Ib id. n
LA CROISADE DU SALUT
selon la méthode de certains directeurs , ce n’est pas secourir les pécheurs, disait-il, c’est les perdre. Quand le pénitent reconnaît et déteste son état, il ne faut pas l’abandonner à ses propres forces dans la lutte qu’il soutient contre la tentation, il faut le secourir; et le plus puissant secours à lui donner, c’est la grâce des sacrements. Différer l’absolution pendant des mois et des mois, c'est une pratique janséniste : ceux qui la suivent n’ont pas à cœur de faire aimer mais plutôt de rendre inutiles les sacrements. »
D’un autre côté, si le confesseur doit donner l’absolution aux pécheurs qu’il juge dans sa prudence disposés à la recevoir, il doit la refuser à ceux qui viennent à lui dépourvus de ces dispositions, c’est-à-dire sans contrition ni bon propos. « Le bon propos, dit saint Alphonse, implique la résolution de prendre les moyens nécessaires pour ne pas retomber dans les mômes péchés, notamment d’éviter les occasions prochaines de péché. Qui peut et ne veut pas les éviter est indigne d’absolution, dit Innocent XI, en condamnant une proposition qui affirmait le contraire. En donnant l’absolution à tout venant sans tenir compte des occasions prochaines de péché, le confesseur croit faire acte de miséricorde envers son pénitent, et il exerce à son égard la plus barbare cruauté. Saint Thomas de Villeneuve appelle impie pios ceux qui, pour ne pas contrister un pénitent, le laissent croupir dans son bourbier1. » De même Alphonse s’élève contre les confesseurs qui absolvent, sans aucun signe particulier de contrition, des récidifs revenant toujours chargés des mêmes péchés, toujours infidèles à leurs résolutions. Comment leur simple parole vingt fois trahie pourrait-elle être un signe de bon propos si aucun autre signe n’autorise le confesseur à croire que le cœur du pénitent est mieux disposé ? « Plût à Dieu, s’écrie notre saint, que les confesseurs attendissent, pour absoudre ces relaps, un vrai signe de contrition ! Mais, chose triste à dire ! il en est qui donnent l’absolution à tout venant, sans autre signe de contrition qu’une vaine parole, sans aucune admonition, sans indication de remède pour prévenir de nouvelles chutes ; et de là provient la ruine d’une infinité d’âmes2. »
Le saint docteur eut à lutter contre les mêmes excès relativement à la sainte communion. Les jansénistes, nous l’avons vu, exigeaient des dispositions impossibles afin d’écarter tous les fidèles de la table sainte. Innocent XI condamna cette proposition de Balus, si chère à Saint-Cyran et au grand Arnauld : c< On ne peut communier