Chronique du P. Paul Blasucci
APPROBATION DU SAINT-SIÈGE
heureusement terminée », dit le pape d’un ton bienveillant. Le père Villani se jeta aux pieds du pontife , lui témoigna toute sa gratitude et demanda la bénédiction. Benoit XIV le bénit, ainsi que le saint fondateur et tous les membres de la congrégation, puis il dit au frère Tartiglione, qui accompagnait Villani : « Et vous, mon cher frère, d’où êtes- vous? — De Naples, Très Saint Père, répondit François. — Eh bien, reprit le pape faisant allusion à l’amour des Napolitains pour leur famille, je bénis votre père, votre mère, vos frères, vos sœurs, et tous vos parents. » Puis il leur accorda nombre de grâces et d’indulgences.
Après avoir remercié le Vicaire de Jésus-Christ , il restait au père Villani à témoigner toute sa reconnaissance à la divine Mère, sa protectrice et son soutien aux heures critiques des négociations. Avec la permission du saint fondateur, il avait promis de faire en action de grâces le pèlerinage de Lorette. Il se mit en route le 7 mars en compagnie du frère Tartiglione. Le premier jour, ils prirent une voiture, avec l’intention de continuer à pied le reste du voyage. Arrivé à Castelnuovo vers midi, le père s’arrêta pour dire la sainte messe dans l’une ou l’autre des églises qui bordent la route; mais ici on manquait d’hosties, là de cierges, plus loin de bonne volonté pour ouvrir les portes. Il dut faire un long détour et se rendre à la paroisse. Le soir, ils arrivèrent à Civita Castellana, où ils passèrent la nuit dans une auberge. Le lendemain , chargés de leurs bagages, ils partirent à pied, pauvres pèlerins, pour épargner la dépense, mais le ciel eut pitié d’eux. A Ubricoli, où le père célébra la sainte messe, arriva un gentilhomme qui se dirigeait aussi vers Lorette, et dont la voiture, par suite d’un accident, menaçait de se disloquer avant d’arriver au terme. Il prit un autre véhicule et chargea un paysan de reconduire à son domicile la voiture à demi brisée. Le paysan pour une légère gratification accepta nos deux voyageurs dans ce bel équipage, et c’est ainsi qu’après trois jours et demi, avançant lentement, évitant les heurts, ils arrivèrent à Lorette. Ainsi voyageait, sous l’habit rapiécé d’un pauvre religieux, l’héritier des marquis de Polla, heureux et fier de participer à l’abjection du très saint Rédempteur.
A Lorette, où le père passa trois jours, il ne fit que prier, méditer, et verser des larmes d’attendrissement dans cette Santa Casa où l’ange salua Marie, où le Verbe se fit chair, où vécut la sainte famille. Puis, après avoir terminé ses dévotions et ses actions de grâces, il reprit le chemin de Ciorani, heureux à la pensée de revoir son père Alphonse, ses collègues bien-aimés, ses chers novices. « 0 mon
APOTRE ET FONDATEUR
père, écrivait-il quinze jours auparavant, aussitôt après le voyage de Lorette je rentrerai à la maison si Dieu m'en fait la grâce. On dirait qu’il y a mille ans que j’ai quitté ces bienheureuses murailles du couvent, tant il me tarde de les revoir! » Il fut reçu par Alphonse et ses compagnons comme l’ange Raphaël après son voyage en Chaldée : il apportait du reste mieux qu’un contrat de mariage entre Tobie et Sara, il apportait l’acte authentique de l’union la plus étroite entre l’institut du Très Saint-Rédempteur et la sainte Église de Dieu.