Ibid
APOTRE ET FONDATEUR
vis don Alphonse, raconta plus tard le père Gaspard Cajone, ce fut à Troia , mon pays natal , où il vint avec ses religieux prêcher une mission; j'assistai aux saints exercices, j'entendis ses prédications, et bien que je ne le connusse point personnellement, je fus si frappé de sa pauvreté, de son air humble et modeste, de son profond recueillement, et surtout de son zèle apostolique, que je conçus une haute idée de sa sainteté. J'avais alors vingt-quatre ans et je me destinais au barreau, mais à partir de ce moment je ne pus oublier l'homme de Dieu, et la grâce travailla si bien mon âme que je me décidai à quitter le monde pour entrer dans sa congrégation. Du reste, tous mes concitoyens éprouvèrent en le voyant les mêmes impressions que moi1. »
La mission fut un triomphe, d'autant plus que Dieu semblait disposer lui-même les évènements pour faire éclater l'éminente vertu d'Alphonse. Un soir il allait monter en chaire pour le sermon , quand un courrier lui remit une lettre dans laquelle on lui annonçait la mort de son père, don Joseph de Liguori. Le bon vieillard , qui se préparait depuis plusieurs années à paraître devant Dieu, était tombé gravement malade depuis quelques jours déjà. Alphonse, ne pouvant abandonner la mission sans causer un grand préjudice aux âmes, s'était fait remplacer auprès de son père par le digne Rossi.
Don Joseph avait fait une sainte mort, et Rossi dans cette lettre lui en racontait les pieux détails. Alphonse la lut, puis se mit à genoux et pria quelque temps, adorant la volonté de Dieu. Alors, douloureusement ému mais calme et résigné, il gravit l'estrade et dit d’une voix tremblante : « Je vous recommande mon père, dont je viens d'apprendre la mort. Récitons un Ave Maria pour le repos de son âme. » Et il commença Y Ave Maria, que les assistants purent à peine achever, suffoqués qu’ils étaient par cet acte de sublime simplicité. Sous le coup de cette impression, Alphonse, plus véhément et plus entraînant que jamais, força pour ainsi dire les plus endurcis â se rendre. « Aussi, raconte Sportelli, la mission , extraordinairement bénie de Dieu , s'est terminée à la satisfaction générale. Peuple et clergé publiaient d'une voix unanime que jamais mission n'avait opéré de pareils prodiges. » Tant il est vrai que l'ascendant de la sainteté agit plus puissamment sur les âmes que les charmes de l'éloquence.
Les nombreuses conversions opérées à Troia préparèrent admi-