Testament olographe du saint , en date du 5 mars
NOTRE-DAME DE CONSOLATION
Quand ses doigts engourdis refusaient de tenir la plume , il appliquait un instant sur un fer chaud sa main glacée pour y faire revenir un peu de chaleur. Et ce martyre du froid, de la fatigue, de la fièvre, du jeûne, de l'abstinence, ne suffisait pas & ce vaillant disciple de Jésus crucifié : il y ajoutait des flagellations sanglantes et se couvrait de cilices et de chaînes de fer, au point qu'étant un jour tombé sur le chemin, on eut toutes les peines du monde pour le relever.
Ses compagnons suivaient généreusement comme lui la voie du sacrifice, plus heureux mille fois dans leur désert que les mondains au sein des bruyantes cités. « Notre-Dame de Consolation, écrivait le père Cafaro, c’est pour nous la solitude des anachorètes d’Égypte. Retirés ici après nos missions d’hiver et de printemps, tranquilles, silencieux, nous vivons loin du tumulte du monde et n’entendons rien de ce qui s’y passe. Sans rapports avec les hommes, nous jouissons de nos bois toujours frais, de vues magnifiques, et de notre délicieuse montagne qui peut rivaliser sans crainte avec le coteau pierreux de saint Pierre d’Alcantara. Béni soit le Dieu qui m’a conduit dans cette sainte solitude! »
La renommée de cette nouvelle Thébaïde s’étendit bientôt dans la Pouille et les provinces voisines. Durant ce carême de 1746, que tous les pères passèrent, comme de coutume, à la maison, Alphonse y prêcha les saints exercices aux prêtres et aux ordinands. On y accourut de tous les diocèses voisins. Le silence du désert, l’onction sainte des prédications, la vie mortifiée des religieux, firent sur les retraitants une profonde impression. L’un d’entre eux, Joseph Petrella, de Trevico, ému de ce qu’il avait vu et entendu, disait à ses compagnons : « Si vous aspirez à une haute sainteté, vous atteindrez sûrement votre but au couvent d’Iliceto. » Son jeune frère Pierre, frappé de cette parole, entra au noviciat l’année suivante, et mourut, après vingt ans de vie religieuse, en odeur de sainteté.
Une demande que firent alors les habitants de Foggia démontre mieux encore quelle haute idée on se faisait de la sainteté d’Alphonse et de sa puissance sur le cœur de Dieu. Une persistante sécheresse désolait les campagnes , au point que toutes les semailles dépérissaient. Pour mettre fin à cette calamité publique, les citoyens consternés n’imaginèrent rien de plus efficace que de demander au saint une neu vaine de sermons en l’honneur de la très sainte Vierge. Il leur semblait qu’après l’apparition miraculeuse, la Madone ne pouvait lui refuser aucune faveur. Bien que souffrant
APOTRE ET FONDATEUR
alors d’une fièvre ardente, il vit dans cette neuvaine une excellente occasion de rappeler à ses convertis leurs solennelles promesses. Il se mit donc en route au mois d’avril et descendit avec le père Vil lani, son compagnon, chez un de ses amis, l’avocat Ricciardi. Cet ami, qui déjà l’avait hébergé durant la mission, ne put jamais, malgré ses instances, lui faire accepter autre chose que la minestra et un mets des plus ordinaires. A toutes les sollicitations le saint répondait qu’il voulait observer sa règle, ce qui édifia grandement Ricciardi. Aussi l’accueilli t-il en cette circonstance comme l’ange protecteur de sa famille. Chose étonnante , la neuvaine était à peine commencée qu’ Alphonse se vit délivré de la fièvre. Les exercices produisirent tant de fruits qu’on put les regarder comme une seconde mission, et, pour comble de bonheur, des pluies abondantes vinrent rafraîchir la terre, féconder les semences, et donner aux laboureurs l’espoir d’une riche moisson.
Dieu bénissait son zélé serviteur. La fondation d’Uiceto, commencée quinze mois auparavant, avait déjà évangélisé la capitale, les bourgs, les villages de la Pouille, et porté au-delà de ses frontières la renommée d’Alphonse et de ses compagnons. Aussi, pendant son séjour à Foggia, Dieu lui demanda-t-il d’envoyer à d’autres peuples délaissés un nouvel essaim d’ouvriers évangéliques.