Ibid., lib. VI, tract. IV, n
LA t THÉOLOGIE MORALE ».
si l’on n’a dans le cœur le très pur amour de Dieu, sans ombre de mélange. » D’autres, non moins coupables, enseignaient que la fréquente confession et la fréquente communion sont des signes de prédestination, même pour ceux qui vivent d’une manière toute profane et toute païenne L Cette proposition fut aussi condamnée par Innocent XI. « Signe de prédestination! s’écrie saint Alphonse en rapportant cette sacrilège énormité, dites plutôt signe de réprobation ! » Ici encore il prit la voie moyenne, et prouva aux rigoristes qu’ils perdent les âmes en leur refusant le fruit de vie, et aux relâchés, qui donnent la communion sans exiger les dispositions requises, qu’ils damnent les âmes en transformant le fruit de vie en fruit de mort. Puis il trace des règles pratiques dans lesquelles la fréquence plus ou moins grande des communions se mesure sur les dispositions plus ou moins parfaites du pénitent et le fruit qu’il en retire.
A tous les chrétiens décidés à pratiquer les commandements en matière grave et à se préserver de tout péché mortel, il accorde et conseille même la communion hebdomadaire, bien qu’ils n’aient pas encore le courage de combattre le péché véniel. La communion leur donnera la force de lutter contre les tentations, et si parfois ils font une chute, de se relever avec courage.
Si l’âme veut résolument sortir de la tiédeur, sacrifier toute affection à n’importe quel péché véniel délibéré, combattre ses inclinations vicieuses, et s’exciter à la ferveur par l’oraison, Alphonse lui permet de communier plusieurs fois la semaine, plus ou moins fréquemment selon le fruit qu’elle retirera de ses communions. Sans doute l’âme ainsi disposée pourra de temps en temps manquer à ses résolutions, mais si elle persévère à communier souvent, sa volonté s’affermira, son cœur se purifiera, et la grâce de Dieu, toujours plus forte et plus active, finira par dominer les vices et les concupiscences.
Enfin si l’âme parvient à surmonter d’une manière générale ses mauvaises inclinations, si elle s’adonne à l’oraison et à la mortification, si elle conçoit un vif désir de la perfection et de l’union avec Dieu, le saint lui permet la communion quotidienne, comme étant le grand moyen de s’enflammer du divin amour.
On peut s’imaginer la fureur des jansénistes quand ils lurent dans la Théologie de saint Alphonse une doctrine sur la communion fréquente qui renversait tous leurs plans. Plus tard certains
1. In his qui gentiliter vivant , XI* prop. dama, ab Inn. XI.
LA CROISADE DU SALUT
rigoristes attaquèrent cette doctrine, mais il la défendit avec vigueur. Non content de la défendre, il la propagea dans, tous ses écrits, la recommanda dans toutes ses missions et retraites, et la popularisa par tous les moyens en son pouvoir. Avec Toraison et la dévotion à la sainte Vierge, la fréquentation des sacrements devint, dans sa congrégation, le thème obligé de tous les sermons sur la persévérance. On peut dire sans exagération que, si la sainte table, autrefois déserte, est aujourd’hui encombrée de fidèles qui viennent y chercher le pain de vie, c’est en grande partie aux écrits et à l’influence de notre saint que le monde chrétien en est redevable. Puisse le saint docteur, après avoir triomphé des rigoristes qui exigeaient des communiants « l’amour très pur », triompher aujourd’hui des complaisants qui permettent la communion fréquente et même quotidienne aux âmes mondaines, quæ gentililer vivunt!
L’apparition de la Théologie morale fut un véritable événement. Les théologiens les plus éminents naviguaient difficilement entre Charybde et Scylla. Les uns, emportés parleur nature inflexible, se jetaient sur l’écueil du rigorisme ; les autres, trop flexibles au contraire, « voulaient forcer la règle de se plier jusqu’à un certain point aux temps, aux lieux, aux caractères, et gagner ainsi des âmes à tout prix, ce qui n’est pas permis. Telle est la loi de notre nature, dit Joseph de Maistre. Si quelquefois des qualités sublimes et d’un caractère opposé se trouvent réunies dans le même sujet en parfait équilibre, ce sont des prodiges qui viennent de temps en temps honorer l’humanité, sans donner, hélas! espérance au grand nombre. » Ce prodige du parfait équilibre, Alphonse l’avait réalisé dans sa Théologie , ce qui lui attira des approbations sans nombre. Dans une lettre du 15 juillet 1755, le docte pontife Benoit XIV déclara que cet ouvrage serait de la plus grande utilité et réunirait tous les suffrages, atilissimum et pro bâtis simum. Le reviseur ecclésiastique lui donna l’approbation la plus élogieuse : « Dans ce livre, dit-il, rien qui blesse les bonnes mœurs ou la piété chrétienne; aucune de ces propositions rigides dont l’Église a souverainement horreur; encore moins de ces opinions relâchées qui perdent les âmes. Tout y est marqué au coin de la bonne doctrine, tout y est ordonné .d’après les principes les plus propres à réformer les mœurs. Cette doctrine, fruit d’une profonde sagesse et d’un labeur opiniâtre, l’auteur en a puisé les éléments dans les saints canons, la jurisprudence civile, les écrits du Docteur angélique, les décisions des grands moralistes, et les décrets du pontife heureusement régnant. Cet ouvrage sera un trésor pour les prêtres, spécialement
LA « THÉOLOGIE MORALE »
pour les confesseurs , car ils y trouveront toute la doctrine nécessaire tant à Tinstruction qu’à la direction des âmes. » Munie de ces hautes approbations, la Théologie morale fut accueillie comme une œuvre d’utilité publique. Neuf éditions de ce grand ouvrage s’écoulèrent du vivant de l’auteur, sans compter les nombreuses réimpressions des divers abrégés composés par lui soit en italien soit en latin !. La Théologie morale de saint Alphonse, mise par l’Église à l’abri de toute censure, est aujourd’hui dans toutes les mains, et n’a pas peu contribué, comme chacun le sait, à mériter à notre saint le titre de docteur.
I. Vlstruzione e Pratica , Y Homo apostolicus , le Confessore diretto, dont on ne compte plus les éditions.