Lettre du 20 décembre
APOTRE ET FONDATEUR
convoquer une assemblée pour délibérer sur cette double question.
Le 23 février 1733, jour fixé pour cette délibération, tous les associés, cédant à leur aveugle colère, votèrent comme un seul homme, au scrutin secret, l’exclusion d’Alphonse et le retrait de la chapellenie. Un des membres les plus influents, avant de procéder au vote, s’écria au milieu de rassemblée : « Je n’ai jamais voté la peine capitale contre un membre de la congrégation, mais aujourd’hui qu’il s’agit d'humilier un superbe, je la vote de tout cœur. » Et il déposa dans l’urne une boule noire à la vue de tous les assistants. Le témoin qui raconte cet acte fanatique, n’a pas donné le nom du coupable, mais on peut l’attribuer sans témérité au chanoine Gizzio, qui ne pardonna jamais à son parent d’avoir pris, sur la question de sa vocation, d’autres avis que les siens. « Cette scène, ajoute un peu emphatiquement le même témoin, me parut une image du jugement dernier. »
C’était si peu le jugement dernier que la sentence fut immédiatement invalidée par le cardinal Pignatelli. Après la séance, le chanoine Torni, entouré des principaux membres de l’assemblée, se présenta devant le vénérable prélat pour lui notifier la décision qui venait d’intervenir. Le cardinal en témoigna le plus vif chagrin. « Pourquoi recourir, leur dit-il, à ces résolutions extrêmes? De deux choses l’une : ou Dieu bénira l’entreprise d’Alphonse, et ce sera pour vous une grande gloire; ou Dieu lui refusera sa bénédiction, et l’on dira de votre excellent collègue qu’il a tenté sans succès une très bonne œuvre. Dans les deux cas, je ne vois rien qui puisse entacher votre honneur. Au reste, ajouta-t-il d’un ton très décidé, je suis le supérieur de votre congrégation et j’entends que don Alphonse, réintégré dans vos rangs, continue à jouir des revenus de sa chapellenie. Je défends qu’il soit désormais exercé sans mon consentement aucune autre poursuite contre lui. » Les députés se retirèrent la tête baissée, mais plus aigris que jamais contre l’innocente victime qui leur valait cette semonce et cette humiliation.
Le chanoine Torni ne manqua pas d’annoncer à son protégé les résultats de cette orageuse journée. « Je fis valoir, lui écrivit-il, les raisons qui militaient en votre faveur, mais l’on passa outre et l’on vota votre exclusion à l’unanimité. » Il lui raconta ensuite comment, sur son rapport à l’archevêque, celui-ci avait annulé le décret de l’assemblée : « Je crois, ajoute le bon chanoine, avoir fait tout le possible; et, pour vous prouver mon affection, je vous promets de vous défendre de mon mieux, tant que je serai supérieur.
LE SCHISME
Après moi, daigne le Seigneur mettre les mêmes sentiments dans le cœur de celui qui me remplacera1. »
On s'imagine aisément l'impression douloureuse que dut éprouver, à ce récit, le cœur sensible de notre saint. Ainsi ses confrères bien-aimés l’avaient, à l’unanimité, renié, dépouillé, chassé comme un traître et un transfuge ! Et cela devant toute la ville de Naples, sans considération pour sa famille , pour son pauvre père si susceptible sur le point d'honneur! Le cœur brisé, il remercia l’archevêque et le chanoine Torni de leur charitable intervention en sa faveur; puis, se jetant aux pieds de Jésus agonisant, il s’écria comme lui : « Mon Dieu, que votre sainte volonté soit faite! »
Heureusement, pour se consoler de ces amertumes venues du dehors, il put croire un instant, dans ces premiers mois de 1733, qu’à l’intérieur il arriverait à la pacification des esprits. Ses compagnons partageaient leur temps entre la prière et le travail. Les missions de campagne allaient commencer, et chacun se préparait à ce nouveau ministère. « Le pauvre don Vincent (Mandarini), écrivait Alphonse à Falcoia, travaille de toutes ses forces à composer les instructions que je lui ferai prochainement prêcher à nos montagnards. » Tosquez lui donnait bien encore quelque inquiétude, mais Falcoia, qui croyait l’avoir converti, écrivait à son sujet des lettres rassurantes. « Il viendra vous voir, disait-il, pendant votre mission, et ce sera pour vous une consolation de l'entendre. »
Alphonse évangélisait à cette époque les environs de Tramonti, en compagnie de Donato, de Mandarini, et de Vitus Curzius, leur fidèle serviteur. C’était la première mission donnée par les pères du Saint-Sauveur, ainsi qu’on les appelait alors. Dans les trois localités où ils se rendirent, Prete, Campinola et Ieta, les campagnards accoururent en foule pour les entendre. « Je savoure d’ici, leur écrivait Falcoia, la bonne odeur de vos prédications. Que ne puisje, mon cher Alphonse, travailler avec vous! Je serais au comble du bonheur si je pouvais seulement nettoyer vos chaussures. Du moins je suis de cœur à vos côtés, et je demande à Dieu de bénir vos labeurs. »
Tosquez vint en effet de Naples faire visite à ses compagnons. Pendant les quatre jours qu’il leur consacra, chacun fut frappé du changement qui paraissait s’être opéré en lui. Alphonse se trouva en présence d'un homme modeste, plein de respect pour ses supérieurs et d’estime pour sa vocation. Il en conçut une telle joie qu’il