Lettre du 8 novembre
APPROBATION DU SAINT-SIÈGE
auges de la congrégation, car c’était un samedi et en même temps l’anniversaire de la fondation de l’institut. La voiture qu’ils avaient louée mit cinq jours à faire la route. Rien de plus édifiant ni de plus curieux que leur manière de voyager. <c Le soir, dit un narrateur, ils trouvaient à l’auberge nourriture et logement d’après un prix convenu avec le voiturier, et dans le jour ils se contentaient d’un morceau de pain avec quelques noix et un morceau de fromage. A Velletri ils rencontrèrent un chanoine romain très au courant des personnes et des choses de la ville, qui leur demanda où ils allaient et quel était le but de leur voyage. Le père Villani, qui avait le cœur sur la main, lui expliqua toute son affaire, espérant tirer de ce praticien quelque lumière pour se diriger. Mais, en homme habitué à ne compter que sur les moyens humains, le chanoine se mit à entamer le chapitre des difficultés, de manière à le décourager complètement. « Faire approuver à Rome un nouvel institut! disait-il en levant les yeux au ciel , c’est une montagne à porter! 11 y faut beaucoup de temps, beaucoup d’argent, beaucoup de savoirfaire. » A l’en croire, le mieux eût été de rebrousser chemin; mais comptant sur Dieu plus que sur les hommes, Villani continua sa route. Le lendemain, ils arrivèrent dans une auberge où de nombreux voyageurs festoyaient à l’envi, ce qui faisait grand plaisir à l’hôtelier. Sur l’ordre de son supérieur, le frère demanda un morceau de pain et de fromage, mais l’hôtelier refusa de leur servir ce maigre déjeûner. Il fallut l’intervention d’un charitable voyageur pour le décider à leur vendre un morceau de pain. Ils allèrent le manger près d’une source voisine, qui leur offrit gratis son eau claire et limpide. Pendant qu’ils achevaient leur modeste réfection, une brillante cavalcade de jeunes dames et de nobles seigneurs vint à passer devant l’auberge et mit tout le monde en émoi. Au lieu de contenter leur curiosité en regardant comme tous les autres cette singulière exhibition, le père Villani et le frère François se retirèrent dans un endroit solitaire et se mirent à faire oraison *. » Ne dirait-on pas une page des Fioretti, et n’est-ce pas ainsi que devaient voyager Notre-Seigneur et ses apôtres?
En arrivant à Rome, le père Villani se rendit immédiatement chez les pères basiliens, où il espérait trouver un logement. Le père Muscari, abbé du monastère, avait autrefois habité le couvent des basiliens àNocera, il tenait en grande vénération Alphonse et tous les siens; mais, à cause de l’exiguité de sa maison et pourune autre rai-