Panegirici , vol. 1, pages
POÈTE ET MUSICIEN
dûment cet art et y excellât. « Défait, dit Alphonse, j'aime beaucoup la musique, et je m'y suis appliqué beaucoup quand j’étais encore séculier. » Il ajoute : « La musique est un art qu’il faut posséder dans toute sa perfection : autrement, loin de charmer, il dégoûte. » Et Cette perfection, il l'atteignit si bien, ditTannoia, que, devenu vieux, il composait encore de merveilleux cantiques. L’historien cite en preuve de son assertion un Duo célèbre que le saint faisait exécuter, entre l'instruction et le sermon, dans la grande église de Naples, dite de la Trinité-des-Pèlerins, lorsqu’il y donnait les exercices spirituels L
Or nous pouvons aujourd’hui contrôler l’appréciation de Tannoia relativement à l’importante composition littéraire et musicale de la Trinité-des-Pèlerins. Cette pièce, perdue depuis plus d’un siècle par suite des bouleversements politiques et religieux de l’Italie, vient d’ôtre retrouvée au British Muséum de Londres. Elle est intitulée : Duetto fra l'anima e Gesïi Cristo, Dialogue entre l’âme et Jésus, par le R. P. don Alphonse de Liguori, recteur majeur du T.-S.-Rédempteur, 1760. Le manuscrit porte deux corrections qui sont indubitablement de la main de l’auteur. C’est bien l’œuvre dont parle Tannoia, œuvre qui dénote un artiste au double point de vue de la musique et de la poésie.
Le sujet de cette composition vraiment dramatique, c’est une rencontre de l’âme avec Jésus allant au Calvaire. Après quelques mesures d’une introduction grave et majestueuse, l’âme, agitée, vivement émue, entre en scène par cette apostrophe indignée contre Pilate :
Juge inique, plusieurs fois tu as déclaré mon Seigneur innocent, et maintenant tu le condamnes, comme un criminel, h mourir sur un gibet. Barbare, pourquoi l’as-tu fait tlageller si tu voulais ensuite le condamner à mort? Mieux valait le livrer de suite à ses féroces ennemis, puisque tu leur abandonnes la sainte victime !
Ces reproches se succèdent rapidement et avec une gradation que le chant fait ressortir. La voix monte, le cœur s’émeut, quand tout à coup le chœur d’instruments annonce une nouvelle scène. On entend le bruit* lointain des soldats et les cris de la populace qui accompagne le Sauveur au Calvaire.
O Dieu! qu’entends-je? s’écrie l’âme; d’où viennent ces bruits d’armes, ces cris, ces plaintes? quel est ce son terrible, lugubre? Hélas!