‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 45 sur 227 · Relinquant mortuos sepelire mortuos suos · texte numérisé non relu

Relinquant mortuos sepelire mortuos suos

LE PROBLÈME DU RECRUTEMENT

pris le pieux novice, son père, après force injures et récriminations contre les missionnaires, finit par assaillir la maison de Villa à la tête d’une bande de gens armés. Michel s’évada pendant la nuit et se cacha quelque temps à Naples, priant Dieu de lui faire connaître sa volonté. Alphonse se rendit de son côté dans la capitale pour plaider la cause du jeune persécuté près du roi et du cardinal, mais ce dernier lui conseilla de le renvoyer dans sa famille afin d’éviter les excès scandaleux auxquels le père aurait pu se livrer. « J’y consens, dit Alphonse, mais sa victoire lui coûtera cher. » En effet, à peine Michel fut-il de retour à la maison, que son frère aîné mourut. Ce terrible châtiment ouvrit les yeux au malheureux père : « J’ai «enlevé à Dieu un de mes fils, s’écria-t-il, et Dieu m’enlève l’autre. » Michel quitta ainsi le noviciat sans aucune faute de sa part, et c’est pourquoi Dieu lui continua ses grâces. Après avoir travaillé toute sa vie au salut des âmes, il mourut en odeur de sainteté.

Julius Marocco, également persécuté par sa famille, ne put se soustraire à des importunités capables d’ébranler sa vocation, qu’en s’enfuyant à Scala. Sa mère étant tombée malade, il lui fit visite au mois d’août, résista courageusement à toutes les tentations, et n’hésita point, quand elle fut hors de danger, à reprendre le chemin de Scala. Cinq ans il y resta fidèle, puis l’amour du pays et de la famille lui troubla le cœur, et nous le verrons en 1740 abandonner la congrégation.

Deux ou trois jeunes gens persévérèrent jusqu’à la fin du noviciat, mais, au moment de commencer leurs études, entraînés par les séductions qui avaient fasciné leurs condisciples, ils quittèrent aussi le couvent pour rentrer dans leur famille, en sorte qu’Alphonse, après un an de soucis et de labeurs, se retrouva seul avec Rossi et Mazzini. On se figure sa peine en voyant se faner ainsi toutes ces fleurs qu’il avait cultivées avec tant de soin. Il était donc écrit que l’institut recruterait difficilement des sujets. Les hommes courageux se heurteraient aux exigences canoniques; l’inconstance, la légèreté, les vues intéressées, l’attachement à la famille éloigneraient les àmesde trempe ordinaire. Seuls, des hommes de Dieu comme ses trois compagnons, Sarnelli, Mazzini, Rossi, trouveraient en eux assez d’énergie pour rester jusqu’à la mort apôtres au dehors et chartreux à la maison. Or l’on ne peut se dissimuler que ces vrais imitateurs de Jésus-Christ constituent de rares exceptions. Pour se consoler des tristesses qui l’envahissaient, Alphonse s’abandonnait Aveuglément à la volonté de Dieu, puis recourait au père spirituel que

APOTRE ET FONDATEUR

la Providence avait chargé de le soutenir au milieu de ses tribulations. Rien de plus admirable que les sereines réponses de Falcoia dans ces conjonctures douloureuses. « Mon cher Alphonse, écrivaitil le 5 octobre après les premiers départs, votre résignation me console plus que ne ferait l’arrivée de dix excellents sujets. Ne pressons personne d’entrer dans l'institut : la vocation vient de Dieu qui connaît ses élus . Moins nous mettrons du nôtre dans une affaire de vocation, mieux ce sera. Nous ne pouvons que prier la majesté divine de nous envoyer ceux qxielle a résolu d envoyer. Selon l’invitation du divin Sauveur, priez le Maître de la moisson d’envoyer des moissonneurs . »

L’évêque de Castellamare ajoutait ces saintes et prophétiques paroles : « Adorons, mon cher aini, les décrets divins. Servons Dieu et abandonnons-lui le soin de tout ce qui nous concerne. Ces départs successifs n’ont pas seulement effleuré mon âme. De notre humiliation, voulue par Dieu, sortiront de beaux fruits, comme du grain pourri dans la terre sort un épi magnifique. De la chair de Jésus broyée sur le Calvaire sont nés tous ces saints qui ont réjoui l’univers, le paradis, et Dieu lui-même. Remercions le Sauveur, qui nous humilie avec lui pour que nous puissions fructifier à son exemple. » Le saint vieillard raconte alors un prodige arrivé à Castellamare, le jeudi de Pâques, dans une communauté 1 de jeunes filles dont il était le fondateur. Celles-ci portaient en procession une grande croix que leur avait donnée le père Sarnelli, quand tout à coup, au moment où les assistants s’agenouillaient pour prier, la jeune fille qui portait la croix, sans trop savoir comment, cessa de la soutenir. La croix resta debout, sans aucun appui, l’espace de trois heures, à la stupéfaction de tous les spectateurs. « Mon cher Alphonse, continue l’évêque, quelle est la signification de ce miracle? — Cela veut dire que le drapeau du divin capitaine est arboré, et que nous, ses soldats, nous devons marcher à sa suite, crucifiés comme lui. Cette leçon, Dieu la donne à ces pauvres enfants, mais bien plus aux membres de notre institut, qui doivent porter le saint nom de Jésus et l’étendard de la croix, sinon à toutes, du moins à diverses nations du globe 2. »

C’était la troisième fois que l’évêque de Castellamare prédisait la diffusion de l’institut à travers le monde. 11 est difficile de ne pas y voir une véritable prophétie, car, chose remarquable, le saint vieil-

1. Celte communauté avait pour supérieure la sainte mère de Sportelli, assistée de Marie, la pénitente d’Alphonse si cruellement éprouvée, comme on l a dit plus bas.

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