‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 153 sur 227 · Pratique de l'amour envers Jésus-Christ , ch. Ier · texte numérisé non relu

Pratique de l'amour envers Jésus-Christ , ch. Ier

L’ART D’AIMER DIEU

tage du peuple fidèle, il a su enflammer d'amour les cœurs les plus glacés1. »

Il est donc faux qu'un chrétien, baptisé dans le sang de Jésus- Christ, doive borner ses aspirations vers Dieu à réciter du bout des lèvres une courte prière matin et soir, à entendre une messe basse le dimanche, à faire la communion à Pâques. Sous cette loi du moins possible , selon l’expression d’un docte évêque, les hommes vivent et meurent, non seulement sans avoir pratiqué, mais même sans avoir connu la vie chrétienne, presque aussi étrangers au vrai christianisme que les païens d'autrefois. Saint Alphonse, lui, demandait du peuple le plus possible , et ne faisait pas difficulté d’enseigner à tous, avec le saint Évangile, que les enfants de Dieu doivent être parfaits comme leur Père céleste est parfait .

Ce principe posé, le saint docteur explique en quoi consiste cette perfection et cette sainteté à laquelle tous les chrétiens sont tenus d'aspirer. La définition de la sainteté s'impose à tous, car elle a pour auteur le divin Maître. En effet, au docteur qui lui demandait quel est lechemin du salut, Jésus répondit '.Aimez Dieu de tout votre cœur, « Donc la vraie sainteté, conclut Alphonse, consiste dans l’amour de Jésus-Christ, notre Dieu, notre souverain bien, notre Sauveur. Placer la sainteté dans l’austérité de la vie, dans de longues oraisons, dans de larges aumônes, c’est se tromper : la sainteté consiste & aimer Dieu de tout son cœur2. » Il s’ensuit que le grand art, l’art par excellence, celui qu’il faut enseigner à tous, c’estl’art d’aimer Dieu.

Un ancien a enseigné l’art d’aimer les créatures, et il s'est donné en cela une peine bien inutile, car, pour s’attacher aux choses créées, l’homme n’a qu’à suivre la pente de sa nature. Entraîné par la concupiscence vers ces idoles qui le fascinent, il foule aux pieds, pour les saisir, son Dieu, les commandements de son Dieu, et ne recule pas devant l’ablme éternel. L’art d’aimer Dieu consiste précisément à détacher son cœur de toute créature et de sa personnalité propre pour l’attacher à Jésus et l’unir tellement à la volonté de Jésus que l’homme, transformé, puisse s’écrier comme saint Paul : Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis , c'est Jésus-Christ qui vit en moi . C’est donc l’art de crucifier la nature viciée et de porter la croix avec amour, selon cette parole de Notre-Seigneur : Si vous voulez être mon disciple, renoncez-vous vous-même, prenez la croix . et suivez-moi . Ainsi entendu, l’art d’aimer Dieu, c’est l’art de créer des héros plus forts qu’ Alexandre et plus invincibles que César. Le traité de la Con -

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