Lettre du 21 décembre
APOTRE ET FONDATEUR
nouvelle, le front de l’archevêque se- rembrunit. Il ne put dissimuler sa tristesse en voyant que le modèle de ses prêtres, et sans contredit le premier de ses missionnaires, abandonnait son diocèse. Afin de le détourner de ce projet, il lui représenta les services éminents que Naples attendait de lui, tant à cause de sa position dans le monde que grâce à l’influence acquise sur le clergé et les fidèles. L’œuvre à laquelle il voulait consacrer sa vie était excellente sans doute, mais n’allait-il pas aboutir à un échec et tomber ainsi dans le discrédit de ceux qui commencent un édifice sans pouvoir l’achever? Alphonse objecta au cardinal la raison de conscience, qui doit primer toutes les autres. Ses directeurs avaient parlé : son devoir, disait-il, était d’obéir. Le vertueux prélat n’en continua pas moins à exhaler sa douleur, mais il avait assez de grandeur d’âme pour comprendre le devoir, et même pour protéger celui qui ne reculait pas devant un sacrifice héroïque quand il s’agissait de la volonté de Dieu. Alphonse emporta de cette audience la conviction que l'archevêque soutiendrait son œuvre contre ses détracteurs L
Ce lui fut une immense consolation, car il n’y avait qu’une voix à Naples pour le blâmer. Son départ avait surexcité tous les esprits, et révolté ses anciens confrères. Aussi, quand il se présenta devant Tomi, Gizzio et d’autres membres influents de la Propagande pour solliciter la grâce de rester associé de la congrégation et de conserver les revenus de la chapellenie qu’on lui avait octroyée en reconnaissance de ses services, il lui fut répondu que sa requête serait difficilement admise. Son exode de Naples avait gravement offensé ses collègues : comment les empêcher de manifester leur juste ressentiment en le rayant du cadre des sociétaires et en le dépouillant, par voie de conséquence, d’une chapellenie à laquelle il n’avait plus droit puisque, d’après l’intention des donateurs, les bénéfices doivent appartenir à ceux qui en supportent les charges. Ce raisonnement spécieux était contredit par les faits. Plusieurs membres de la Propagande, moins méritants qu’Alphonse, avaient cessé d’être membres actifs et conservé néanmoins leurs titres et bénéfices. Alphonse n’insista point pour le moment, mais il résolut de faire valoir ses droits quand les passions se seraient calmées. Il comptait du reste sur la justice de l’archevêque, qui déciderait en dernier ressort, et aussi sur l’amitié de Torni, qui, loin de partager l’animosité de ses confrères contre le saint fondateur, l’aidait de ses conseils et de ses encouragements.