‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 48 sur 227 · Corresp. gener · texte numérisé non relu

Corresp. gener

LE RÉGALISME A NAPLES.

dire sans connaître assez les deux personnages qui venaient de s'installer tout récemment au palais royal de Naples : le roi don Carlos et son ministre Tanucci , deux personnages appelés à jouer un grand rôle dans l’histoire que nous écrivons.

L'an 1732, alors que l’héritier des Liguori quittait Naples pour l’ermitage de Scala, don Carlos, fils de Philippe V, roi d’Espagne, quittait sa patrie pour prendre possession de la Toscane, qui lui était échue en partage par suite d'un traité international. A son départ, ce prince de quinze ans s’agenouilla devant son père, qui le bénit en présence de toute la cour et lui mit en main une épée enrichie d’or et de diamants. « Mon fils, lui dit-il, voici l’épée que m’attacha au côté mon aïeul Louis XIV quand il m’envoya conquérir le trône d’Espagne : puisse-t-elle sans de trop longs combats assurer votre fortune! » Deux ans après, profitant de nouvelles dissensions entre l’Espagne et l’Autriche, don Carlos tira son épée, traversa les Romagnes à la tête d’une puissante armée, battit les Autrichiens, et s’empara de Naples, où il fit son entrée le 10 mai 1734. Peu après il chassait les impériaux de Gaëte et de Capoue, où ils s’étaient renfermés, et enfin de toute la Sicile. En 1735, à la signature de la paix, maître du royaume de Naples, il substituait la domination espagnole à la domination autrichienne, qui avait duré vingt-sept ans.

Alphonse entendit souvent gronder le canon durant ces deux années de guerre, mais les combats qu’il livrait aux démons conjurés contre lui et contre son institut, l’occupaient beaucoup plus que les rivalités et les luttes politiques. Il n’est pas question dans ses lettres des événements qui changèrent la face du royaume. Toute la part qu’il y prit fut de réconcilier avec Dieu un pauvre Napolitain qui échappa comme par miracle aux Autrichiens pendant le siège de Capoue. Le malheureux passait près des murs de la ville quand les assiégés se saisirent de lui et le condamnèrent, comme espion, à être pendu. Il eut beau protester de son innocence : la sentence allait s’exécuter, quand un inconnu lui remit mystérieusement une image de la Vierge immaculée en lui disant d’avoir confiance et que Marie l’arracherait à la mort. De fait, trois fois on conduisit le condamné au lieu du supplice, et trois fois un obstacle inattendu empêcha l’exécution. Finalement on eut pitié de lui et on le mit en liberté. Converti par ce miracle de la sainte Vierge, il courut raconter le fait & Alphonse et lui fit une confession générale de ses péchés L

I. Le P. Francesco Pepe, dans un ouvrage sur la sainle Vierge, déclare tenir ce récit d’Alphonse lui-même.

APOTRE ET FONDATEUR

Ce changement de dynastie, semblable à ceux que Naples subissait fréquemment depuis de longs siècles, ne parait donc pas avoir grandement impressionné noire saint. Il pouvait môme espérer que ce jeune prince de dix-huit ans, sorti de la catholique Espagne, et dont on vantait la vertu et la piété, se montrerait plus favorable aux droits de l'Église que les gouvernements antérieurs. Don Carlos était en effet très religieux et très attaché à l’Église catholique. A son entrée dans sa capitale le 10 mai 173k, il voulut avant tout rendre grâces à Dieu de ses succès. Sa première visite fut pour la cathédrale, où il reçut la bénédiction du vénérable cardinal Pignatelli. Il fît don à saint Janvier d’un magnifique collier de rubis et de diamants. Quelques années après, lors de son mariage avec la pieuse fille du roi de Saxe, il institua l’ordre des chevaliers de Saint- Janvier, dont les statuts portent que les membres resteront inviolablement attachés à la religion catholique et à Sa Majesté le Roi, qu’ils entendront la messe tous les jours et communieront aux fêtes de précepte, et que jamais ils n’accepteront de duel. Le roi en était le grand-maître; les chevaliers, au nombre de soixante-dix, se recrutaient dans la plus haute noblesse. Du reste, le jeune prince affirmait en toute circonslance son respect pour la religion et ses pratiques. « On le voyait chanter l’office au chœur avec les chanoines, laver à l’église les pieds des pèlerins et des pauvres, servir le prêtre à l’autel, et façonner de ses mains royales, pour la fête de Noël, la statue et la crèche de l’Enfant Jésus »

Mais si don Carlos avait en main l’épée de Louis XIV et dans le cœur son amour de la religion, il n’était pas moins pénétré que le grand monarque de sa royale omnipotence. Imbu des idées absolutistes du dix-septième siècle, il ne reconnaissait d’autre maître que Dieu, de qui il tenait sa couronne. Le peuple, l’aristocratie, l’Église, ne devaient jouir que des franchises et immunités librement octroyées par le bon plaisir du souverain. Les droits les plus imprescriptibles et les plus inaliénables du souverain pontife, des évêques, des ordres religieux, étaient considérés par lui comme autant d’usurpations sur le pouvoir royal. Aussi arrivait-il à Naples comme un réformateur, bien décidé à éliminer du droit canonique en vigueur toutes les dispositions qui lui paraissaient contraires aux attributions du pouvoir civil. Tel était ce Louis XIV au petit pied, grand ami du faste, grand bâtisseur de châteaux, et, comme Nemrod, grand chasseur devant l Éternel; entêté dans

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