‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 22 sur 227 · I. Parce que le temps en a effacé les couleurs · texte numérisé non relu

I. Parce que le temps en a effacé les couleurs

LES APPELS MYSTÉRIEUX

séculiers, religieux, suivirent son exemple. Comme toute la ville, informée de sa présence, désirait entendre Téloquent prédicateur, l'évêque lui proposa de prêcher une neuvaine en l’honneur de la miraculeuse Image. Alphonse refusa d’abord, alléguant qu’il n’avait pas mission de ses supérieurs pour évangéliser Foggia; mais le prélat lui ayant répondu qu’en pareil cas on devait présumer l’autorisation, et que d’ailleurs il prenait sur lui toute responsabilité, Alphonse s’inclina devant cette décision et commença la neuvaine. Dès l’ouverture, l’église devint trop étroite pour contenir la foule des auditeurs. On fut obligé les jours suivants d’établir la chaire en dehors du saint lieu. Les prédications amenèrent une telle abondance de pénitents qu’on dut avoir recours à tous les confesseurs des environs. Non content de convertir les pécheurs, le zélé missionnaire tonna contre les occasions de péché, de manière à opérer une véritable réformation des mœurs et d’assurer ainsi la persévérance des convertis.

A six milles de Foggia, dans un bois écarté, s’élève un sanctuaire de Marie, honorée sous le vocable de la Vierge à la Couronne. Le dernier samedi d’avril, de nombreux pèlerins y allaient faire leurs dévotions, et le lendemain ils se livraient à de véritables bacchanales. C’était durant toute l’octave un scandale. Après l’avoir énergiquement flétri, Alphonse annonça qu’il bénirait toute la population, excepté pourtant ceux qui se préparaient à déshonorer le sanctuaire de la Madone. Aucun habitant de Foggia ne voulut encourir cet anathème, d’où il arriva que, malgré l’entrainement de la coutume, les divertissements criminels n’eurent pas lieu cette année.

La Vierge miraculeuse aida singulièrement son bien-aimé serviteur durant cette neuvaine. Les apparitions de l’année précédente se renouvelèrent plusieurs fois à la vue de tous les auditeurs, et en particulier du missionnaire, qui ne pouvait en détacher ses yeux. Un soir après le sermon, pour contenter sa piété et voir le tableau de plus près, il gravit les marches de l’autel. Pendant qu’il contemplait la pieuse Image, la Vierge Marie lui apparut tout à coup et le jeta dans un ravissement qui dura près d’une heure. Quand il revint à lui, ne pouvant contenir l’élan de sa joie, il entonna Y Ave, maris Stella , que les trente témoins de cette scène continuèrent avec lui. Les traits de l’apparition s’imprimèrent si bien dans son esprit que, le lendemain, ayant appelé un peintre, il le mit à même, par sa description, de les reproduire sur la toile L

1. Cette peinture existe encore dans notre maison de Ciorani, ou du moins elle existait avant l'envahissement du royaume de Naples par les troupes piémontaises.

SUPRÊME APPEL

Quarante-cinq ans après, il fut question de couronner la Vierge miraculeuse. On pria le missionnaire d'autrefois, alors évêque de Sainte-Agathe des Goths d’attester le miracle dont il avait été témoin : « Nous déclarons sous la foi du serment, écrivit-il, qu’en l’année 1732 , pendant que nous annoncions la parole sainte dans la ville de Foggia, nous avons vu plusieurs fois et en des jours différents, la face de la très sainte Vierge Marie apparaître dans le tableau connu sous le nom de la Vieille-Image. La Vierge avait les traits d’une jeune fille de treize à quatorze ans. Sa tète était couverle d’un voile blanc, son visage saillant et mobile comme celui d’une personne vivante. Nous ne pouvions considérer cette céleste apparition sans verser des larmes d’attendrissement. Nous attestons de plus que nous n’avons pas été le seul témoin de ce prodige : il a été vu de tout un peuple qui, par ses cris etses larmes, se recommandait à la Mère de Dieu. »

Le cœur embaumé de ce doux et ineffable souvenir, Alphonse entreprit un second pèlerinage, que depuis longtemps il désirait faire. A huit lieues de Foggia, le mont Gargan dresse ses cimes pittoresques à cinq mille pieds au-dessus de l’Adriatique. Sur ces rocs majestueux apparut, il y a quinze cents ans, l’archange saint Michel, et lui-même traça l’emplacement du sanctuaire qu’on devait élever en son honneur. C’est là que, de siècle en siècle, les peuples sont venus réclamer sa protection. Aujourd’hui encore, quand revient le 8 mai, la fête de l’Apparition, des milliers de pèlerins, suivant l’exemple de leurs pères, gravissent en chantant des cantiques les crêtes escarpées de la montagne pour s’agenouiller et prier devant l’autel du grand archange. Le pieux missionnaire ne pouvait s’éloigner de ces contrées sans visiter à son tour le sanctuaire de saint Michel, l’un des patrons de son baptême, l’insigne protecteur des chrétiens, pour lequel il professait et professera toujours une singulière dévotion.

En passant à Manfredonia, il reçut la visite de l’archevêque, du chapitre, et de plusieurs gentilshommes, qui, après l’avoir complimenté, le supplièrent de leur accorder une neuvaine de prédications, comme il l’avait fait à Foggia; mais, n’ayant aucun mandat de ses supérieurs, il ne crut pas devoir accéder* à leurs instances « Dieu veuille, dit-il à l’archevêque, que ma condescendance à l’égard du peuple de Foggia, ne passe point à Naples pour une désobéissance qui mérite châtiment! »

Le lendemain, il gravissait les pentes abruptes du Gargan, puis célébrait l’auguste sacrifice sur l’autel dédié à l’archange. A son

LES APPELS MYSTÉRIEUX

angélique piété, à son recueillement qui tenait de l’extase, les assistants auraient pu le prendre pour un esprit céleste venant icibas rendre hommage au chef des milices sacrées.

Pauvre Alphonse ! il avait bien raison de se placer, avant de retourner à Naples, sous l’égide du puissant antagoniste de Satan. Le moment était venu où l’enfer allait se déchaîner contre lui et contre l’œuvre rédemptrice dont il devait être le fondateur.

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