Lettre du 21 février
APOTRE ET FONDATEUR
sont cachées sous ces débats entre l’humilité du père et la respectueuse tendresse du fils! Que nous sommes loin du monde, où l’on se dispute avec acharnement les dignités et les préséances!
Le père Villani avait, en trois mois et sans dépenser plus de cent ducats, accompli sa difficile mission. « C’est un miracle, répétait-il souvent, que nous devons à la protection de la sainte Vierge et de saint Joseph . » Et il se plaisait à montrer que, durant ces longues négociations, presque tous les actes importants avaient été signés un samedi ou pendant une neuvainc de la sainte Vierge, et notifiés un mercredi. Le bon père n’a pas raconté comment il s’attirait les faveurs célestes, mais un chroniqueur fidèle nous a transmis des détails sur sa manière de vivre à Rome , détails qui expliquent ses succès. « L’excellent père Villani, dit-il, se contentait le matin et le soir d’un morceau de pain, malgré ses courses continuelles dans tous les quartiers de Rome. Jamais il ne buvait de vin, autant pour se mortifier que par esprit de pauvreté. En Tait d’autres alimenls, il cherchait ce qu’il y avait de plus vil et de plus pauvre, du fromage commun, des viandes de rebut. Les jours maigres, un plat de légumes lui suffisait. Jamais de fruits, rarement un peu de salade. Un jour le frère se procura du fromage de meilleure qualité, sous prétexte que le prix était le même. Le père ne l’en gronda pas moins, parce que, dit-il, ce fromage étant plus savoureux s’en ira plus vite. Il restait parfois des jours entiers sans rien prendre. Dans une circonstance urgente, il partit à jeun, malgré les protestations du frère, de la place Barberini, où il avait son logement, pour se rendre au palais Orsini, de l’autre côté de Rome. Au retour, n’en pouvant plus, il s’égara et se trouva tout à coup au pont Saint-Ange quand il croyait arriver à la place Barberini. Le pauvre père, résigné mais demi-mort, gravit les rues montueuses qui conduisaient à son logement, les yeux fixés sur Notre-Seigneur gravissant le mont du Calvaire. Mortifié jusqu’à l’excès, durant son long séjour à Rome il ne vit aucune des magnificences que les étrangers ne se lassent point d’admirer dans cetle merveilleuse cité. 11 ne visita que les lieux sacrés, les catacombes, la prison de saint Pierre, la chambre de saint Philippe, et les sanctuaires des bienheureux auxquels il allait recommander ses négociations1. »
Avant de quitter Rome, le bon père voulut prendre congé du souverain pontife et le remercier de ses faveurs. « L’affaire est donc