‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 28 sur 227 · Chronique de Joseph Landi · texte numérisé non relu

Chronique de Joseph Landi

LE SCHISME

Après la mission très fructueuse de l’Annunziata, qu’ Alphonse prêcha conjointement avec plusieurs de ses anciens collègues, Torni crut sans doute que ceux-ci ne donneraient point de suite à leur projet d'exclusion. On peut le conclure d'une lettre qu'il adresse au saint à propos de ses difficultés et de ses tristesses : « Je n’ai pu retenir mes larmes à la pensée des contrariétés qui vous accablent. Le Seigneur, que je ne cesse de prier pour votre œuvre, vous donnera, j’en ai la ferme confiance, la force d’âme dont vous avez besoin au milieu des tribulations par lesquelles il plaît à sa très sage Providence de vous éprouver. Dieu vous donnera également les lumières nécessaires pour vous éclairer sur ses desseins. »

Le bon chanoine rassure ensuite Alphonse sur ses dispositions. « Je ne nourris contre vous, croyez-le, aucune pensée d’hostilité ou d’aversion. Je regarderais ce sentiment comme une impiété. Vous savez du reste combien je vous aime. Loin de s’affaiblir, mon amitié pour vous ne fait que s’accroître. Écrivez-moi donc quand il vous plaira : vos lettres me seront toujours chères. Notre congrégation ne peut cesser de vous reconnaître pour un de ses dignes enfants. On n’a pas jusqu’ici agité la question de votre chapellenie, et d’ailleurs on n'entreprendra rien contre vous sans l’ordre exprès de notre éminentissime archevêque. Soyez persuadé que, si cela dépend de moi, il ne sera pris aucune mesure qui vous soit préjudiciable. »

Quant aux règles de l'institut, au sujet desquelles Alphonse avait aussi demandé ses conseils, Torni ajoutait : « J’espère qu’après les avoir examinées devant Dieu, on tiendra compte de mes observations, et que vous recevrez l'approbation du Saint-Siège. Ainsi appuyée et fondée supra firmam petram , votre œuvre sera durable l. »

En écrivant cette lettre rassurante, le chanoine Torni n’avait consulté que son bon cœur. Il ignorait jusqu’à quels excès devait s’emporter l’orgueil blessé de ses confrères. Se croyant trahis et méprisés par celui qu’ils appelaient un déserteur, ils ne cessaient d’invectiver contre lui et de réclamer le châtiment que méritait sa faute. Puisqu’il les avait indignement abandonnés, ils se croyaient en droit de l'expulser et de lui enlever la chapellenie dont on avait récompensé son zèle d'autrefois. Ils en vinrent à un tel état d’exaspération que Torni se vit obligé, malgré son vif regret, de

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