‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 49 sur 227 · Coletta, lib. I, ch · texte numérisé non relu

Coletta, lib. I, ch

LE RÉGALÏSME A NAPLES.

ses idées, ne souffrant pas la contradiction, il était capable, en un jour de colère, de se livrer aux actes du plus effréné despotisme.

Et pourtant avec son noble cœur, son intégrité morale, sa générosité royale, son amour du peuple, on peut croire que don Carlos eût exercé le pouvoir avec justice et modération s’il ne se fût constitué l’élève et l’esclave d’un des hommes les plus néfastes de ce triste dix-huitième siècle, je veux dire l’avocat Bernard Tanucci. Né à Pise en 1698 de parents pauvres mais honnêtes, Tanucci se créa une position par ses talents et surtout par ses préjugés contre l’Église. Non seulement il professait les principes régaliens comme à peu près tous les légistes, mais le philosophisme voltairien de l’époque ne déplaisait pas à son esprit frondeur. Jamais il n’attaqua la foi, on peut même croire que jamais il ne la perdit, mais les contempteurs du droit de l’Église sympathisent facilement avec les contempteurs des révélations divines. Une thèse qu’il soutint contre le droit d’asile revendiqué par l’Église, décida de sa fortune. Lejeune don Carlos, alors duc de Parme, en fit son confident. Devenu roi de Naples, il le nomma conseiller d’Élat, intendant général des postes, et premier ministre. C’est à ce titre que Tanucci, pendant plus de quarante ans, de 173V à 1777, devint l’âme du gouvernement et l’exécuteur acharné des hautes œuvres du régal isme.

Son rôle de persécuteur se trouvait du reste préparé par un avocat napolitain, Pierre Giannoni. Son Istoria civile delRegno, publiée en 172V, avait disposé les esprits à la guerre contre l’Église. Ses quatre énormes volumes ne sont qu’une longue diatribe contre les privilèges de l’Église, les empiètements des papes sur les droits des rois, et surtout contre l’excessif développement des ordres religieux. Chacun des livres de son histoire se termine par une effrayante nomenclature de moines napolitains et une statistique plus effrayante encore des propriétés de l’Église. Le peuple indigné de tant d’insultes au clergé chassa l'i'isulteur. Rome anathématisa ses odieux in-folios, mais l’empereur Charles VI, déjà imprégné des idées régalistes, assigna au célèbre historien une pension de mille florins, qui lui fut payée jusqu’à l’avènement de don Carlos.

Si Giannoni fut Je prédicateur de la croisade régaliste à Naples, Tanucci s’en fit l’organisateur. « Ami du roi, mais non de son pays, défenseur zélé de l’omnipotence du prince telle que la comprenait la pédantesque impiété de ce temps, animé d’un esprit orgueilleux et despotique qui ne tenait compte ni de l’histoire, ni du

APOTRE ET FONDATEUR

caractère national1, » Tanucci réduisit peu à peu l’Église à l’état d’ilotisme, ruina son influence sur le peuple, et prépara ainsi dans le royaume le triomphe de la Révolution.

Évidemment il ne pouvait être question d’obtenir l’approbation d’un nouvel ordre religieux, de ce régaliste qui cherchait, non à augmenter, mais à réduire le plus possible le nombre des prêtres et des moines. Quant à don Carlos, au commencement de 1736, lorsque Alphonse envoyait un aperçu de sa règle au marquis de Montallegre, il était depuis longtemps déjà brouillé avec le pape Clément XII. Même il avait rappelé son ambassadeur de Rome et renvoyé de Naples le nonce du pape. Sans compter ses plans de réforme et ses parties de chasses, le jeune roi se voyait trop d’affaires sur les bras pour s’occuper des règles et de la congrégation du Saint-Sauveur. L’intervention du marquis de Montallegre n’eut aucun résultat, et dès ce moment, au nombre des obstacles qui empêchaient les développements de sa congrégation, Alphonse vit s’ajouter le plus insurmontable de tous , le régalisme. Mais il était de celte race de fondateurs qui, sans négliger les moyens humains, savent par-dessus tout s’appuyer sur Dieu seul, avancer quand tous reculent, espérer contre toute espérance. Abandonné de ses novices, dans la presque impossibilité de recruter des sujets, n’ayant pour l’aider que trois ou quatre hommes de bonne volonté, il entrepris néanmoins de mener à bonne fin une troisième fondation, celle de Ciorani.

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