Bkned. XIV. Opéra omnia, loin. III, page
LA CROISADE DU SALUT
missions. Les enfants d’Alphonse parcoururent nombre de diocèses pendant les deux années que dura le jubilé. Ce fut comme l’épiphanie ou la manifestation de l’institut du Très Saint-Rédempteur au moment où l’Église venait de lui donner sa vraie constitution et son vrai nom. Nonobstant ses infirmités, ses sollicitudes et ses travaux, Alphonse fut obligé de prendre part lui-même aux retraites et aux missions.
La bulle d’indiction du jubilé parut le 24 mai 1749. La campagne de préparation suivit immédiatement, car des multitudes de fidèles se disposaient à faire le pèlerinage de Rome dès les premiers mois de 1750. En novembre, le saint prêchait à Carifi, village du diocèse de Salerne, quand il dut se faire remplacer pour se rendre à Cava. Une épidémie terrible ravageait les bestiaux, et les habitants l’appelaient en toute hâte pour commencer une neuvaine de prédications en l’honneur de la Madone de l’Orme, vénérée dans tout le pays. Après cette neuvaine, qui produisit de grands fruits de conversion, Alphonse donna les saints exercices au monastère de TAnnonciade. Là vivait une de ses pénitentes que Dieu comblait de faveurs et que les supérieure mal inspirés s’ingéniaient à tourmenter. Alphonse ne cessa de soutenir son courage et de la guider, pendant de longues années , dans les voies difficiles qu’elle eut à traverser. Jamais il ne l’abandonna jusqu’au jour où il put la remettre entre les mains de l’évèque, dont il connaissait le discernement dans les choses de Dieu1.
Vers la fin de cette même année 1749, prêchant une retraite aux clarisses de Nocera, le serviteur de Dieu prophétisa d’une manière saisissante l’avenir d’une jeune fille de seize ans qui hésitait entre le monde et le cloître. Elle s’appelait dona Félicie Colenda. Divers prétendants la demandaient à son père, alors gouverneur de l’ile d’ischia; mais les religieuses la croyaient appelée, à cause de ses grandes qualités, à des noces plus sublimes. Voulant mettre un terme aux irrésolutions de la jeune fille, l’abbesse profita de la retraite pour la présenter à notre saint et lui demander son avis. « Pensezvous, lui dit-elle, que cette enfant sera bientôt des nôtres? — Et quel est son nom? demanda-t-il. — Dans le monde, reprit la supérieure, on l’appelle Félicie, et dans le couvent, Victoria. » Alphonse leva les yeux au ciel et réfléchit longtemps sans prononcer une parole. « Eh bien, mon père, dit l’abbesse, que vous en semble? doitelle entrer au couvent? — Victoria, Félicie, ce sont là deux beaux