I . Correspond, genei'., I
NOCERA DE PAG AN I
deux communes de Corbara et de Saint-Laurent qui appartiennent k la cité, puis aux deux villages deFioccano etdePareti. Cette campagne évangélique, faite aux acclamations du peuple, démontra mieux que tous les raisonnements l’abnégation des missionnaires et l’indigne conduite de leurs ennemis, qui, pour un vil intérêt, sacrifiaient de galté de cœur le bien des âmes. L’évèque fut tellement enchanté des résultats obtenus, que, dans son rapport à la congrégation des Évêques et Réguliers sur l’état du diocèse, il ne put s’empêcher de faire l’éloge d’Alphonse et de ses frères. « Au grand avantage du clergé et du peuple, dit-il, j’ai eu le bonheur et l’extrême consolation de pouvoir introduire de nouveaux ouvriers dans la vigne que le Seigneur m’a confiée. Nous sommes occupés à fonder ici une maison des pères du Saint-Sauveur, qui travaillent avec le plus grand zèle, tant dans leur église que dans les missions, à évangéliser toutes les classes de la société. »
Le 10 avril 1743, arriva de Naples le décret impatiemment attendu par les partisans comme par les ennemis de la fondation. Au grand désespoir de ceux-ci, le roi accordait l’autorisation demandée, et dans les termes les plus significatifs. « Je dois apprendre à Votre Grandeur, écrivait k l’évêque le marquis Brancone, ministre d’État, qu’une œuvre aussi recommandable et aussi sainte que celle de gagner à Dieu les âmes abandonnées, a reçu le parfait agrément de Sa Majesté. » Le même jour, une dépêche royale intimait au gouverneur de Nocera l’ordre « de seconder les missionnaires et de favoriser de tout son pouvoir leur très utile ministère. » Cette bienveillance du monarque ne surprit pas trop Alphonse, car il savait qu’au fond Charles VI aimait à contribuer au bien de ses sujets. 11 y avait sans doute à craindre les néfastes influences qu’exerçait Tanucci sur l’esprit du roi, mais elles étaient contrebalancées par l’influence contraire d’un ami fidèle et pieux que le saint possédait à la cour, et auquel il recourait dans les circonstances difficiles. C’était ce même marquis Brancone, ministre d’État, lequel contresignait les ordonnances royales tout en les désapprouvant, et ne manquait pas d’en adoucir la rigueur toutes les fois qu’il le pouvait. Évidemment il avait contribué à obtenir l’autorisation qu’il transmettait avec une complaisance non déguisée.
Dès lors on pouvait sans crainte commencer la construction, dont l’architecte Cimafonte avait tracé le plan. Le 22 juillet, fête de sainte Marie-Madeleine , la sainte privilégiée du père Sportelli, le vicaire général Ferri posa la première pierre de la fondation sur un vaste terrain qu’Alphonse avait acheté à l’extrémité de Pagani. On
APOTRE ET FONDATEUR
put voir à cette cérémonie combien les missionnaires étaient sympathiques à la population. Le chapitre de la cathédrale, les doyens de la cité,. une multitude de prêtres et de religieux, les syndics et les conseillers des communes, entouraient le vicaire général. 11 faut pourtant excepter le syndic et les conseillers de Pagani qui, pour ne pas désobliger les prêtres mécontents, se firent remarquer par leur absence. Des flots de peuple inondaient la route et les champs voisins. De tous côtés s’élevèrent des cris d’allégresse, des acclamations en l’honneur des pères, des ovations au vieux Cantaldi. Dans leur généreux enthousiasme, ces braves Napolitains souhaitaient à ce dernier mille ans de vie et plus encore.
A peine eut-on mis la main aux constructions que se renouvelèrent les scènes si touchantes de Villa et de Ciorani. Hommes et femmes rivalisaient d'ardeur au travail, impatients de voir s’élever cette maison etcetle église qu’ils désiraient depuissi longtemps. Lesdamesde Pagani, de Corbara, de Saint-Egidius s’unissaient aux gens du peuple pour transporter les matériaux. A leur tête se distinguait par son ardeur Antonia Cantaldi, la cousine dévouée du donateur. Les bourgeois se transformaient en manœuvres pour aider les maçons. Les ressources ne faisaient pas plus défaut que les ouvriers. A chaque instant arrivaient des offrandes considérables : l’un donnait de l’argent, l’autre des matériaux ; des dames se dépouillaient de leurs bagues, pendants d’oreilles, et autres objets précieux. Les sept communes de la cité votèrent, en assemblée générale, un subside de cent ducats pour témoigner leur sympathie à cette œuvre si populaire. En quelques mois, grâce au concours de tous, le bâtiment sortit de terre comme par enchantement.
L’édification des âmes allait plus vite encore que la construction matérielle. Appréciant le mérite de ces religieux, l’évêque leur avait confié la direction spirituelle de son séminaire, en ce sens qu’ils entendaient la confession des élèves et leur donnaient des instructions appropriées à leur sainte vocation. La confrérie du Rosaire, composée de gentilshommes, leur demanda aussi un sermon chaque semaine. Les curés sollicitaient de tous côtés des triduums, des neuvaines, des missions, en sorte que les pères n’avaient plus le temps de reprendre haleine. A la fin de septembre, les habitants de Saint-Egidius, très voisins de Pagani et très dé vouésà l’œuvre, prièrent Alphonsede leur prêcher la neuvaine du Rosaire. Il le fit avec plein succès, ce qui excita les gens d’Angri, autre bourg appartenant comme Saint-Egidius à la cité de Nocera, à demander, non plus une neuvaine, ma;s une mission en règle.
NOCERA DE PAGANI
Cette mission, prêchée à toute la population d’Angri, forte alors de six mille âmes, produisit des fruits prodigieux. On comptait dans cette localité cent vingt-huit femmes de mauvaise vie : toutes se convertirent et menèrent dès lors une vie édifiante. Plus de trois cents jeunes filles dirent adieu au monde pour se consacrer à Jésus-Christ et persévérèrent dans leur résolution. Des prêtres qui avaieut vécu dans le relâchement se donnèrent tout à Dieu, et certains embrassèrent même la vie religieuse1. Alphonse ébranlait les âmes par sa parole, mais surtout par ses exemples. Jamais on n’avait vu un homme ni plus pieux ni plus mortifié. Thomas Tortora raconte à cette occasion que le serviteur de Dieu dut un jour se rendre à Ciorani pour une affaire pressante. A midi l’abbé, qui lavait accompagné, fut conduit au réfectoire de la communauté, mais Alphonse ne parut pas à table. Il continua de traiter avec les siens la question qui l’avait amené; puis, devant prêcher le soir, il repartit en toute hâte de Ciorani, à jeun comme il en était venu. Pour se soutenir, il mangea sur la route un morceau de pain et quelques fruits qu’il avait emportés du couvent. Sa sainteté éclatait tellement à tous les yeux que chacun désirait posséder quelque objet dont il se fût servi. Alphonse habitait pendant la mission la maison d’un certain Laurent Rossi. La fille de ce dernier, nommée Thérèse , avait obtenu d’un frère laïque une paire de chaussettes teintes du sang du serviteur de Dieu. Elle la conservait très dévotement, quand un jour son confesseur lui ayant fait observer qu’il ne fallait pas garder les reliques d’un homme encore en vie, elle donna ces chaussettes à un pauvre hydropique qui en recouvrit ses jambes toutes gonflées. Or quelques jours après, ce pauvre, tout joyeux, vint la remercier : il était parfaitement guéri. Comme elle s’étonnait de ce changement subit : « Les chaussettes que vous m’avez données, dit-il, ont fait ce miracle. A peine eurent-elles touché mes jambes, que l’enflure disparut et que je me trouvai en parfaite santé. »
Alphonse avait évangélisé depuis quelques années presque toutes ' les communes et paroisses de la cité de Nocera, excepté pourtant la paroisse centrale de Saint-Mathieu , qui comptait une population de six mille âmes. Témoins des merveilles de conversion opérées à Angri, les personnages influents de Saint-Mathieu vinrent, au nom du peuple, supplier le saint de leur accorder aussi le bienfait de la mission. L’infatigable ouvrier se rendit à leurs instances dans les