Lettre de Sportelli, 29 janvier
ou pour mieux dire par vos menaces, car jusqu'ici vous avez rete votre main vengeresse. Vous les avez menacés de la peste, et Ji] qu'ici vous les en avez préservés; vous les avez menacés de guerre, et c'est chez leurs voisins qu'elle a exercé ses ravages; voï avez menacé, lors du tremblement de terre, de les ensevelir som les décombres, et les maisons seules se sont écroulées, car vous av^ épargné les personnes. Mais, Seigneur, qu'avez-vous gagné parcet^ longanimité? Vous n'avez rien gagné, ô mon Dieu, car ils sontd^ venus pires qu'auparavant. Que faut-il donc que je leur dise?Al^ si je m'écoutais moi-même, je leur dirais de se préparer aux chàti ments qu'ils ont mérités, de ne plus espérer un pardon dont ils^ sont rendus indignes! Répondez-moi, Seigneur, est-ce là le langage que je dois leur tenir?... Oh! non, mes chers auditeurs, mespaiu vres pécheurs; non, vous tous à qui je m'adresse spécialement, s vous êtes du nombre de ces ingrats dont je viens de parler, Dici ne veut pas que je fasse retentir à vos oreilles les mots de justices de châtiment, mais ceux d'espérance et de pardon si vous voole: cesser de l'offenser. » Et l'orateur déroula devant lauditoire coMi terne la longue chaîne des miséricordes divines aboutissant i l mission, suprême effort du Sauveur pour les convertir.
On sent Teffet qu'un tel exorde, sortant de la bouche d'un saini dut produire sur ce peuple aux mœurs faciles, mais plein de foi e impressionnable à l'excès. Alphonse prêcha chaque soir le gram. sermon. La cathédrale devint trop petite pour contenir la foule qi: s'y entassait bien longtemps avant la cérémonie. Des multitudes st« tionnaient hors de l'église , avides de recueillir au moins quelqa€ paroles du père de Liguori. Selon l'expression d'un des missionoai res, on eût dit les Ninivites accourant aux prédications de Jonas.
Il y eut toutefois des récalcitrants. Dieu , dans sa miséricorde an tant que dans sa justice, se mit à prêcher lui-même sur la mort é l'enfer. Pendant qu'Alphonse entretenait ses auditeurs des fins der nières, trois morts subites épouvantèrent la ville. Un soir qu'un de^ pères parcourait les places publiques pour appeler le peuple * l'église, il s'arrêta devant une taverne et invita les buveurs à profite de la mission. « Ha mission, s'écria l'un d'eux en levant son verre la voilà ! » Hais il n'avait pas encore approché le verre de ses lèvres qu'il tomba raide mort. Quelques jours après, une femme de man vaise vie qui se vantait de ne pas assister aux instructions, moun aussi subitement sans avoir donné aucun signe de repentir. I corps de cette pécheresse impénitente et publiquement scandaleo fut jeté dans une fosse , loin du cimetière où reposent les .fidèl
qui n'ont pas déshonoré leur baptême. L'épouvante régnait dans la ville, et Dieu frappait toujoure. On apprit bientôt qu'une pauvre mère dont la fille vivait dans le désordre, était tombée comme frappée de la foudre aux pieds de cette malheureuse et d'une compagne aussi vicieuse qu'elle. Les deux pécheresses, atterrées à ia\*ue de ce cadavre, avaient tout quitté pour entrer dans une maison de repentir.
Ces exécutions divines, coup sur coup répétées, terrifiaient les ccBurs les plus rebelles, quand un miracle éclatant de la Madone, en confirmant la sainteté d'Alphonse, centupla l'autorité de sa parole etdétermina un mouvement de conversions pour ainsi dire irrésistible. Vers la fête de Noël, il prêchait un soir sur le patronage de Marie, son sujet de prédilection. Il animait ses auditeurs à aimer la divine Mère, à mettre en elle toute leur confiance, et cela avec tant de suavité et d'onction qu'on croyait entendre un ange du ciel. Tout à coup un frémissement agite cette foule immense , et tous les yeux se détachent du prédicateur pour se porter sur la sainte Vierge. Dans l'ovale d^argent qui encadrait la face de la Madone aux Sept- Voiles, apparaissait en relief le visage frais et vermeil de la Vierge bénie, tel qu'on Tavait contemplé dans les apparitions précédentes. Quand tous les regards furent ainsi fixés sur cette figure céleste, un i^yon d'éblouissante lumière s'en détacha soudain, traversa l'église ^t vint se reposer sur la face du prédicateur, qu'il illumina d'un merveilleux éclat. Tout hoi^ de lui, Alphonse balbutiait quelques Qiots entrecoupés : « Ma bonne Mère... je suis à vous,... tout à vous! » Mais bientôt il entra dans un saint ravissement, et tout le peuple le ^t, les yeux fixés sur Marie, les bras tendus vers elle, s'élever de plosieurs palmes au-dessus de l'estrade, comme s*il allait prendre son vol. Les deux mille personnes qui composaient l'auditoire, iHuettes d'abord de stupéfaction, poussèrent alors un cri d'enthou- ^me qui retentit bien au-delà de Tenceinte sacrée : « Miracle! mincie! » Ce cri, répété partout, attira des flots de curieux aux abords 4e la cathédrale , au point que les religieuses de T Annonciade , dont Ucouvent était peu éloigné de l'église, crurent aune émeute. Aux interrogations bruyantes du dehors se mêlaient les cris et les sanglots des spectateurs du prodige. Les hommes se frappaient la poitrine; les femmes exprimaient leur repentir par des larmes et des gémissements; des pécheresses publiques, frappées de terreur, s'é- ^çaient vers l'estrade en criant : « Pardon, pardon! nous voulons nous convertir! »
Le souvenir de cette scène indescriptible était encore vivant cin-
quantc ans après. En 179^, à Toccasion du procès de béatification^ dont on sollicitait l'introduction en cour de Rome, les trois p^^^ miers magistrats de Fogjria s'exprimaient ainsi dans leur sli^q plique à Pie VI : (( Personne n*ignore ici que, pendant la missioi? de ilïô, donnée dans notre église cathédrale par Alphonse et sc^ compagnons, au moment où le serviteur de Dieu prêchait les gloires de Marie, un rayon de lumière, parti du visage de la Madone, notre glorieuse protectrice, traversa tout le peuple et vint illuminer la face du prédicateur. Aussitôt ravi en extase, on le vit s'élever de trois palmes au-dessus de Testrade; prodige qui arracha des cris de joie et d'enthousiasme à toute Tassistance. Il etste encore ici des vieillards qui se rappellent parfaitement le graod miracle de 17^5 ^ »
Il est inutile d'ajouter qu'après de pareilles scènes la missioD de Foggia produisit des fruits surabondants et même, au dire de Sportelli ', plus extraordinaires que partout ailleurs. Une fois de plus la Vierge immaculée écrasa sous son pied la tête du serpent infernal. On vit les femmes de mauvaise vie accuser publiquement leurs péchés et demander pardon de leurs scandales. On ne parlait que de conversions inattendues , de restitutions et de réconciliations inespérées. Au règne du péché succéda la vie de piété , la pratique de Toraison, la visite au saint Sacrement, la fréquentation des sacrements, la dévotion à la sainte Vierge. Toutes les classes delà société contribuèrent à cette révolution religieuse; car, outre la mission générale, les missionnaires prêchaient les saints exercices aux gentilshommes, aux avocats, aux fonctionnaires, aux artisans,
1. Dans ses Mémoires comme dans sa déposition ta proeès, le P. Tinnoit rafioiU les détails de ce fait merveilleux d'après les témoignages des PP. GarziUi et CorttiO» présenU à la mission de Foggia. Le P. Corsano, également témoio au procès en IT^J, s'exprime en ces termes : « Des rayons de lumière céleste, émaaant de la Nadooem Sept- Voiles, vinrent frapper directement le visage da Senrlteor de Dieu, leqidi tout hors ;de lui, la face resplendissante, se tourna Ters la aainle Image en balbotiilt encore quelques luiroles d'amour. » Le P. Garzilli écrit dans set Mémo^res : « pûiiit qu'Alphonse précliait ce grand sermon, nous entendîmes on brait confus Teatttis côté de l'église. L'office terminé, nous courûmes demander aux pères ce qui léliî* passé. Us nous réixjndîrent qu'un rayon de lumière, parti de la Madone, avait lUairiné la face du prédicateur à la vue de tout le peuple et provoqué les cris que nous afton entendus. » Les deux frères Romito et Flumeri assistaient à la mission comme fiera servants. Témoins au procès, voici ce qu'ils disent : « Nous avons appris par nos pèiei et par toute la population, dit le frère Romito. qu'un soir, pendant le sermon, u rayon de lumière parti du visage de Marie illumina la iace du Serviteur de Dieu, lequel fut ravi en exUse. » Le frère Flumeri se sert à peu pi^s des mêoMt ezpresakmt. Cet événement prodigieux est donc un fait incontestable.