus notables envoyèrent à Borne un procureur et un avocat pour soutenir le procès. Le chapitre, plusieurs curés, le clergé de Nocera, et vingt-trois clercs de Pagr^Lni présentèrent au pape une défense collective des pères du Saint-Sauveur, dont ils exaltèrent le zèle, le désintéressement et le
dévouement. Us conjuraient le Saint-Père de se montrer favoraï à un institut si utile à la cause de Dieu et de TÉglise.
Afin de savoir la vérité sur cette nouvelle société si vivem<^x^ attaquée et si énergiquement défendue, la congrégation des évèqc/e^ et réguliers demanda des informations à l'évoque de Nocera. M*^ d^ Dominicis prouva la fausseté des accusations entassées contre les pères : « Toutes les églises de Nocera possédaient des rentes suffisantes à leurs charges. Les prêtres de Tendroit, pourvus d'intentions journalières, ne pouvaient acquitter seuls les dix-huit mille messes fondées à perpétuité. » Il raconta les acclamations qui avaient salué l'arrivée des pères à Pagani, Tenthousiasme des sept communes en leur faveur, l'allégresse du peuple et du clergé lors de la bénédiction de la première pierre de l'église. Après avoir démenti les imputations aussi absurdes qu'ignominieuses sur les exactions et le prétendu trafic des pères, le prélat s'étendait longuement sur les résultats de leurs missions et retraites. « Avant de les admettre dans mon diocèse, ajoutait-il, je les ai vus à l'œuvre, j'ai constaté les effets prodigieux et persévérants de leurs prédications, et c'est alors que j'ai conçu le désir de procurer à mes diocésains une maison de leur institut. » Le prélat terminait cette apologie en exprimant toute son admiration pour le saint fondateur, lequel, disait-il, est vénéré de tout le peuple, du clergé, des évèques, et spécialement des deux archevêques de Naples et de Salerne.
L'évêque de Cajazzo, Vigilante, écrivit de son côté au préfet de la congrégation : « La cause des pères est la cause de Dieu, et voilà pourquoi elle excite la haine des méchants. Trois années durant, mon diocèse a connu ces ouvriers de Jésus-Christ, qui ont sanctifié tous les villages par où ils ont passé. Si je m'en suis séparé, c'est parce que, dans nos campagnes, je n'ai pu trouver de quoi les faire subsister. »
A ces documents épiscopaux Alphonse ajouta la réfutation des griefs que les requérants basaient sur les lois canoniques. Il montra par des textes nombreux que les aumônes libres n'appartiennent de droit à personne et que par suite nul ne saurait alléguer la diminution des aumônes pour empêcher un ordre religieux de s'établir. Il faut d'ailleurs préférer le profit spirituel à l'intérêt matériel. Dans une dissertation très étendue sur les bulles de Clément VIII, de Grégoire XV, d'Urbain VIII et d'Innocent X, invoquées par ses ennemis, il examina si vraiment, comme ils l'affirmaient, la maison de Pagani n'a pu légitimement s'établir sans l'assentiment préalable du pape, des religieux et du curé. Or, d'après ces bulles, l'assentiment du pape
est requis pour rérection d'un nouveau couvent quand il s'agit d'un ox*dre religieux approuvé par le pape, mais non quand il s'agit d'une oongrégation simplement approuvée par Tévèque et placée sous sa jxArîdiçtion. De même l'assentiment des religieux existant dans une localité n'est requis que pour l'érection d'un couvent de religieux «^jpprouvés par le pape, spécialement de religieux mendiants, mais XI. on de religieux approuvés par l'évèque et vivant de leurs rentes ou <i^ leur patrimoine. Quant à Tassentiment du curé, il n'est nullexr^ent nécessaire. Si Clément VIII parle du consentement des parties iiiiitéressées, Grégoire XV restreint ce terme général aux religieux déjà ^»stants. D'ailleurs le curé de Pagani n'a élevé aucune protestation <^ontre la fondation. S'il objecte que l'ouverture d'une chapelle p^oblique amène une diminution de concours à la paroisse, aucun t.^3rte de loi n'empêche pour cette raison d'ouvrir une chapelle si l'^évéque le juge convenable. « En fait, ajoute le défendeur, notre oc^inistère à Pagani n'a pas diminué mais augmenté le concours à la I>ajroisse. Éloignée de la dite paroisse, notre église sert aux paysans d^ environs bien plus qu'aux habitants de Pagani. Ajoutez à cela qis'une chapelle de secours est indispensable puisque l'église p^^roissiale ne peut pas même contenir le cinquième de la population. Si enfin le curé objecte que l'évèque ne peut nous autoriser à pi^écher dans notre chapelle parce que cette chapelle se trouve sur s«. paroisse, l'objection ne mérite pas l'examen, car jamais personne tt« s'est avisé de nier à l'évèque le droit de faire prêcher qui bon lui semble dans son diocèse, non seulement aux extrémités mais au coeur même des paroisses. Tout ce que le curé peut prétendre, c'est que les religieux ne prêchent point le matin avant l'office paroissial, et, bien que la coutume soit contraire, nous le lui accorderons bien volontiers. »
Ces témoignages et ces raisons suffisaient au pape pour porter son J^gemeot sur cette affaire, mais comme les adversaires multipliaient de jour en jour leurs accusations, il chargea le cardinal Spinelli de prendre sur place de nouvelles informations et de lui exposer son ft^sur l'état de la congrégation et sur les réclamations des opposants. I< sort de la fondation et même de l'institut allait dépendre de la réponse du cardinal. Aussi les conjurés s'empressèrent-ils de se wndre auprès de lui pour le circonvenir et lui arracher une sentence favorable à leurs desseins. Ils lui dépeignirent les missionnaires sous les plus noires couleurs et insistèrent sur leur affiliation à une congrégation qui, dépendant d'un supérieur général, échappait à l'autorité des évêques. C'était prendre Spinelli par son faible. Absolu
dans son gouvernement, il préférait aux congrégations les sociétés ^^ diocésaines qu'il pouvait diriger à son gré. Tout en accueillant#^^^ froidement de Maio et ses complices, dont il réprouvait la conduite^ ^^ il ne put s'empêcher de leur dire qu'Alphonse eût mieux fait de créer ^^ , un institut dont chaque maison relèverait immédiatement de Tévè^^ ^ que diocésain, comme par exemple l'institut de l'Oratoire, plut^^ ^^ qu'une congrégation comme celle des pieux-ouvriers ou des laz^ .^g. ristes. Ces paroles n'avaient pas grande importance au point c^Ê^d^ vue du procès, mais il n'en fallait pas plus aux conjurés pour le^ o/.
faire chanter victoire. De retour à Pagani, ils répandirent le bri ut
que le cardinal désapprouvait la règle de l'institut ; que, surs^^u rapport, le pape supprimerait la congrégation ; et que, par con^i»ëquent, les autorisations données parle roi et par l'évèque devenaient sans objet.
Cette nouvelle mit le feu aux poudres. Les trois syndics-généwL miat de Nocera, accompagnés du syndic particulier de Pagani, députas par le peuple et le clergé, se rendirent à leur tour auprès du cm^wr dinal, qui les reç;ut d'abord assez mal, croyant avoir affaire à cS-^ nouveaux ennemis d'Alphonse ; mais quand il les entendit faire l^'^Sloge de ses vertus et recommander son œuvre, il leur dit avec bont ^ • « Messieurs, vous m'édifiez autant aujourd'hui que j'ai été scanci«=*" lise avant-hier par les discours qui m'ont été tenus. » Il leur proin ^^* de faire droit à leurs justes requêtes, mais, toujours fasciné par so ^^ idéal, il leur exposa que mieux valait pour le public une maiso ^^ purement diocésaine, soumise de tout point à l'évèque, parce q}^ ^ si le supérieur prétendait changer quelque bon sujet, on pouva :»* alors recourir à Tévêque contre le supérieur.
Cette théorie épouvanta les pères du Saint-Sauveur. Ussupplièrei^* Alphonse, toujours occupé aux missions de la Pouille, d'accourir ^ Naples sans délai pour sauver l'institut menacé. Si Spinelli proposa-^* au pape de changer aussi radicalement la constitution de la congr^^* gation, le pape pouvait exaucer ce vœu et il serait alors fort dif^*-" cile de revenir à la règle primitive et de la faire approuver. Le saii ne crut pas devoir quitter le théâtre de son zèle, mais il énuméra p< lettre au cardinal Spinelli tous les inconvénients, pour une sociéi de missionnaires dévoués au salut des âmes abandonnées, de n'avoi que des maisons diocésaines sans chef commun pour maintenir Fol servance, ramener constamment les sujets au but particulier l'œuvre, combiner des travaux d'ensemble, fonder de nouvell^^lj maisons, lutter contre les caprices ou quelquefois la mauvaise v< lonté d'un évêquc. « Votre Ëminence, ajoutait-il, a certaineme^^
Ves meilleures intentioDS du monde : mais, en méditant mes raisons, eUe verra que ce projet entraînerait sûrement et à bref délai la ruine de notre institut. » A partir de ce moment, Taffairc de Rome sommeilla plusieurs mois, non sans inspirer de graves inquiétudes, et même à un certain moment la pensée d*abandonner la fondation. Déjà, au mois de décembre 174i, après six mois de procédure, le saint avait exprimé le désir de quitter Nocera. « Je ne suis nuUeonent certain^ écrivait-il à Sportelli, que Dieu veuille une fondation aussi traversée et aussi fâcheuse pour la congrégation. Sans cloute Dieu a parlé par des prodiges, mais il peut avoir d*autres fins q vêles nôtres. » Recteur de Pagani depuis Torigine de cette fondation, ^porteili avait porté le poids du jour et de la chaleur, affronté tous I^s coups, déjoué toutes les intrigues des adversaires : il hésitait à ssi.cri&er une maison, cause pour lui de tant de souffrances. Mais à WMTM esore que les complications augmentaient, il se rapprochait de Tofi^înion d'Alphonse. Dans les premiers mois de 17^5, les deux procès F^^ndants à Rome et à Naples paraissaient sans issue, tant les ad- V- ^rsaires multipliaient intrigues et calomnies. Pour comble de mall::&^Qr, le vaillant défenseur de l'institut, M'' de Dominicis avait quitté «^^ monde *. Son successeur, M'*" Volpe, venait d'arriver à Nocera. 'ï* ont portait à croire qu'il prendrait en main la défense des opprimés ; ■"'CÉais, à son arrivée dans son diocèse, un évoque doit tenir compte ^^«circonstances, écouter les doléances de son clergé, chercher aux I^^Ptisen litige un terrain de conciliation : « Les affaires vont mal, ^orivait Yillani au saint fondateur. L'évêque se montre froid à *^olre égard, réservé dans les pouvoirs qu'il nous accorde, et imbu, ^^Bable-t-il, des préjugés du cardinal Spinelli contre les congrégations. Dieu seul et le temps vous enseigneront la conduite à tenir par ^^pport à cette fondation 2. » Le même jour, Sportelli lui annonçait ^^e Févèque proposait aux pères, comme moyen d'accommodement ^^ec de Maio, d'établir une résidence à Pagani mais sans chapelle ï^ oblique. « Écrivez-moi, ajoutait Sportelli, un refus que je puisse ^^ootrer. Prêtres et laïques sont indignés. Mieux vaut quitter ce pays ^^e de renoncer à Tautorisation donnée par Sa Majesté, que de dé- ^*ïire notre œuvre de nos propres mains, que de nous discréditer ^^x yeux du peuple. L'évêque voudrait satisfaire tout le monde, ^^is voyez vous-même si de pareilles conditions sont acceptables. » ï^eut-être Alphonse allait-il répondre d'abandonner une œuvre ^ïlt le succès paraissait impossible, quand une nouvelle lettre le
^- Le22 aoAt 1744.
^* Leluedai jaia 1745.
fît hésiter, w Je suis comme vous bien tourmenté, lui écrivait Spor- -^--iw^ telli, mais j'ai réfléchi que l'abandon de cette fondation ferait d'au — -,^^^ tant plus de bruit que nos tribulations l'ont rendue célèbre. Je vien.-,^--^.^ de consulter à Naples des hommes prudents et dévoués, pour le ct^„^^^ où Tévéque ordonnerait la fermeture de la chapelle, éventuali^ — ^^ peu probable, car de Maio baisse singulièrement dans Topinioi Tous m'ont conseillé de ne pas quitter Pagani, même si Tévêque croyait obligé de fermer momentanément la chapelle, car il ser^3ft.if le premier à nous redemander de l'ouvrir. » Ces conjectures :mie tardèrent pas à se réaliser. M*^ Volpe comprit bien vite qu'il arcôt affaire à des hommes passionnés et intraitables. Comme son pMrédécesseur, il rompit toute négociation avec de Maio, embrassa cb&leureusement la cause des pères, et leur dit d'attendre avec coxifiance l'issue des procès intentés à Rome et à Naples.
Cette détermination arriva fort à propos. Au mois de juillet, 1« cardinal Spinelli , plein de respect pour Alphonse et faisant abstr^LOtion de ses idées sur les communautés séparées, envoyait à Rom& 1< rapport le plus élogieux sur la congrégation. Il y disait [en terminant : M Le but principal de cet institut est de secourir les pauvret, abandonnés et dispersés dans les campagnes. Les missionnaires établissent leurs maisons loin des grandes villes, parcourent en préchant des missions et des retraites, les diocèses qu'ils habitent, et ne laissent pas d'évangéliser, lorsqu'ils en sont requis, les diocèses circonvoisins. Dans leurs maisons ils donnent les exercices spirituel» aux prêtres, aux ordinands, et même aux séculiers. Considérant 1^ grands services qu'ils pouvaient rendre à son diocèse. M»*' de Doiïûnicis les appela dans sa ville épiscopale aux applaudissements an chapitre, du doyen, des curés, du clergé de la ville et des sept cot»' munes du district. Toujours ils lui ont donné pleine satisfaction, p*^ faitement soumis à leur évèque, comme du reste à tous les évècf »^^ qui les emploient. Il est faux qu'ils recourent à la mendicité. ^ vivent, bien que très pauvrement, au moyen de leurs revenus et ^^ ■>r. l fruits de leurs travaux. 11 est également faux qu'ils fassent comm^ ^^ i^ çt de crucifix et de chapelets. Le rapport de M" de Dominicis a ^^ w^zx reste fait justice de cette calomnie. » L'archevêque de Saler^^' li-aa également consulté par la congrégation des évêques et régulier/^; lui répondit par une apologie des pères du Saint-Sauveur. AiH^ renseigné, le pape se prononça définitivement en leur faveur et déjoua par là toutes les machinations. Dieu se servait des méchants pour faire connaître à Rome le nouvel institut et le mettre sur la voie de l'approbation.
L'échec irrita d'autant plus les adversaires que le procès en cour ^^ Naples semblait ne pas devoir aboutir. Alphonse travaillait aux 'ï^issions de la Fouille sans s'inquiéter des sommations qu'on lui '^dressait. Durant ce temps, la maison et l'église s'élevaient avec rapidité, de manière que bientôt, grâce à la protection de Tcvêque, les rii«neurs allaient se trouver devant un fait accompli. A bout d'intirigues, ils ne rougirent pas de recourir au crime. Ils introduisirent n^miiitamment deux barils de poudre sous les fondations de la maison |>oar la faire sauter, mais Dieu ne permit pas l'exécution de ce pro- }^t. Un des conjurés, accablé de remords, éventa la mine en révéia.jQt le complot au père Hazzini, et dès lors une surveillance active ipècha les conjurés de pénétrer dans la maison. Évidemment le smon leur soufflait sa haine, maïs l'archange saint Michel veil- ^i-it sur cette fondation qui lui était consacrée.
Avant de rejoindre Alphonse dans la Fouille, racontons comment 1^ charité mit fin, quelques années plus tard, à cet interminable conflit. Vers les derniers jours de 174.5, le père Mazzini remplaça ^omme recteur de Nocera le courageux Sportelli. Obligé de vivre ûiasi que ses confrères dans la maison de Cantaldi pendant qu'on <L.dievait la construction du couvent, il dut subir toutes les injures ^ toutes les avanies. Malgré sa patience, il écrivait à son supérieur : « Je me contenterais volontiers de manger l'herbe des ^bamps pour hâter la bâtisse. » On alla jusqu'à l'attaquer publifoement, lui, le martyr de la mortification, dans son honneur de prêtre et de religieux. Le 29 septembre 1747, en la fête de saint Kchel, il prît enfin possession du nouveau couvent, mais les enne- VÛ8 de la congrégation, de Maio en tète, n'en continuèrent pas lûoins leurs vexations. Il fallut que Dieu lui-même, en 1748, se <^luu*geât de les ramener à la raison. Un jour, de Maio, rencontrant ^n jeune débauché de sa paroisse, se crut obligé de lui reprocher sa 'ïiaavaise conduite. Celui-ci prit mal la remontrance et jura de se ^«nger. Il attendit en effet le curé sur la route de Nocera h Pagani, '^ jeta sur lui, lui laboura le visage à coups de couteau, et le laissa Courant sur le chemin. Des passants le portèrent par pitié dans ^ monastère de clarisses qui se trouvait près de là. Les gens du ys ne manquèrent pas de dire que le meurtrier n'avait été que técuteur des vengeances de Dieu contre le persécuteur des mismaires. Lui-même, agonisant et torturé par la souffrance, se re- ?hait sans doute de s'être ainsi acharné contre les hommes de , quand tout à coup un prêtre se présenta pour le consoler et le îer. C'était le père Mazzini qui, ayant appris l'attentat, accou-
rait pour rendre service à son ennemi comme s'il se fût agi d'un frère tendrement aimé. A cette vue, le blessé sentit son cœur se fondre, et il se promit, si Dieu le rendait à la vie, de réparer ses torts. En effet, ayant recouvré la santé, il devint Tami intime des pères et leur défenseur en toute circonstance, et désarma ainsi les mécontents, dont il avait été le chef avoué.
Cependant le procès intenté aux pères au sujet de la donation reçut une solution au mois d'octobre 1748. Le conseil du roi se prononça en faveur d'Alphonse et débouta Cantaldi de toutes ses revendications. Ce jugement fournit au saint Toccasion de montrer l'admirable générosité dont soncœur était rempli. S'étant rendu àNocera, il supplia Tévéque de l'autoriser à renoncer à la donation. La Pro\idence, disait-il, n'abandonne pas ceux qui mettent en Dieu seul toute leur confiance. Plusieurs fois il avait fait cette demande, à laquelle Tévéque refusait toujours de souscrire, ne voulant pas favoriser la mauvaise foi et les coupables desseins des conjurés, mais aujourd'hui que le procès était gagné et le couvent fondé, M'' Volpe accéda tout ému au désir d'Alphonse. Celui-ci déchira devant Cantaldi l'acte de donation, lui demandant simplement de payer à titre d'aumône neuf cents ducats qu'il devait à l'entrepreneur des constructions. « Ainsi, dit le procès de canonisation, foulant aux pieds tout sentiment de cupidité, il renonça héroïquement aux biens qu'on lui avait légués et força ses advei'saires à s'attacher à lui de tout cœur ainsi qu'à son institut. » De fait, dès ce moment la paix tit place à la guerre. Évéque, prêtres et fidèles s'éprirent d'admiration pour la congrégation. Pagani devint la maison mère de lïnstitut et la résidence chérie d'Alphonse, ainsi que l'avait prophétisé le père Sportelli. « Ne vous troublez pas, dit-il un jour à ses compagnons, mais ayez confiance en Dieu. Cette maison de Noceranon seulement ne périra pas, mais elle deviendra la maison principale de la congrégation. » Conformément à cette prédiction, Alphonse et après lui ses successeurs habiteront Pagani durant plus d'un siècle. Ils ne quitteront cette résidence que le jour où, la congrégation se trouvant répandue dans tout l'univers, son chef l'installera par la volonté du pape dans la ville éternelle.