PREFACE. XIII
Sur sa tombe se multiplient les prodiges. Le pape, qui l'a condamné, entreprend son procès de canonisation. Le peuple s'agenouille devant le saint, le clergé en fait le second ange de TÉcole, le Saint-Siège Pélève au rang des Docteurs de TÉglise. Par ses livres comme par ses fils, Alphonse reste le vaillant soldat du Christ dans le monde entier.
La vie de ce grand saint est donc merveilleusement adaptée aux besoins de notre temps. En admirant les actes héroïques de ce chevalier chrétien, les indifférents se réveilleront du sommeil léthargique dans lequel ils sont plongés, les désespérés reprendront courage, les présomptueux continueront à compter sur Dieu, mais comprendront que nul n'a droit à Tassistance divine s'il ne paie de sa personne ; et enfin les catholiques plus ou moins séduits par l'illusion libérale apprendront du saint Docteur à mourir plutôt que de transiger avec la Révolution ou de céder à Satan un seul des droits qui appartiennent au Christ et à son Eglise. Puissent les fortifiants exemples et les salutaires leçons de l'homme de Dieu former une véritable armée de valeureux croisés et préparer ainsi la restauration du règne de Jésus-Christ.
Cette restauration, sans laquelle tout est perdu, serait-elle donc impossible? Il y a douze ans j'écrivis l'histoire de Garcia Moreno, le président-martyr, pour prouver le contraire. Un homme d'énergie, appuyé par une petite armée de braves, balaya les tyranneaux de la Révolution qui opprimaient son pays depuis un demisiècle. Au milieu des nations sans Dieu, il gouverna comme Charlemagne et saint Lom's. Son peuple redevint le peuple du Christ, et sa République s'appela la république du Sacré-Cœur. La Révolution l'assassina, mais en mourant il s'écria : a Dieu ne meurt pas ! »
Et en effet, Dieu vit toujours pour aider ceux qui travaillent à sa gloire et au salut des âmes. Dieu veut sauver la France et lui envoyer une Jeanne d'Arc ou un Garcia Moreno, mais à la condition que nous le mériterons. En 1870, Dieu nous offrit la déli- \Tance, mais les Français préférèrent au règne de Dieu le règne de la Révolution. Pour que Dieu semve la France, il faut qu'elle
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se convertisse, qu'elle rompe avec les doctrines d'impiété, qu'elle reconnaisse les droits du Christ et de son Église, et qu'au moins Télite de ses enfants soit décidée à les reconquérir, même au prix de leur sang. En formant cette armée de vrais chrétiens, Alphonse de Liguori préparera les voies au futur libérateur.
Un mot seulement, en terminant cette courte préface, sur les sources de cette nouvelle histoire. Grâce à la vénération qu'il excitait de son vivant, les actes et les paroles de saint Alphonse ont été religieusement recueillis et notés par ses contemporains. Un de ses religieux, le père Tannoia, qui vécut quarante ans avec lui, nous a laissé, dans ses Mémoires sur la vie et la congrégation d'Alphonse- Marie de Liguori un portrait fidèle de son maître et ami. Pour combler les lacunes de cet ouvrage et corriger certaines erreurs de Tauteur, j'ai trouvé dans nos archives dix volumes infolio de documents authentiques, classés et annotés de nos jours par un savant confrère qui, tout dévoué au saint fondateur, n'a point hésité à consacrer une partie de sa vie à ce travail de bénédictin. De plus, j'ai pu consulter les vingt-quatre volumes contenant les dépositions d'une centaine de témoins qui, aux divers procès de canonisation, ont raconté, sous la foi du serment, les actes et les vertus du saint. D'autre part, l'étude de ses nombreux ouvrages de dogmatique, de morale, d'ascétisme, m'a singulièrement aidé à comprendre les éloges prodigués par l'Église au saint Docteur. Enfin, sa correspondance spirituelle et scientifique, publiée récemment, m'a fait mieux connaître encore sa vie intime et sa vie d'écrivain.
Tels sont les documents qui m'ont fourni les éléments de cette histoire. En l'écrivant, j'ai essayé de faire revivre sous nos yeux le gentilhomme, le religieux, le fondateur, l'évêque, le champion de l'Église, au milieu de ses contemporains et des multiples événements auxquels il a été mêlé. Le saint ayant travaillé toute sa vie à régénérer la société décadente du dix-huitième siècle, je n ai pu montrer son action sans découvrir quelque peu les plaies de ce siècle en décomposition. L'Église n'a pas besoin de nos mensonges.
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disait dernièrement Léon XllI, et si Ton voit de T humain dans ses ministres, on n'en comprend que mieux la toute-puissance de Celui qui la soutient par la seule force de son bras.
D'un autre côté, pour faire connaître le Docteur de TÉglise, j'ai dû envisager le rôle du théologien et du moraliste. Toutefois cet ouvrage s'adressant aux laïques comme au clergé, je me suis borné à exposer le grand travail du saint sur la morale et son système sur les opinions probables. Je n'ai fait aucune allusion aux controverses modernes sur ce dernier point, me réservant de traiter cette question dans un ouvrage spécial.
Et maintenant je demande à Dieu de bénir cette histoire et de la rendre utile à sa gloire et au salut des âmes. « Seigneur, diraî-je avec saint Alphonse, au livre de la Vérité de la Foi^ vous avez banni du monde l'idolâtrie, et sur ses ruines vous avez planté la vigne de votre Église. Vous l'avez si bien enracinée qu'elle a étendu ses rameaux dans le monde entier. On a vu la Croix de votre Fils partout adorée, et son saint Évangile porté chez tous les peuples. Mais le féroce sanglier est sorti des forêts, et la cruelle hérésie a dévasté votre vigne. Exterminavit eam aper desylvâ. Étendant jour par jour ses ravages, on peut dire qu'à peu d'exceptions près, rinfidélité désole tous les pays de l'Europe. Seigneur, >i8ilez votre vigne, visi(a vineam istam, réparez les brèches faites à votre Église, sauvez de la fureur des enneujis vos saintes Écritures, vos commandements, en un mot toutes vos vérités saintes, qu'ils méprisent et tournent en dérision. Par amour pour votre Fils bien-aimé, qui a planté cette vigne au prix de ses sueurs et de son sang, dirigez, conservez votre sainte Église et daignez humilier ses ennemis, invnicos sanctœ Ecclesiœ humiliare digneris, te TogamuSy audinos.