En 1751 ou
NOTRE-DAME DE CONSOLATION
dans la Pouille d'éternels souvenirs. A Panni, domaine considérable du duc de Bovino, la municipalité , partageant les émotions du peuple , voulut faire tous les frais de la mission. Il en fut de même dans le village d'Accadia, où les missionnaires arrivèrent au commencement de novembre. Cette population de huit cents Ames était endurcie au point d'avoir résisté aux efforts tentés jusque-là pour la convertir. Il fallait de l'extraordinaire pour frapper ces âmes blasées : la sainte Vierge se chargea de les réveiller. Un soir que le père Sportelli exprimait à la fin du sermon de vifs sentiments de contrition, un grand rosaire fixé aux mains d'une statue de Marie s'en détacha par hasard. L'orateur, profitant de la circonstance, prit en main ce rosaire et le présenta au peuple , en suppliant l'auditoire d'invoquer celle qui s'appelle le refuge des pécheurs. En même temps, il conjura la sainte Vierge de convertir les cœurs les plus obstinés. Aux accents de cette voix forte et pénétrante, les auditeurs, comme frappés de la foudre, éclatèrent en sanglots. La glace était rompue, et le succès assuré G
Du diocèse de Bovino, Alphonse se rendit, vers la mi-novembre, dans la ville épiscopale de Troia. On n'était pas sans crainte au sujet de cette mission. La population, forte d’environ cinq mille âmes, désespérait à cette époque les plus célèbres prédicateurs. Le père Santorelli, jésuite très éloquent, s’en était allé après son troisième sermon. Ils avaient criblé d'épigrammes l'illustre père Carace, et forcé don Philippe Avveta, autre missionnaire distingué, â descendre de chaire. On ne connaissait pas d’orateur qui n'eût encouru le blâme et subi la critique de l'orgueilleuse cité2, ce qui n'était nullement rassurant pour les missionnaires. Une circonstance cependant paraissait devoir leur concilier l'attention et la faveur du peuple : Alphonse était le neveu de Mgr Gavai ie ri, évêque de Troia, mort en odeur de sainteté vingt ans auparavant, et dont le souvenir s'était conservé dans toutes les familles. On se demandait avec curiosité si le neveu avait hérité de la sainteté de l'oncle : aussi fut-il l'objet de tous les regards quand il parut en chaire pour la première fois. Chose étrange! ces hommes, dédaigneux des plus grandes célébrités oratoires, se sentirent désarmés devant ce pauvre missionnaire, vêtu d'habits rapiécés, prêchant les vérités du salut d'une manière simple et populaire. Ils reconnurent en lui cette grâce divine qui brillait en Mgr Cavalieri, et que depuis sa mort ils n'avaient retrouvée dans aucun prédicateur. « La première fois que je