‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 70 sur 227 · Lettre d’octobre · texte numérisé non relu

Lettre d’octobre

APOTRE ET FONDATEUR

la résistance de son fils, il reprit le chemin de Naples, où il vécut dès lors, non plus seulement comme un gentilhomme pieux et vertueux mais comme un véritable anachorète. On ne le trouvait qu’à l’église ou dans sa chambre, occupé à prier, à faire de pieuses lectures, à méditer les livres saints. 11 entretenait avec son fils une correspondance suivie sur tout ce qui pouvait intéresser son salut et la perfection de son àme, et c’est ainsi qu’à la grande consolation d’Alphonse, il continua de se sanctifier jusqu’aux derniers jours de sa vie.

Mais Dieu mélange toujours les joies et les peines. Au mois de juin de cette année, le père Samedi, l’ami de cœur de notre saint, brisé par dix ans de fatigues inouïes, tomba bientôt pour ne plus se relever. Resté seul, en 1742 et 1743, à la tête des missions napolitaines, il pouvait à peine se traîner. « Je célèbre la messe chaque matin, écrivait-il, presque mourant et l’àme sur les lèvres. » A cette époque, Naples était menacé de la peste. Alphonse et Samedi firent vœu de se dévouer aux pestiférés si le fléau venait à exercer ses ravages. Les Napolitains ayant organisé une procession de pénitence pour demander grâce, Samedi la suivit durant trois heures, la tète découverte. U en revint tellement exténué qu’il faillit expirer. Dès lors, incapable de prêcher mais toujours brûlant de zèle, il reprit sa plume et écrivit en quelques mois plusieurs ouvrages sur les fléaux, les devoirs des ecclésiastiques, la dévotion à la sainte Vierge, et la charité envers les morts. A tous ces travaux qui l’épuisaient, Dieu ajoutait encore un crucifiement intérieur qui fait frémir. Le 4 avril, il écrivait à la supérieure de Scala, Marie- Angèle du Ciel, qu’il avait dirigée dans les voies de la plus haute perfection : « Je suis plongé dans un abime de douleurs. Après une peine des plus vives en vient une autre plus amère encore. A toute heure du jour et de la nuit j’éprouve de mortelles angoisses. Voici trois ans que l’enfer me persécute et veut m’abattre; voici un an et trois mois que ma santé va de mal en pis; voici cinquante jours que j’ai assisté ma mère à son lit de mort. Je ne sais si je suis sur la terre ou en purgatoire; il me semble plutôt que je suis en enfer. Si encore je pouvais prier! Mais voilà huit jours que je ne dis plus la sainte messe, et si je récite le rosaire ou si je fais un peu d’oraison, c’est uniquement pour remplir mes obligations. C’est ma faute, et mes péchés en sont la cause. Malgré cela, j’espère en la miséricorde de Dieu, dans les mérites de Jésus-Christ, dans l’intercession de Marie, dans la charité des saints, et j’adore les jugements de Dieu. »

NOCERA DE PAGANI

Le 16 juin, il fut obligé de se mettre au lit, et cette fois pour ne plus le quitter. « Courage, sœur Marie-Angèle, écrit-il pour la dernière fois, courage! Cupio dissolvi et esse cum Christo L Je me consume d’heure en heure sur ma pauvre couche, et me voici près de l'éternité. Sacrifiez-moi à la volonté de notre Bien-aimé toujours juste et aimable, de notre grand Dieu, notre créateur, notre providence, notre père, notre bienfaiteur, notre glorificateur. Pour moi, je me suis sacrifié tout entier; j’ai tout oublié, la vie, les œuvres, le monde, moi-mème. Je souffre jour et nuit des peines cuisantes. Priez pour moi, pour mon heureux passage; je prierai pour vous dans le ciel. Priez pour moi maintenant, priez pour moi quand je serai en purgatoire, et n’oubliez pas que je suis un grand pécheur, comme je vous l’ai toujours dit. S'il plaît à Dieu, je vous écrirai encore ; mais non, je ne le pourrai plus, car je trace ces lignes, réduit à l’agonie, n’ayant plus que la peau sur les os. Aimez Jésus et Marie... Au revoir en paradis!... Janvier Marie, moribond. »

Enfin les désolations intérieures cessèrent et firent place, non seulement à une grande paix, mais à un ardent désir de quitter la terre pour la patrie céleste. « Dieu vous rendra la santé, lui disait un serviteur. — Ne me parlez pas de guérison, répondit-il ; ma seule consolation, c’est de penser que je vais mourir. » Le chanoine Sersale, qui devint plus tard archevêque de Sorrento, étant venu le voir, lui parla aussi de guérison. « Monsieur le chanoine, lui dit-il, je meurs tranquille. Ce que j’ai fait, je l’ai fait dans la pure intention de plaire à Dieu. Mon sacrifice est consommé : ne me parlez plus de vivre, je ne veux d’autre vie que mon Dieu. » Il demanda lui-même les sacrements et les reçut avec transport; puis, se voyant près de mourir, il se répandit en affections touchantes : « 0 mon Créateur, voici pour moi le temps de retourner à vous. Seigneur, je soupire après le moment où je verrai votre face si tel est votre bon plaisir, car je ne veux ni mourir, ni vivre ; je ne veux que votre sainte volonté. Vous le savez, 6 mon Dieu : tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai pensé, je l’ai fait et pensé pour votre plus grande gloire. ».

Les frères Romito et Tartiglione, envoyés par Alphonse, le servaient pendant sa maladie. Le 30 juin, fête de saint Paul, il leur dit : « Préparez pour m’ensevelir mes vêtements les plus usés : ainsi rien ne sera perdu à cause de moi. » Puis il avertit le médecin que

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