Je désire la mort afin de m’unir au Christ
APOTRE ET FONDATEUR
ce jour serait son dernier jour : « Aujourd’hui, dit-il avec une joie tranquille, j’entrerai en agonie. » A ce moment, son visage s’éclaira d’une flamme céleste, et il s’écria : « Bienvenue, bienvenue soit ma mère Marie. » Un instant après, il dit au frère Romito : « Ne manquez pas de me faire réciter le rosaire, je veux mourir en le récitant. » Le frère obéit, mais, à la troisième dizaine, haletant, abattu, le malade sentit la sueur couler de ses membres :
<« Voici les sueurs de la mort, dit-il. » On appela un prêtre pour lui suggérer de pieuses affections, mais de sa voix mourante il proféra lui-méme de tendres aspirations jusqu’au moment de l’agonie. Alors il éleva la main pour bénir les deux frères qui l’assistaient. Une demi-heure après, il expira en baisant son crucifix. Il n’était âgé que de quarante-deux ans.
A peine le serviteur de Dieu avait-il rendu le dernier soupir qu’un doux sourire se dessina sur ses lèvres. De son corps exténué par la souffrance et la mortification, s’exhala une odeur suave, qui embauma longtemps la chambre mortuaire. De tous côtés un cri s’éleva dans la ville de Naples : « Le saint est mort! le saint est mort! » On l’invoquait à haute voix, et chacun demandait de ses reliques. En apprenant son trépas, Alphonse s’écria : « Nous avons perdu don Janvier sur la terre, mais nous avons gagné un intercesseur dans le ciel. » Pour perpétuer sa mémoire au sein de la congrégation, on exposa le portrait du vaillant missionnaire dans une salle du couvent de Ciorani, avec cette inscription : « Don Janvier Sarnelli, de l’institut du Très-Saint-Rédempteur. D’une sainteté éminente et d’une grande doctrine, il se distingua par sa charité envers les pauvres, spécialement envers les malades des hôpitaux, et par son zèle très ardent pour le salut des âmes. Mortifié jusqu’à l’excès, doué d’une patience invincible, il eut beaucoup à souffrir pour Jésus-Christ, surtout quand il fit chasser de Naples les femmes de mauvaise vie. Enfin chargé de mérites et de bonnes œuvres, il rendit son àme à Dieu l’an du Seigneur 1744, le 30 juin, à l’âge de 42 ans. » Quelques années après, Alphonse lui consacra une notice biographique, dans laquelle il relève ses héroïques vertus et exprime l’espoir de le voir sur les autels. Cet espoir ne sera pas trompé, nous en avons la ferme confiance. Plusieurs miracles opérés par son intercession ont attiré sur lui l’attention de l’Église, et depuis 1874 le procès de béatification introduit en cour de Rome nous permet de l’appeler vénérable, en attendant que nous puissions lui donner le titre de saint et l’ honorer sur les autels.