‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 26 sur 227 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE SCHISME

Alphonse et le cardinal I’ignatelli. — Ressentiment de la Propagande. — Alphonse en est exclu. — Le cardinal prend sa défense. — Calme apparent à Scala. — Mission de Trainonti. — Nouvelles divisions. — Marie-Céleste se soustrait à la direction de Falcoia. — Lettre d’Alphonse sur ce sujet. — La crise. — Séparation. — Abattement d’Alphonse. — Visite à Castellamare. — Marie-Céleste exclue du couvent. — Desseins cachés de la Providence.

On pourrait comparer la vie d’Alphonse au couvent de Scala à celle des anachorètes du désert. Il passait son temps libre aux pieds de Dieu dans de pieuses lectures et de saintes oraisons. Après une préparation souvent très longue, il célébrait la messe avec la piété d’un ange. Sou action de grâces durait des heures entières. Ses visites au saint Sacrement, qui se renouvelaient fréquemment, l'enflammaient de l’amour divin et l’unissaient si étroitement à l’hôte du tabernacle qu’il ne le quittait jamais sans regret. Afin de ressembler à Jésus crucifié, il ne reculait devant aucune mortification. Une nourriture extrêmement mal préparée par Vitus, qui s’entendait mieux à manier l’épée qu’à faire la cuisine, lui paraissait encore trop délicate. Il trouvait moyen de l’empoisonner en mêlant à tous les mets de l’aloës et de la myrrhe. Souvent son repas consistait en un potage grossier, et encore le prenait-il à genoux ou assis par terre, portant une pierre suspendue au cou comme un criminel. Le samedi, pour honorer sa mère Marie, il jeûnait au pain et à l’eau. Il portait un cilice, des chaînettes de fer, des croix armées de pointes aiguës qui lui déchiraient les chairs. Deux fois la semaine il se donnait la discipline jusqu’au sang. Plus avide de souffrances que les mondains de voluptés, il suivait avec ardeur le seul chemin qui mène de la terre au ciel : le chemin de la croix.

Ses collègues, entraînés par son exemple, bien que divisés sur la

LE SCHISME

question des règles, lui restaient unis dans un même esprit de ferveur et de renoncement. Tosquez, alors à Naples, leur exprimait son vif regret de ne pouvoir s’associer à leurs mortifications. « Vous êtes bien heureux, leur écrivait-il, vous qui souffrez pour Jésus- Christ la faim et le froid, surtout en cette saison rigoureuse. Je suis indigne, mon cher Alphonse, de partager votre bonheur. Le Seigneur ne veut pas encore satisfaire mon brûlant désir de vivre avec vous et comme vous. Il veut purifier l’ardeur de mon inclination, et moi je veux faire sa sainte volonté »

Le soin de sa propre sanctification n’empêcha pas Alphonse de travailler à sanctifier la population de Scala. Il introduisit dans la cathédrale la très salutaire coutume de faire tous les matins la méditation au peuple et tous les soirs la visite au saint Sacrement et à la sainte Vierge. Le jeudi il prêchait sur le sacrement de l’autel, et le samedi sur les gloires de Marie. Les dimanches et jours de fête, Lun des pères rappelait aux cbréliens les vérités à croire et les devoirs à remplir. Diverses confréries destinées aux gentilshommes, aux jeunes gens, aux jeunes filles, recevaient chaque dimanche une instruction spéciale. Aussi en peu de temps la ville changea de face : les jeunes filles firent l’admiration de la contrée, et la vertu brilla d’un tel éclat qu’elle força les libertins à dissimuler leurs vices. L’évêque Santoro ne savait assez remercier le ciel de lui avoir envoyé, pour régénérer son troupeau, de zélés missionnaires. Déjà même des diocèses voisins on demandait des missions et des fondations. Il ne faut pas s’étonner si l’ennemi de Dieu et des âmes va remuer ciel et terre pour ruiner la petite communauté, source de si grands biens.

Vers la fin de novembre, c’est-à-dire quelques jours après les conférences de Scala, Alphonse se rendit à Naples, où il devait prêcher, durant l’avent, avec ses confrères de la Propagande, une mission à l’Annunziata. Il profita de son séjour dans la capitale pour conférer avec l’archevêque et les supérieurs de la société sur la situation que lui créait son nouvel état de vie.

Le cardinal Pignatelli le reçut affectueusement, mais non sans lui reprocher doucement la rareté de ses visites. Et comme Alphonse alléguait pour s’excuser les nombreuses occupations du cardinal, le bon vieillard lui répondit : « U y a place ici pour vous comme pour tout autre. » Encouragé par ce gracieux accueil, Alphonse expliqua la décision qu’il venait de prendre et comment il avait quitté Naples pour se dévouer au salut des pauvres âmes abandonnées. A cette

Page 1