Lettre de Borgia, février
LES TEMPS HÉROÏQUES
chargé de le conduire à Iliceto, raconte le père Apice. Épuisé, respirant à peine, il se tenait silencieux dans le fond de la voiture; mais quand venait l’heure de l'oraison, il me disait à ma confusion : « Père, mettons-nous en prière. » Arrivés au pont de Bovino, nous dûmes gravir à pied la montée qui conduit à la ville. Le pauvre enfant ne poussa pas une plainte, bien qu'il fût sur le point d'expirer.
A Notre-Dame de Consolation comme à Ciorani, il captiva tous les cœurs par l’héroïsme de ses vertus. Dans cette maison se trouvait un saint, le frère Gérard Majella. Les saints se comprennent vite : aussi Dominique et Gérard se lièrent-ils d’une étroite amitié. Us se promirent de dire chaque jour un Ave Maria l'un pour l'autre jusqu'à la mort, Gérard était en ce temps-là plongé dans un abîme de désolations intérieures, au point qu'un jour il dit à son jeune ami : « Mon cœur est près d'éclater, priez pour moi. » Dominique lui fit un signe de croix sur la poitrine, et à l’instant même Gérard retrouva le calme et la paix. Alphonse avait ordonné aux pères missionnaires de le prendre quelquefois avec eux, ne fût-ce que pour enseigner aux fidèles les mystères du rosaire. Il assista ainsi à plusieurs missions et fit partout l'admiration de l'auditoire. A Lacedogna, l'évêque, Mgr Aniceto, allait l'entendre tous les soirs, et fut si ravi de son angélique piété qu'il voulut l’avoir chaque matin pour lui servir la messe.
En novembre 1751 % on le conduisit à Nocera, où il reprit l’étude de la théologie. On vit bientôt que son intelligence égalait sa force d’âme, mais encore une fois la maladie l'empêcha de se livrer au travail. De nouveau on l'envoya en mission. Il fit alors le catéchisme aux enfants qui, ravis de l’entendre et plus encore de le contempler devant le saint Sacrement, le suivaient partout pour lui baiser la main. « 0 mon Dieu! disait alors Dominique, s’ils connaissaient le pécheur que je suis, ces pauvres enfants ne me donneraient pas ces marques de respect. » A la mission de Langusi, le père Amarante imagina un nouveau moyen de conversion. Il dit à Dominique : « Placez-vous au milieu de l'église et priez pour les pauvres pécheurs. » Dominique obéit, et le père se rendit au confessionnal. Chaque fois qu'il rencontrait un pécheur obstiné et endurci : « Allez voir le saint jeune homme qui prie devant le saint Sacrement, et puis revenez me trouver. » A la vue de cet ange revêtu de chair, immobile et comme en extase devant l'autel, les pécheurs, émus et convertis, revenaient aux pieds du père Amarante demander le pardon de Dieu. A Pagani le père Ferrara disait
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en parlant de Dominique : « C’est une àme innocente aujourd’hui Comme au jour de son baptême. » Et dans les rues, en le voyant passer, on s’écriait : « Voilà le saint, voilà le saint! »
Au mois de juillet 1752, on l’envoya à Caposele, où le père Cafaro le reçut avec un vrai transport de joie. Un frère partait pour Ciorani : « Vous direz aux pères de là-bas, lui recommanda-t-il, que nous ne sommes pas dignes d’avoir parmi nous l’étudiant Blasucci. » Quelques jours après, le saint jeune homme éprouva une vive consolation. 11 avait un frère qu’il aimait beaucoup. Appelé comme lui à la vie religieuse, il tardait à se donner à Dieu. Après sa profession, Dominique lui avait écrit cette lettre : « Mon cher Paul, tu penses toujours quitter le monde, et cela me réjouit; mais je crains que tous ces délais ne compromettent ta vocation. 0 mon cher frère, je désire que tu sois un saint, un grand saint, et voilà pourquoi je brûle de te voir enfin dans notre sainte maison. Oh! dis-moi donc l’obstacle qui t’arrête, afin que je trouve moyen de le briser. » L’obstacle, c’était l’opposition de sa famille ; mais Paul, entraîné par les touchants appels et fortifié par les prières de son frère, s’enfuit de la maison paternelle et vint se réfugier à Ciorani. Le 15 août 1752, Paul Blasucci, l’une des gloires de la congrégation, son second supérieur général, prit l’habit du Très Saint-Rédempteur. Au comble de ses vœux, Dominique dit à ceux qui l’entouraient : « Maintenant je puis mourir! »
Dès lors la maladie fit des progrès rapides. On lui interdit d’appliquer son esprit et même de penser à Dieu, ce qui jeta son âme dans de mortelles angoisses. Il voulait se distraire pour ne pas désobéir, et son amour l’entraînait vers Dieu malgré lui. « Mon père, écrivit-il à son directeur, pour épargner ma santé, vous voulez que je me détache de Dieu, mais la violence que je m’impose pour m’en éloigner me fait mourir. J’ai beau faire, je me retrouve avec Dieu sans m’en apercevoir. Je me défends comme je puis contre la plénitude des affluences célestes, mais comment lutter contre Dieu, qui allume dans mon cœur une flamme ardente que je n’ai ni le courage ni la force d’éteindre? » On le laissa libre, màis la contemplation d’ici-bas ne lui suffisait plus. Se promenant un jour dans le jardin avec un ami, il leva les yeux au ciel et s’écria : « Ah! Seigneur, quand viendra le moment qui doit m’unir à vous? » Pendant les derniers mois qu’il passa sur la terre, ses souffrances furent cruelles. Il ne pouvait sans des efforts douloureux ni prendre de nourriture ni même avaler le vin que le médecin lui avait prescrit. Jamais il ne poussa une plainte, jamais il ne témoigna la
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moindreimpatience. Quand on lui demandait comment il se trouvait, il répondait invariablement : Sto bene , je vais bien. Le médecin qui le soignait dit un jour en souriant : « Celui-là, c’est le frère Sto bene , » et en sortant il ajouta : « En le voyant, je crois voir saint Stanislas. »
Le 2 novembre, jour des morts, aux questions ordinaires sur sa santé, il répondit : « Je me sens moins bien. » On comprit que la mort approchait. Le père Cafaro ne voulut pas qu'il descendit au chœur comme tous les jours pour recevoir la sainte communion, mais il lui fit porter le saint viatique. Après l'action de grâces, ilresta silencieux et reçut l’extrême-onction. Les pères et les frères se rassemblèrent autour de son lit pour réciter les prières des agonisants. Lui, calme et tranquille, tenait le crucifix dans ses bras. Les prières terminées, il rendit doucement le dernier soupir. « Le saint est mort! » s’écrièrent tous les assistants.
Il avait vingt ans et six mois. « C'est un saint, disait un jour Alphonse, mais vous verrez que Dieu nous le prendra, parce que consnmmatas in brevi explevit tempora milita . » Il avait, en effet, marché à pas de géant dans le chemin des vertus. « Il a été héroïque en tout, écrivait le père Cafaro au recteur majeur, tellement qu’on pouvait le canoniser de son vivant. Moi qui passe pour difficile, je le regarde comme un grand saint, et je conserve un morceau de son habit comme une précieuse relique. » — « Je suis sûr qu’il n’a point passé par le purgatoire, écrivait à son tour le père Apice, car si cet ange a dû passer par le lieu d’expiation, personne de nous ne peut espérer d’y échapper. » Dieu lui-mème ratifia ces éloges : « Deux jours après sa mort, son corps restait flexible comme s’il eût été vivant. Pendant qu’il était exposé à l’église, on prit son portrait. Tout à coup le cadavre ouvrit les yeux et les tint attachés sur le père Cafaro, à la grande stupeur du médecin Santorelli, qui se trouvait présent à cette scène : « Ne vous étonnez pas, lui dit le père Cafaro, je lui ai donné mentalement l’obédience d’ouvrir les yeux jusqu’après le travail du peintre. » Quelques jours après la sépulture, on lui fit au bras une légère incision d’où s’échappa un sang frais et vermeil. Depuis ce temps, grand nombre de guérisons miraculeuses ont été obtenues par son intercession. Par l'ordre d’Alphonse, de nombreux documents sur la vie et les vertus de Dominique Blasucci ont été recueillis et conservés en vue de sa béatification, qui, nous pouvons l’espérer, n’est pas éloignée.
Le fondateur prit occasion de cette bienheureuse mort pour donner une leçon à ses chers étudiants : « La vraie science, leur dit-il,
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consiste à connaître Jésus-Christ. A quoi sert la science si elle ne mène pas à Dieu?Notre frère Blasucci, je vous le dis en vérité, a possédé la vraie science, car en toutes choses il n’a cherché que Dieu. Aussi a-t-il fait, comme vous le savez tous, la mort d’un saint. Étudiez donc, puisque vous êtes les ouvriers de Dieu, mais avant tout pour devenir des saints, comme notre cher défunt. »
Six mois après, mourait saintement à Nocera le vaillant Moscariello, qui depuis neuf ans s'était donné à la congrégation. Tout jeune, mais plein de talents, il fut aussitôt envoyé en mission, « car dans ce temps-là, dit naïvement Tannoia, on naissait missionnaire. » Chargé plus tard du cours de philosophie, il se fit aimer de tous les étudiants comme de tous les pères, et surtout d’Alphonse, qui, pour ne pas le perdre, vint en aide à sa mère au prix de grands sacrifices. Malgré l'affaiblissement de sa santé, on commanda un jour à Moscariello de prêcher le sermon du soir. Bien que la tâche lui parût au-dessus de ses forces, il obéit sans aucune réclamation, car il avait juré d'obéir toujours ou de mourir. Il se mit à cracher le sang pendant tout le sermon et retourna à Ciorani plus mort que vif. Là il put donner encore quelques leçons de philosophie, mais bientôt on l’envoya se reposer à Nocera.
Cela se passait à la fin de 1752, alors que Blasucci rendait sa belle âme à Dieu. Peu de jours après, Moscariello écrivait au père Tannoia, alors maître des novices, cette lettre où respire la plus tendre charité pour ses frères : « Mon cher père Maître, je vous remercie de vos bontés pour moi. Dites donc à vos chers novices de prier pour Moscariello, qui les porte tous dans son cœur, et qui les embrasse tous dans le Seigneur Jésus. Vous me parlez de ma santé : je ne vais ni mieux ni plus mal. Je suis une sentine de misères intérieures et extérieures, spirituelles et morales. Je deviens hypocondre, et parfois je crains de tomber dans le désespoir. Demandez donc au Seigneur qu’il me donne de souffrir avec joie. Vous avez prié et fait prier pour moi, je n’en doute pas, mais priez plus encore. Ah! aimons-nous tous en Jésus-Christ, et que jamais ne se brisent ces doux liens qui nous tiennent tous unis et qui ont jusqu'ici conservé la congrégation. Pour moi, je désire vivre dans le cœur de tous mes frères, comme ils vivent tous dans mon cœur. Je le désire, je le veux, je l’espère, vous tenant tous embrassés dans le Seigneur. » Quelques jours après, se sentant décliner, il écrivait plaisamment à un autre père : « Les médecins consultants ne peuvent tomber d’accord. L’un croit que je suis fini, l’autre conserve un peu d’espoir. L’opinion très probable, probabilissima , c’est que je vais
Iæs temps héroïques.
retrouver nos compagnons auprès de Jésus et de Marie; donc l’autre opinion, en faveur de la guérison, n'est que faiblement probable, tenuiler probabilis. Qui sait si je pourrai vous revoir et vous remercier de nouveau de vos bontés pour moi? Après tout, à quoi suis-je bon, si ce n’est à augmenter les charges de nos maisons? Et puis, mon cher père, qu’il est doux de mourir dans la congrégation ! Si j'avais mieux vécu, je me dirais le plus heureux homme du monde. Aidez-moi donc à faire le grand voyage et priez vos étudiants de m'ouvrir les portes du paradis. » Deux mois après, le
10 mars 1T53, Moscariello expirait saintement entre les bras du père Mazzini, et allait recevoir au ciel la récompense de ses travaux et de ses souffrances.
Il y fut rejoint, vingt jours plus tard, par l’étudiant Zabbata, qu'on pourrait appeler sans exagération un second Blasucci. André Zabbata entra au noviciat le 7 novembre 1750, à l’âge de dix-huit ans. Possédé par l’esprit de Dieu dès son enfance, dit un ancien manuscrit, il eut au noviciat plus besoin de frein que d’éperon. On ne pouvait jeter les jeux sur ce jeune homme humble et modeste sans se sentir porté au recueillement et à la componction.
11 consacrait à l’oraison tous ses moments libres. Quant à ses actes, jamais le père maître ne put le prendre en défaut. Après sa profession, il commença le cours de philosophie. Esprit vaste et profond, dit Tannoia, travailleur infatigable, il se livra joyeusement à l’étude, se faisant scrupule de perdre une minute. Néanmoins sa piété n'en souffrit pas. A voir son attitude et sa ferveur dans l’oraison, vous eussiez dit. qu’il contemplait Dieu face à face et lui parlait en tète à tête.
Après sa première année de philosophie, comme sa santé s’affaiblissait, Alphonse l'envoya à Nocera pour se reposer; mais là tous les symptômes de la phtisie se déclarèrent, et, pendant plus de cinq mois, d’octobre 1752 à février 1753, il traîna dans ce couvent sa vie mourante. Comment il supporta ce supplice, une relation du père Cajone va nous l’apprendre. « Pendant son séjour à Nocera, dit-il, je n’ai jamais pu saisir sur son visage une ombre de mélancolie, bien qu’il fût obligé de rester presque toujours au lit, en proie à la fièvre. Chaque fois que j’allais le voir, brillait sur son front l'allégresse du paradis. De quelle couleur était sa volonté, je n’ai jamais pu le savoir. En fait de nourriture ou de médicament, il ne témoignait ni inclination ni répugnance. Que la potion fût douce ou amère, il la prenait en souriant. Modeste jusqu’à l'excès, il se tenait dans son lit immobile comme une statue. Sa
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conformité à la volonté de Dieu m'inspirait une telle admiration que je disais parfois aux pères : « Supposez les plus grands saints à la place de Zabbata : comment s'v prendraient-ils pour agir plus vertueusement? De son cœur partait à chaque instant cette oraison jaculatoire : Béni soit Dieu toujours! Il entendait de son lit les messes qui se succédaient à la chapelle voisine de Tinfirmerie, puis il tenait les yeux constamment attachés sur son crucifix ou sur une image de la Madone. »
Enfévrier 1753, le malcontinuantses ravages, on transféra le pauvre malade à Ciorani, où son état parut d'abord s’améliorer; mais un matin, en entrant dans sa chambre, le frère infirmier s'aperçut que les couvertures du lit, le pavé, la muraille même, étaient couverts de sang. « Mon cher frère, dit-il avec angoisse, vous avez donc eu une hémorragie? — Gloria Patri! toujours, toujours, répondit le malade. — Mais vous pouvez en mourir, reprit l’infirmier de plus en plus effrayé. — N'est-ce pas pour cela que nous sommes nés? » dit joyeusement Zabbata.
Le 23 mai, une nouvelle hémorragie le mit à deux doigts de la mort, ce qui lui causa une vraie jubilation. Comme les conversations paraissaient le fatiguer, le père Villani interdit à tous l'entrée de sa chambre. Et comme il lui expliquait qu’il avait pris cette mesure, non pas pour l'isoler de la communauté, mais par précaution pour ménager sa faiblesse : « Ne craignez rien, mon père, répondit le malade : quatre murs et un crucifix me suffisent. » Il écrivit à cette époque à un père de Nocera : « Désespéré des médecins, j’attends l’heure de retourner dans la patrie. Je n’ai pas oublié le pacte que j’ai fait avec vous et plusieurs étudiants de nous recommander à Dieu vivants ou morts. Je n’y ai pas manqué, je n’y manquerai pas dans l’éternité. Je compte également sur votre charité et sur celle de mes bien-aimés frères. »
Dès lors il passa ses jours dans une union continuelle avec Dieu* acceptant tout avec amour et allégresse. « J’ai lu beaucoup de vies de saints, dit Tannoia, jamais je n’ai vu plus parfaite conformité à la volonté divine. Ses derniers moments furent admirables. Le 30 mai, veille de l’Ascension, après avoir reçu la sainte communion* il ressentit une violente secousse qui le jeta dans une sorte de délire : « Père, me dit-il avec agitation, quand me ferez-vous aller en paradis? — Le médecin dit qu’il faut encore attendre un peu. — Et qu’ai-je à faire avec le médecin? s’écria-t-il, je veux aller en paradis. » Mais bientôt il se calma et me demanda de lui faire une lecture sur le saint Sacrement. Le soir, il s’unit de cœur à la récita-
, les temps héroïques.
tion du chapelet, mais sans pouvoir articuler un mot. Le jeudi matin, le père lui ayant demandé s’il ne désirait rien : « Lisezmoi quelque chose sur l’amour de Jésus-Christ, » répondit-il. Vers dix heures, l’agonie commença : « Père, dit-il, je me meurs ! » Attendri jusqu’aux larmes, je l’embrasse : « Mon cher frère, lui demandai-je, vous voulez faire plaisir à Jésus-Christ? — Oh oui! répondit-il. — Dites-lui : Mon Jésus , je vous aime de tout mon cœur ! » Et il répéta ces paroles avec effusion. « Vous aimez beaucoup la Madone? — Beaucoup, beaucoup! dit-il de ses lèvres mourantes. » Il étreignit son chapelet avec force, baisa son crucifix à plusieurs reprises, puis tout à coup, les yeux tournés vers la muraille, il s’écria tout épouvanté : « Père, voyez là contre le mur!.. » Il ne put achever. C’était sans doute un dernier assaut de l’ennemi. Je fis l’exorcisme. Un mouvement d'une violence extrême donna le frisson à tous les assistants. Je continuai l’exorcisme. Alors, prenant en main son chapelet et son crucifix, il les posa sur sa tête en disant : « Je veux Jésus-Christ! » Ce furent ses dernières paroles. Il s’endormit dans un repos, prélude du repos éternel. On lit la recommandation del’âmc, et le saint jeune homme, chargé de vertus et de mérites, alla rejoindre dans le ciel son Jésus bien-aimé *. »
Son corps resta exposé dans l’église durant trente-quatre heures. Le peuple ne cessa d’affluer auprès du saint, comme on l’appelait, emportant des morceaux de sa soutane , au point qu’il fallut la renouveler plusieurs fois. Son crucifix, son chapelet, ses sandales, tout fut enlevé. On dut l’ensevelir précipitamment et en cachette pour éviter un tumulte populaire. Depuis, plusieurs personnes affirmèrent avoir été guéries instantanément parle seul attouchement de ses vêtements. Son portrait, pris après sa mort, fut bientôt dans toutes les mains. Au bas de ce portrait on lit ces mots, qui résument bien sa vie : « André Zabbata, de l’ordre du Très Saint-Rédempteur. Modèle de pureté, d’humilité, de patience au milieu des plus grandes douleurs, il n’a rien désiré, rien demandé, rien refusé. Jeune encore, mais chargé de mérites, Dieu l’attira dans le ciel à la suite de son Fils le jour de l’Ascension 1753. » Un de ses condisciples avait hérité d’une Imitation de Jésus-Christ dont il s’était servi; il écrivit en tête du livre : « O saint, trois fois saint jeune homme, ta mémoire sera en éternelle bénédiction! » Puissent ces quelques pages perpétuer le souvenir du vertueux André Zabbata dans les cœurs de tous les enfants d’Alphonse et de tous ceux qui, au sein