C une las hxreses sola interemisti in universo mundo
LA CROISADE DU SALUT
danger qu’il y aurait à laisser au pape une puissance excessive.
Les prières et les louanges que de toute antiquité la sainte liturgie adresse à Marie formaient un obstacle insurmontable aux attaques des jansénistes contre la dévotion à la sainte Vierge : pour le renverser, ils substituèrent des bréviaires et des missels de leur façon aux livres liturgiques en usage. L’an 1680, l’archevêque de Paris, de Harlay, publia un nouveau bréviaire, dans le but, ose-t-il dire, d’expurger les livres d’église des choses superflues et de tout ce qu’on y a introduit de superstitieux. Or, c'est surtout dans les offices de la sainte Vierge que l’évêque trouvait des « superfluités » et des « superstitions ». Il avait retranché sans pitié tous les passages des livres sapientiaux que l’Église applique à Marie, supprimé la glorieuse antienne qui félicite la Vierge d’avoir « exterminé les hérésies dans le monde entier » , supprimé également la prière qui implore la grâce « de louer dignement la Mère de Dieu et de combattre avec vaillance contre ses ennemis » . En vérité le janséniste ne pouvait féliciter Marie de détruire les hérésies ni lui demander le courage de la défendre au moment où il travaillait à démolir son culte. 11 n’avait pas craint non plus de faire disparaître du missel le Salve Sancta Parens, le Gaudeamus de l’Assomption, le Beata vis cera Mariæ Virginis, en un mot toutes les prières et tous les cris d’amour de la sainte Église, répétés avec une sainte joie par tous les fidèles dans la suite des siècles.
D’autres réformateurs des livres liturgiques allèrent plus loin encore. Ils altérèrent l’enseignement de l’Église sur l’intercession toute-puissante de la sainte Vierge, en éliminant ou en falsifiant les textes qui l’établissent. Marie nous sauve par sa prière, dit l’Église, comme Jésus par son pouvoir souverain. Les jansénistes n’admettent pas que la prière de Marie nous sauve. Pour effacer cette pensée de l’esprit des fidèles, ils l’ont effacée de l 'Ave maris Stella , l’hymne si chère à tout cœur catholique. A ces paroles : « Solve vincla reis , profer lumen cœcis, brise les chaînes des pécheurs, rendez la vue aux aveugles » , ils substituèrent ces variantes significatives : « Cadant vincla reis , lux reddatur cœcis , que tombent les chaînes des pécheurs, que la lumière soit rendue aux aveugles. » On sent la différence. L’Église prie Marie de briser nos chaînes et de nous rendre la lumière : le janséniste veut bien que nos chaînes tombent et que notre cécité disparaisse, mais il ne veut pas qu’on attribue ces grâces à l’intercession de Marie. Pour cette même raison, ils ont impitoyablement retranché de cette hymne ces autres invocations : « Nos culpis solutos y mites fac et castos , délivrez-nous de nospé-
CONJURATION SATANIQUE
chés, donnez-nous la douceur et la pureté. » De môme ils ont biffé d’une autre hymne cette admirable strophe : O Marie, mère de grâce, mère de miséricorde, défendez-nous contre l’ennemi et recevez-nous à l’heure de la mort 1 ». Ils ne veulent donc rien tenir de Marie, ni la grâce, ni la miséricorde, ni la force contre l’ennemi, ni la protection à l’heure de la mort2.
Le dénouement du drame satanique était inévitable. Après avoir, durant plus d’un siècle, transformé Dieu en exécrable tyran, bafoué la sainte Église, abaissé la sainte Vierge, ridiculisé les légendes des saints, anéanti la piété chrétienne, les jansénistes virent se dresser devant eux le spectre du déisme. Les Saint-Cyran, les Jansénius, les Arnauld, les Quesnel avaient préparé Voltaire. Le cynique blasphémateur entonna l’hymne de l'enfer : « Écrasez l’infâme! » L’infâme, c’était le christianisme, c’était l’Église, c’était Jésus-Christ !%Si Voltaire a pu semer l’incrédulité en France et dans le monde entier, se faire couronner à Paris et traîner l’Église à l’échafaud, c’est à Jansénius qu’il le doit. Rien de plus vrai ni de plus juste que cette apostrophe de Diderot à un janséniste qui rejetait sur les seuls philosophes les désastres de l’Église au XVIIIe siècle : « Cruels ennemis de Jésus-Christ, c’est vous qui l’avez mise, cette Église, dans le pitoyable état où elle se trouve. C’est vous qui avez encouragé les peuples à jeter un œil curieux sur les objets devant lesquels ils se prosternaient avec humilité, à discuter quand ils devaient adorer. Malgré l’atteinte que le protestant avait donné aux choses saintes et à leurs ministres, il restait encore de la vénération pour les unes, du respect pour les autres; mais vos déclamations contre les souverains pontifes, contre les évêques, contre tous les ordres de la hiérarchie ecclésiastique, ont presque achevé de ruiner cette puissance. Si l'impie foule aux pieds la tiare, les mitres et les crosses, c’est vous qui l’avez enhardi» Quelle pouvait être la fin de tant de libelles, de satires, de nouvelles scandaleuses, d’estampes outrageantes, de pièces où les mystères de la grâce et des sacrements sont travestis en un langage burlesque, sinon de couvrir d’opprobre Dieu, le prêtre et l’autel,