‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 110 sur 227 · Maria, Mater gratiæ · texte numérisé non relu

Maria, Mater gratiæ

Mater misericordiœ ,

Ta nos ab hoste protégé

Et rnorlis horà suscipe.

2. Pour comprendre tout le mal fait à lÉglise et à la piété chrétienne par les liturgies françaises du XVII* et XVIII» siècles, il faut lire les Institutions liturgiques de dom Guéranger, d'où nous avons extrait (vol. II) les exemples que nous venons de citer.

LA CROISADE DU SALUT

aux yeux mêmes de la plus vile populace? Malheureux, vous avez réussi au delà de vos espérances. Si le pape, les évêques, les prêtres, les religieux, les simples fidèles, toute TÉglise ; si ses mystères, ses sacrements, ses temples, ses cérémonies, toute la religion, est descendue dans le mépris, c’est votre ouvrage1. »

Il était nécessaire de montrer la généalogie des erreurs antichrétiennes et leur influence sur la vie intime des âmes au XVIIIe siècle pour mettre dans tout son jour l’œuvre salutaire de saint Alphonse. Toutes les hérésies dont nous venons de parler, jansénisme, gallicanisme, régalisme, philosophisme, étaient en 1750 comme autant de vampires attachés aux flancs de l’Église. Les uns attaquaient le dogme, les autres la morale, ceux-ci le culte, ceux-là les sacrements. Ils se déchiraient entre eux, mais ils ne faisaient qu’un contre l’œuvre de Jésus-Christ. Voltaire, le coryphée de cette bande infernale, dénonçait tous les jours de sa voix sarcastique la religion comme une superstition et l’Église comme une école de fanatisme.

Alphonse était l’homme-lige du très saint Rédempteur : ami passionné de Jésus et des âmes rachetées par Jésus, il ne s’était fait missionnaire et n’avait fondé sa congrégation que pour continuer l’œuvre de la rédemption en appliquant aux âmes, même les plus oubliées, le sang du Sauveur. On peut imaginer ce qu’il dut souffrir en voyant ces suppôts de Satan se ruer contre le Seigneur et contre son Christ. Il entendit alors résonner à son oreille ce grave avertissement de l’Apôtre à son disciple Timothée : « Voici venir le temps où les hommes ne sauront plus supporter la saine doctrine, mais où ils s’entoureront de maîtres qui flattent leurs passions, et fermeront l'oreille à la vérité pour l’ouvrir à toutes les erreurs. Sois donc vigilant et laborieux, fais ton œuvre d'évangéliste. Prêche à temps et à contre-temps, réprimande et supplie en toute patience et selon la doctrine. Travaille en vrai soldat du Christ2. » Docile à cette voix, Alphonse va se lancer sur le champ de bataille et combattre une à une toutes les erreurs de son temps. Quarante ans, nous le verrons occupé à composer deux sortes d’ouvrages : des livres de piété pour raviver l’amour divin dans les cœurs que glaçait le jansénisme, des livres dogmatiques et moraux contre les prédicants d’impiété ou de morale erronée, afin de réveiller la foi dans les âmes et de les guider dans la voie du salut.

A dater de cette époque, la vie de notre saint va donc s’élargis-

1. Apologie de l'abbé de Prades. Voir Ricard, Les premiers Jansénistes , page 39.

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