CHAPITRE IV
LA « VILLA DES ESCLAVES »
La ville de Cajazzo. — L’évèque Vigilante. — La villa des Esclaves. — Le jeune Rossi.
— Vocation instantanée. — Un acte de fondation. — Renouvellement de mission à Cajazzo. — Mission de Dragoni. — Alphonse s’établit à la « Villa des Esclaves •.
— Exercices populaires. — Les ouvriers volontaires. — Anne Perella. — La vie mortifiée. — Jeûne du samedi. — Les inlidèles du Cap de Bonne-Espérance. — Consultation à leur sujet.
La ville épiscopale de Cajazzo, qui comptait au siècle dernier environ huit mille âmes, s’élève sur une montagne d’où l’œil découvre, dans un immense panorama, les vingt-cinq ou trente bourgs et villages du diocèse. En mai 1732, Alphonse y avait prêché, avec ses confrères de la « Propagande, » une mission qui avait remué toute la contrée. L’évêque Vigilante, homme vraiment apostolique, lui voua dès lors une amitié qui ne se démentit jamais. Leurs entretiens intimes pendant la mission amenèrent notre saint à lui révéler son projet de fonder un nouvel institut en faveur des Ames abandonnées, projet qui fit tressaillir l’évêque, dont les ouailles, dispersées à travers les montagnes, avaient grandement besoin d’un pareil secours. Ils convinrent qu’après la fondation de Scala, les missionnaires s’établiraient dans un village, appelé la Villa des Esclaves.
Vigilante portait bien son nom. Avant même que l’institut existât, il rappelait à Falcoia les promesses du fondateur. « Ayez pitié de mon diocèse, ajoutait-il. On y trouve plus que partout ailleurs des âmes dépourvues de tout secours spirituel. On y prêchera facilement et fréquemment des missions qui produiront des fruits abondants. Si mes montagnards ont l'écorce un peu rude, ils sont au fond très maniables et très avides de la parole de Dieu. J’ose
APOTRE ET FONDATEUR
donc espérer, sinon la première, du moins Y une des premières maisons du futur institut *. »
Quand la maison de Scala fut à peu près sur pied, l’intrépide Vigilante revint à la charge. C’était en février 1733 , alors que les compagnons d’Alphonse menaçaient de l’abandonner. On lui répondit de prendre patience, parce que l’enfer faisait rage contre le nouveau-né. La débâcle arrivée, au lieu de se désespérer, l’évêque de Cajazzo écrivit au saint fondateur que le moment était venu de réaliser sa promesse et qu’il l’attendait incessamment pour visiter avec lui la « Villa des Esclaves ».
Alphonse ne put résister à tant d’instances. Il se rendit à Cajazzo, et de là au village où devait se faire la fondation. La « Villa des Esclaves, » l’antique Sclavia , comptait environ cinq cents âmes. Vigilante proposait de céder aux missionnaires un ermitage et une chapelle dédiée à la sainte Vierge. C’est dans cet ermitage, au dire des antiquaires, que l’illustre saint Anselme écrivit la plus grande partie de son célèbre et savant ouvrage : Car Deus Homo 2. Merveilleux dessein de la Providence! Cinq siècles après saint Anselme, l’ermitage béni devait abriter un des plus saints contemplateurs de l’Homme-Dieu. Alphonse trouva ce lieu parfaitement adapté à son œuvre. Situé entre les quatre diocèses de Càjazzo, de Capoue, deCaserta et de Capodimonte, Villa était en effet pour des ouvriers évangéliques le centre d’un vaste champ de travail. De plus les prêtres des environs désiraient ardemment voir s’y établir des auxiliaires dont ils avaient tant besoin. L’un d’eux, doué des biens de la fortune, s’engageait même à payer, ce qui n’était pas à dédaigner, tous les frais d’appropriation et d’agrandissement.
Ce généreux donateur, Xavier Rossi, appartenait à une famille patricienne de Capoue. Élevé par ses parents dans la crainte de Dieu, il avait étudié les belles-lettres à Naples sans rien perdre de sa piété. Resté dans sa famille, il résolut bientôt de quitter le monde et d’embrasser l’état ecclésiastique. Pour le détourner de ce dessein, le démon le plongea dans une mer de scrupules, mais il triompha de cette tentation par une obéissance aveugle à son directeur. L’évêque venait de lui conférer les ordres sacrés quand Alphonse prêcha la mission de Cajazzo. Témoin de son zèle ardent, il lui communiqua le projet de doterle diocèse d’une maison de missionnaires. Xavier accueillit la nouvelle avec joie, offrit de consacrer à cette