I. Lettre du 23 féfrier
APOTRE ET FONDATEUR
écrivit sur-le-champ à la sœur Marie-Céleste pour l’exhorter à se soumettre humblement aux volontés de son directeur. Comme il lui avait plusieurs fois reproché son opposition , il s’efforce dans cette lettre de regagner sa confiance.
« Dieu a permis nos divisions, dit-il, pour un plus grand bien. Les choses paraissent maintenant en bonne voie. Notre union avec don Silvestre, aussi étroite qu’auparavant, m’en est une preuve. Néanmoins une épine me reste dans le cœur, sœur Céleste. Depuis que ces contestations se sont élevées entre nous, vous ne m’avez pas écrit une ligne qui respire vraiment l’humilité, cette vertu que je voudrais voir briller dans une âme aussi unie à Dieu que la vôtre. Je vous ai traitée sévèrement, c’est vrai; mais n’est-il pas utile d’humilier ceux que Dieu comble de ses faveurs, et surtout un esprit absolu comme le vôtre, attaché plus qu’il ne faut à son propre sens? Je n’ai jamais incriminé votre volonté; je ne m’en suis pris qu’à votre jugement. D’ailleurs si le défaut de réflexion ou un zèle indiscret m’ont entraîné trop loin, je suis prêt à vous en demander pardon. "Je prie Dieu tous les jours de vous accorder la parfaite humilité. Demandez la même grâce pour moi, car je ne veux pas résister davantage aux pressants appels de Dieu. Donnons-nous entièrement à Jésus-Christ, mais, sans l’humilité, ni vous ni moi n’arriverons à rien. Don Silvestre nous rejoindra bientôt, et tout s’arrangera pour la plus grande gloire de Dieu. »
Dans cet espoir, la mission de Tramonti terminée, Alphonse commença les prédications du carême à Scala; mais il lui fut bientôt facile de comprendre que ce carême le conduirait à la voie douloureuse, et peut-être au calvaire. Sous le calme apparent qui l’avait trompé, les mêmes causes de discorde et de ruine existaient toujours. Il s’agissait entre eux non de questions indifférentes mais de l’organisation de l’institut, par conséquent d’un fait qui intéressait au plus haut point la gloire de Dieu et le salut des âmes. Sur ce point capital, chacun se croyait obligé de défendre en conscience ce qu’il croyait être la vérité. Tout en rendant hommage aux mérites et à la sainteté de l’évêque de Castellemare, Mandarini, Tosquez et Donato n’admettaient nullement ses interprétations de la règle révélée à Marie-Céleste ; et comme, après tout, Dieu n’avait pas chargé l’évêque de Castellamare de diriger l’institut, non seulement, disaient-ils, les associés ne sont pas tenus de lui obéir, mais ils ne peuvent, en conscience, accepter sa direction.
Sans aller si loin, Marie-Céleste croyait aussi que, vu sa manière d’interpréter la règle, les directions de Falcoia seraient fatales au
LE SCHISME
nouvel institut. « Aussi longtemps, dit-elle, qu’on délibérait pour savoir si les révélations avaient Dieu pour auteur, je me crus obligée au silence; mais l’œuvre ayant été déclarée divine, je crus devoir résister, dans l’exécution de cette œuvre, aux entreprises qui me paraissaient entraver ou dénaturer les desseins de Dieu; non pas pour me faire valoir, ce que j’ai en horreur, mais par respect pour la vérité »
Cette situation devait nécessairement amener une crise. Elle s’ouvrit par la très grave résolution que prit la sœur de ne plus confier à Falcoia la direction de sa conscience, résolution qu’elle motive en ces termes: « Outre les lumières que le Seigneur me donna sur ce point, j’avais depuis longtemps le désir de me choisir un autre directeur, et cela pour les raisons suivantes. Depuis cinq ans, c’est-à-dire depuis que je manifestai à M*r Falcoia les communications divines relatives à l’institut, toujours il vécut dans de grandes perplexités à mon égard. Son esprit resta dans l’obscurité relativement aux voies par lesquelles Dieu me conduisait, d’où je conclus qu’il n'était plus pour moi le canal des volontés divines. Ensuite tout ce que je lui disais avec simplicité, dans la candeur de mon àme, il l’interprétait d’une manière sinistre, tout à fait contraire à ma pensée, ce qui me jetait dans un abîme de troubles et d’afflictions. Et comme il ne voyait plus clair dans mon intérieur, je compris qu’il ne pourrait jamais me procurer le repos après lequel j aspirais. Je lui demandai donc l’autorisation de consulter un autre directeur, surtout quand il s’agirait de faits importants, mais il me le défendit formellement. Il attribuait ce désir à mon orgueil et me disait des choses qui me faisaient pleurer jour et nuit. Cependant je ne m’ouvris à personne jusqu’au moment où je vis mon directeur opposer aux lumières données par Dieu sur l’institut des doutes et des difficultés qui jetèrent la division parmi ceux qui devaient en faire partie. Alors, après mûre considération et sans autre intention que de plaire à Dieu et de procurer le repos à mon àme, je crus devoir chercher d’autres conseils pour me guider ‘2. »
Cette détermination de Marie-Céleste mit Alphonse dans une véritable désolation. Il portait un immense intérêt à cette âme comblée des dons les plus précieux, et dont Dieu s’était servi pour lui faire connaître sa vocation. D’un autre côté, cette démarche de la sœur allait doubler les forces de ses compagnons dans leur opposition à Falcoia. 11 employa tous les moyens pour la faire revenir sur