‹ Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, Volume 1Chapitre 82 sur 227 · Procès de béatification, folio · texte numérisé non relu

Procès de béatification, folio

NOTRE-DAME DE CONSOLATION

rablement la grande mission qui s’ouvrît le 30 novembre à Foggia. Cette antique capitale de la Pouille n’était pas plus facile & conquérir que sa voisine. Avec son commerce, ses foires, ses marchés, ses arrivages de l’Adriatique, ses magasins de blé qui l’ont fait surnommer par les anciens le grenier de l’Apulie, sa brillante couronne de villas et de villages, Foggia voyait affluer dans son sein des multitudes d’étrangers. Bien que très fière de ses antiquités chrétiennes, de ses monuments religieux et surtout de son antique Madone, la Vierge aux Sept-Voiles, l’illustre cité n’en vivait pas moins dans le relâchement et la corruption. Sur quinze à vingt mille habitants, on y comptait un millier de femmes perdues d’où l’on pouvait prévoir qu’une cohorte de missionnaires décidés â tonner contre le vice et le péché y seraient assez mal reçus.

Alphonse se rappelait son pèlerinage à Foggia, alors que, treize ans auparavant, un tremblement de terre en avait fait un monceau de ruines. Dieu avait châtié la ville coupable, mais les apparitions miraculeuses, comme l’arc-en-ciel après le déluge, lui avaient rendu l’espérance. En ce temps-là tous priaient avec ferveur, demandaient pardon de leurs péchés, et condamnaient les désordres que Dieu leur faisait si durement expier. Mais peu à peu la ville s’était relevée; on avait rebâti la collégiale, replacé dans son sanctuaire la Vierge aux Sept-Voiles, oublié la terrible secousse de 1731, et repris les vieilles habitudes d’indifférence et de plaisir. Aussi les habitants furent-ils assez surpris de voir arriver quinze missionnaires pour livrer un assaut général aux quatre grandes paroisses de la cité. La mission dura trente-six jours. Alphonse s’était réservé la cathédrale, où la Madone miraculeuse, placée sur l’autel, présida aux saints exercices. Son premier sermon, qu’il prêcha devant une foule énorme, fut un coup de massue. « Chers habitants de Foggia, dit-il , pour la première fois que je vous adresse la parole , laissezmoi tout d’abord interpeller le Dieu qui m’envoie vous prêcher la mission, laissez-moi lui demander ce qu’il veut que je vous dise. — Seigneur mon Dieu, vous m’avez commandé d’aller â Foggia prêcher votre saint Évangile, me voici dans la chaire de vérité : que faut-il dire à cette ingrate cité? que faut-il dire à vos serviteurs infidèles venus ici pour m’écouter? Vous êtes indigné contre eux , et je le comprends, car vous avez vainement employé tous les moyens de les convertir. Vous les avez comblés de bienfaits, et ils vous ont payé d’ingratitude. Vous les avez épouvantés par voê châtiments,

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