‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 14 sur 227 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LE PÈRE THOMAS FALCOIA

Thomas Falcoia. — Son désir du martyre. — Vingt ans à Home. — Vision d'un nouvel institut. — Le couvent de Scala. — La sœur Mario-Céleste. — Révélations et miracles. — Tribulations. — Intimité d’Alphonse et de Falcoia. — Levéque de Castellamare.

Depuis son entrée au collège des « Chinois », Alphonse y rencontrait souvent un vénérable religieux de la congrégation des Pieux- Ouvriers, nommé Thomas Falcoia. Les Napolitains admiraient sa vertu; Mathieu Ripa, qui le connaissait de longue date, le regardait comme un saint, et il était heureux de prendre ses conseils pour mener à bonne fin la difficile entreprise que la Providence lui avait confiée. De là les fréquentes relations du père Falcoia avec la communauté de la Sainte-Famille. Comment ce saint vieillard a-til exercé une intluence sur la vocation d’Alphonse? Ce chapitre va nous l’apprendre.

Thomas Falcoia naquit à Naples, en 1663, de parents profondément pieux, qui lui inspirèrent dès sa plus tendre enfance l’amour de Jésus crucifié. A sept ans, comme autrefois sainte Thérèse, il rêvait de se consacrer aux missions lointaines, dans l’espoir d’y trouver le martyre. A quatorze, sous l’impression du même sentiment, il s’imposait de longues courses pour s’habituer aux durs labeurs de la vie apostolique. Grâce à sa piété fervente, à son esprit de mortification, à son horreur instinctive du péché, il fut assez heureux, dit saint Alphonse, pour traverser ce monde pervers sans souiller la robe de son baptême.

Après de brillantes études, Thomas entra dans la congrégation des Pieux-Ouvriers. Il n’avait alors que vingt ans, mais déjà son esprit était mûr, son âme forte, son zèle infatigable. A peine promu

LE PÈRE THOMAS FALCOIA

au sacerdoce, ses supérieurs renvoyèrent, avec quelques-uns de scs confrères, fonder à Rome un couvent de leur ordre. 11 resta vingt ans dans cette résidence de Sainte-Balbine, à deux pas de l'église Saint-Jean devant la Porte latine, édifiant prêtres et laïques par son esprit d'oraison, son activité dans les missions, et le dévouement sans égal avec lequel il enseignait la religion aux catéchumènes, juifs ou mahométans1.

Toutefois ces travaux, bien que fructueux, ne suffisaient pas à cet homme vraiment apostolique. La pensée des missions lointaines faisait toujours battre son cœur. Plus il aimait son Dieu, plus il aspirait à verser son sang pour lui : témoin cette prière sublime, que saint Alphonse nous a conservée : « O suprême Majesté , permettez à votre chétive créature de vous présenter une requête par les mains de Marie, ma mère, en la suppliant de l'appuyer auprès de vous. Je réclame Tunique faveur de subir le martyre, soit pour glorifier votre nom, soit pour éviter le péché, soit pour travailler à vous gagner des cœurs. Et cette grâce, dont je me reconnais indigne, je la sollicite néanmoins de votre infinie bonté pour plusieurs raisons. D’abord je suis le dernier rejeton d’une race qui va s’éteindre : ne convient-il pas qu’avant de disparaître, ce rameau produise un fruit analogue au fruit béni de la croix? Puis ma famille religieuse existe depuis un siècle sans qu’aucun de ses membres ait encore versé son sang pour vous : n’a jouterez- vous point à toutes ses splendeurs la gloire du martyre? Enfin, en mourant sur la croix, votre Fils nous a laissé cette parole : « Là où je suis, doit être mon serviteur. » Puisque je suis son serviteur, n’ai-je pas droit à verser mon sang comme il a versé le sien? » Et afin de rendre effectif cet ardent désir du martyre, il sollicita du souverain pontife la permission de passer aux Indes pour y prêcher aux infidèles. Mais la Providence avait d’autres vues sur lui, car cette autorisation lui fut refusée.

Dieu fit alors éclater par des prodiges l’éminente sainteté de son serviteur. La princesse Borghèse, dont il était le directeur, possédait à son service un jeune musulman, qu’elle s’efforcait en vain de convertir. Elle allait l’abandonner à son fanatique enthousiasme pour le prophète de la Mecque, dont il était glorieux et fier de porter le nom. Or, passant un jour près du palais Borghèse, Falcoia rencontre l’esclave. Il l’aborde et, lui traçant un signe de croix sur le front : « Mahomet, dit-il, fais-toi chrétien. » A l’ins-

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