U Tirn., iv, 2-5; n
CONJURATION SATANIQUE
sant. Le fondateur continuera de défendre sa congrégation toujours menacée par le régalisme, dirigera ses sujets et s’efforcera de les multiplier; le missionnaire, autant que ses forces le permettront, continuera ses campagnes en faveur des âmes abandonnées; et quand, à certains intervalles, la faiblesse ou la maladie le forceront de s’arrêter, le soldat du Christ prendra la plume pour défendre, non plus seulement à Naples mais dans le monde entier, Jésus et lés âmes qu’il a rachetées de son sang.
Si l’on demande comment le saint pourra suffire à cette triple besogne, il faut répondre que l’amour centuplait ses forces, et ensuite qu’il avait trouvé un merveilleux secret pour allonger ses journées et réaliser ainsi des œuvres qui paraissent impossibles. Ce secret, que le procès de canonisation appelle « nouveau, caractéristique du serviteur de Dieu, et digne de tout éloge, » consistait dans le vœu héroïque de ne jamais perdre une parcelle du temps qui nous est accordé par la divine Providence, mais d’en consacrer tous les moments au service de Dieu et des âmes, à prier, à méditer, â prêcher, à confesser, à écrire, sans dérober à Dieu ne fût-ce qu’une seconde pour une fantaisie ou un plaisir personnel. On ne sait pas au juste quand Alphonse s’astreignit à cette terrible obligation, mais ce fut certainement avant l’époque à laquelle nous en sommes arrivés. Déjà, pour remplir son vœu, il ne s’accordait plus qu’une courte récréation le matin et le soir; encore faisait-il rouler la conversation sur des sujets édifiants et utiles. A ceux qui venaient lui faire visite ou lui demander conseil, il accordait les instants réclamés par les convenances ou les affaires, puis il levait la séance. Nul ne fut plus ennemi des entretiens inutiles ou prolongés. Ceux qui l’ont connu le plus intimement pour avoir vécu longtemps dans sa société,. ont tous déposé que jamais ils ne l’avaient vu oisif. Et non seulement il travaillait et priait tout le long du jour, mais souvent il consacrait la moitié de ses nuits soit à l’oraison soit à la composition de ses ouvrages.
Deux contemporains, Alphonse et Voltaire, ont ainsi traversé leur siècle en travaillant sans relâche, l’un pour Dieu, l’autre contre Dieu. Voltaire naquit en 1694, Alphonse en 1696. Voltaire mourut en 1778, Alphonse en 1787. Tous deux avaient reçu du ciel des talents hors ligne. Le premier s’en servit pour une œuvre de haine, le second pour une œuvre d’amour. L’un s’unit au Christ par le lien de la plus indestructible amitié, l’autre se déclara « l’ennemi personnel » de ce même Christ. Fils de Dieu. Alphonse créa une société de rédempteurs pour travailler avec lui au salut des
LA CROISADE DU SALUT
âmes; Voltaire créa la secte encyclopédique pour corrompre et perdre tous les rachetés de Jésus-Christ. Le suppôt de Satan bafoua, cinquante ans durant, l’Église, ses dogmes, sa morale, ses sacrements, son culte; l’homme de Dieu glorifia, pendant ce même demi-siècle, tout ce que l’autre venait de souiller. Voltaire versa le poison, Alphonse le contre-poison. Voltaire, aimé des âmes avilies, restera le docteur de l’éternelle perdition; Alphonse, aimé des âmes pures et du pécheur qui tend à se purifier, sera toujours vénéré comme le docteur du salut, le maître très sûr des voies qui mènent au ciel. Et tandis que l’église satanique élèvera des statues à Voltaire, ministre et coopérateur de Satan, l’Église de Dieu érigera des autels à saint Alphonse, l’un des plus puissants auxiliaires du divin Rédempteur.